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Jours de Cilaos.coll. particulière

2- Au fil des jours
Déshabillez-moi, ou les atours de Georges et de Marie Anne

Pour nous, jusqu’à cette étude, le costume des colons au 18ème  siècle à Bourbon semblait fort simple : une chemise et des « braies » pour les hommes, une chemise et des jupes pour les femmes. En ouvrant notre malle quelle ne fut pas notre surprise de découvrir quantité d’habits dont ne savions rien : des camelots et des casaquins.


Toujours dans l’inventaire concernant Georges NOËL (1-3), sont décrits les vêtements  suivants :
10 chemises de toile de coton unies et 10 de toiles bleues, 11 caleçons de différentes étoffes, 8 chemises
« garnies », des vestes et des habits :

"1 veste de guinée et sa culotte rayée rouge,  3 #;
1 veste de drap vert doublé de flanelle, 12 # ;
2 vestes de bazin dont une brodée et l’autre peinte, 12 # ;
1 habit de camelot rouge à boutons  d’argent et sa culotte pareille 16 
1 habit de grisette doublé darmoisine jaune à boutons d’or 25 #
1 habit de caseine bazar doublé d’armoisine à boutons dorés, une culotte même étoffe 40 #
8 paires de bas de soie, 8 de fil, 1 vieux chapeau."
En fait, la mode des colons de Saint Paul au milieu du 18ème, mélange comme le signalent les visiteurs, le style indien et européen. Nous retrouvons nos « indiennes » de l’article précédent. Ainsi, l’armoisin est une doublure de soie très fine fabriquée à Casembasar, comptoir de la Compagnie des Indes, près de Chandernagor. Le bas(z)in, tissu damassé, proche du satin vient de Pondichéry. Le camelot est lui de soie brochée et le terme devient par analogie l’habit d’homme. Donc, les tissus ont un aspect précieux et chamarré. Georges  à la fin de sa vie, possède 2 vestes et 3 habits pour les dimanches et jours de fête. Sans doute pour aller à l’église, au Conseil ou négocier ses affaires. Il a semble t-il aussi beaucoup de dettes. Comme la majorité des colons, il n’a ni souliers, ni bottes. On est cependant loin des habits en peau de chamois signalés par le gouverneur Firelin en 1692, que les premiers Robinsons démunis furent obligés à un moment de se confectionner. Depuis, pendant les bonnes périodes, les vaisseaux déversent dentelles et rubans de France, soie et fils d’Inde ; Plusieurs inventaires après décès montrent  chez ses voisins de Saint Paul la même abondance de tissus et la présence de ces justaucorps colorés, au goût de l’époque. (inv.  Royer, Cadet, Folio).

Ce qui correspond à la description de Durot en 1705 :

« Les femmes et les filles causent en cousant et en brodant. Les hommes jouent aux cartes en fumant la pipe. Les hommes s’habillent simplement d’une chemise, d’un justaucorps et d’une culotte de taffetas ou d’une autre étoffe légère.(…) Ceux de la bourgeoisie portent souvent habit de drap bordé d’argent, col de mousseline, chapeau de castor et culotte de guingant avec bas de soie. Presque tous arborent boutons et boutonnières en métal précieux, et leurs épées avec poigne, garde et pommeau d’argent, sont tenues par un ceinturon de buffle ».

Est-ce la même chose pour Madame ?
Durot continue :

« Les femmes ne se servent point de coiffure, elles portent le plus souvent, un foulard fin et garni de dentelles qu’elles nouent par-derrière pour tenir les cheveux dont elles prennent grand soin. Elles portent des boucles d’oreille et des colliers (…). Comme habits, elles portent souvent de simples chemisettes fines fendues par le haut, à la française, attachées devant par deux ou trois boucles rondes. Elles ne portent point de manteau ni de corset, mais une jupe des plus belles étoffes qu’elles peuvent trouver à acheter des vaisseaux. Elles les font amples et un peu traînantes par derrière, ce qui leur donne un air charmant. Elles ne portent point de bas ni de souliers (…). La démarche pieds nus leur confère davantage de grâce. ».

Le R.P. Chéron d’Incarville, en 1721, de passage dans l’île confirme :

«Elles ne portent ni corsets, ni habits français, mais simplement des jupons d’étoffes des indes avec des chemises de toile de coton fort fines, boutonnées des manches & du col. Elles ont comme coiffure un mouchoir bien propre. »
Et bien, chez Marie Anne, nous trouvons  "5 douzaines et demy" (oui, 5 douzaines et demie) de chemises de toiles garnies ou non garnies ! (c’est à dire, brodées ou galonnées) 5 douzaines de casaquins et une quarantaine de jupes ! de coton, de soie de différentes couleurs, de chitte, de guingan, dont une de Cirsalkars (200 #) ! et précision intéressante, des jupes "pour portés dessous".
Une seule jupe de Marie Anne vaut plus cher que deux habits de son mari ! Et elle a des gants, des rubans et des bas, en nombre bien sûr ; des cotons à broder, des fils à broder, des fils de Flandres et de la dentelle de fil. Nous découvrons ses «casaquins ». La tenue des femmes du 18ème comprenait  une chemise, une jupe et une sorte de petite veste ou robe volante, coupée au niveau des hanches, à manches trois-quarts, laissant entrevoir les manches de la chemise, nouée par-devant par des rubans ou des boucles. Dans le dos, des plis ajustés en soufflet resserrent la taille et s’ajustent en fonction de la morphologie de la femme et de ses grossesses. Le décolleté est arrondi et généreux puisqu’il a fait le délice des chroniqueurs de passage à Bourbon. Voici donc le « casaquin » qui deviendra le « caraco » comme  le « camelot » a remplacé le « justaucorps . » Il est taillé ici et là bien sûr, dans des « indiennes » fleuries.
Pour comparaison, en 1755, Marie Anne Hibon, n’a que 30 chemises, 12 jupes, 9 casaquins. Mais elle possédait une paire de souliers et des pantoufles.

Marie Anne, portait ce que l’on appelait au 18ème des « mouchoirs », pièce de coton qui pouvait servir pour se couvrir les cheveux, le cou ou les épaules ; Accessoire indispensable de nos coquettes, il pouvait être de dentelle, d’organdi, de mousseline ou d’indienne.

"item vingt quatre mouchoirs semblant neufs
vingt sept autres mouchoirs rouges ayant servi    50#
item quatre autres mouchoirs tant blancs que blanc et gris    65 #
item quatorze mouchoirs à bords rouges et blancs      36 #
item vingt quatre autres mouchoirs Stinkquer§ 60 #"


George a aussi deux tabatières en écaille dont une de Chine.

Les inventaires prisent cet accessoire fort à la mode avec les bijoux ; Sa femme a aussi quelques parures. Deux colliers à cinq et neuf rangs de perles, quelques bagues et boucles à chemise ou à oreilles, presque moins prisées que les rubans. Enfin une alliance et deux croix à pierres blanches montées en argent.


Voilà, grâce à ces inventaires du 18ème siècle,  quelques exemples d’atours parfois de mise aux Iles.

Sabine NOËL

Remerciements à Théo, Camille, Margo et à la Demoiselle d’Orange.

Les notes de vocabulaire ont été renvoyées pour cet article dans le lexique.

© Sabine NOËL

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