"Il y eut des marrons, dés qu’il y eut des esclaves."

Victor Schoelcher

Nous l’avons vu, à Bourbon, la justice de l’ancien régime est expéditive.

Depuis une ordonnance du conseil supérieur de 1725, les marrons (1) qui refusent de se rendre sont condamnés à mort.

Ceux qui refusent leur sort et s’enfuient, la plupart du temps dans les hauts inaccessibles, risquent leur vie. Ils constituent une menace pour le système colonial.

Les punitions  sont donc  exemplaires.

Ainsi, ce jugement qui va frapper deux esclaves  marrons  de Juan Fernandez Cazanove en 1728.

L’un sera condamné à être pendu, l’autre frappé de coups de fouet et marqué de la fleur de lys.

Le fleurdelysage, est une peine corporelle infâmante de l’ancien régime qui frappe aussi dans l’hexagone, d’autres criminels, comme les prostituées (ou de la lettre P ou des deux ). La Lettre G marque les galériens. Le M les maquerelles et les mendiants. Il s’agit non seulement, içi et là, d’humilier  les délinquants mais d’inscrire au fer rouge leur casier judiciaire à jamais. Le Code noir l’inscrit dans son article 6.

Juan Fernandez Cazanove, (que nous retrouverons plus tard)  associé à d’autres colons s’est installé en mars  1728 entre le Bras de la plaine et le Bras de Pontho. Michel et Manuel n’ont sans doute pas  résisté à l’appel de l’immense forêt primaire qui constitue alors le paysage grandiose du lieu.

La peine de mort pour marronnage sera supprimée en 1775.

Le 10 mai, est la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs  abolitions.

Sabine NOËL

Addenda : la peine de mort contre Michel sera commuée en celle  "d’exécuteur des sentences criminelles qu’il a acceptée à condition qu’il ne retournera plus au marronage".

(1) Le mot vient de l’amérindien « cimarron »,  s’enfuir, s’échapper, retourner à l’état sauvage.

Recherches ADR/ JMA

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Au hasard des recherches, l’on trouve dans les boites d’archives, de bien curieuses choses.

Il sera dommage lorsque tout sera classé et informatisé, de ne plus pouvoir compter sur ce hasard, pour découvrir et mettre en lien ce qu’au départ on ne cherchait pas.

Ou sera la flânerie dans les laisses de l’histoire comme sur les bords de mer ?

Aujourd’hui, cette lettre et son enveloppe adressée le 28 décembre 1842 par l’ordonnateur de la colonie au notaire royal de St Paul.

St Denis ce 28 décembre 1842

 

  Monsieur,

 Je suis informé qu’il existe dans votre étude plusieurs expéditions d’un acte par lequel le chef souverain de l’isle Mayotte a cédé tous ses droits sur cette isle à la france, à une époque déjà très reculée.

 Je viens vous prier de me faire connaître les circonstances qui ont amené le dépôt d’un pareil acte dans votre étude, et de m’en adresser une des expéditions.

 Agreez, monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée.

                                    L’ordonnateur

                                                     signature

 A monsieur Maucron, notaire royal à St Paul

 

 Curieuse missive qui intéresserait surement le ministère des affaires étrangères, encore aujourd’hui ! Ou d’autres …

Les laisses de l’histoire…

Laurence NOËL

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Isaac Jean Rodier de Lavergne
3- De Bourbon à Versailles

Le conseil supérieur de Bourbon vient de se débarrasser d’Isaac Jean Rodier de Lavergne avec l’arrêt suivant du 8 janvier 1727.

« lavons banny à perpétuité de cette collonie de l’isle de Bourbon et de tous les autres establissements ou contoirs depandents de la compagnie des indes, en quelque partie du monde, qu’ils soyent situés, a luy en joints de garder son Ban… »

L’arrêt vient d’être pris par Elie Dioré (1), Chevalier de St Louis et Gouverneur de l’Ile Bourbon, assisté d’Henry Grimaud, à qui il vient de faire prêter serment comme juge.
Cette peine est la quatrième dans l’ordre des peines afflictives prévues par l’ordonnance criminelle de 1670. Moins sévère dans l’échelle des peines que la peine de mort et des galères, perpétuelles ou à temps, elle n’en va  pas moins totalement bouleverser la vie d’Isaac Jean et de sa famille.

Qu’en est-il de la justice à Bourbon ? C’est avant tout celle du gouverneur sur les colons. Le Conseil Supérieur est devenu juridiction de dernière instance (2). Nous avons alors une justice qui se veut plus rapide et de proximité, rendue par gens de probité, même s’ils sont illettrés et sans aucune compétence ni expérience professionnelles.
La législation en vigueur est la Coutume de Paris, l’ordonnance civile de 1667 et l’ordonnance criminelle de 1670. A Bourbon, comme à Paris, la justice est brutale et les procédures tortueuses. Contre l’accusé les témoignages sont admis  comme preuves et le Tribunal n’est pas tenu de motiver sa sentence .
De plus, dans l’île, la période est chaotique. De nombreux postes au Conseil Supérieur sont vacants. Plusieurs membres sont partis et Dioré de Périgny, soldat sans orthographe, ni grammaire, doit remplacer au pied levé le gouverneur.
Rodier de Lavergne a été contraint de démissionner de sa charge de Lieutenant de la garnison. Sans doute pour qu’il ne dépende plus de la justice militaire qui pouvait se montrer très sévère mais avait l’esprit de corps et tenait à  l’honneur de ses officiers. Pourtant, Elie Dioré, originaire de La Rochelle, n’aura ni l’esprit de corps, ni de classe, ni même  « païs ».
Voyons le dossier d’accusation :
L’arrêt du 8 janvier 1727 est pour le moins confus.
Une dizaine d’ attendus du Gouverneur citent pèle mêle  un mémoire, des informations, des monitoires, les quatre requêtes du Procureur, le récollement des témoins, les confrontations, la sellette, le rapport de Villarmoy.(3)
Il s’agit en fait de donner corps aux premières accusations d’ Antoine Desforges Boucher, enfin retrouvées dans l’un de ses courriers à la Compagnie :
« Le sieur Rodier de la Vergne, lieutenant réfformé marié en cette isle avec une créole  de sang purement blanc et des plus aimable de lisle … est accusé de tous les vols faits dans cette Isle avec tant de subtilité, on le rend suspect de l’incendie du magasin de St Paul arrivé en juillet 1723 entre autres vols  de celuy  dernierement  fait chez le sieur Jacques Auber fils d’une somme considérable d’argent… » (…)


« outre cela il est encore accusé d’indignes vexations au sujet de la troupe »
L’instruction suivra en tous points ces premiers propos.
On peut se poser la question d’une rivalité latente entre l’ancien gouverneur et l’Officier. On sait que Boucher, soupçonné de détournements de fonds, est surveillé par la Compagnie. S’agit-il pour lui de faire diversion ?
En ce cas précis, Il se méfie tout de même et balaie d’un revers de manches habile d’évidentes remarques. Car , dit il :  « En cette isle, il (Rodier de Lavergne) couvroit ses comportements avec toute l’adresse et la subtilité d’un dehors d’honnete homme jusqu’à gagner l’amitié de ses supérieurs et des habitants, meme on lavoit choisy pour le commandant de l’isle Marianne ». Il prévient aussi, qu’étant donné la qualité  de l’accusé, il faudra de longues informations alors que lui même a bien d’autres tâches urgentes.
C’est  donc le nouveau Conseil qui continuera l’enquête. Elie Dioré s’applique et entérinera en quelque sorte l’arrêt déjà posé. Il lui faudra dix huit mois.
Certes, dans le plus grand désordre judiciaire puisque Henry Grimaud devient  juge le jour même ! Et que les autres membres du Conseil ne sont pas cités dans le corps de l’acte. Les preuves manquent. Le procureur fera ainsi appel aux « monitoires », délations suscitées par l’église sous peine d’excommunication. Que penser de ces témoignages recueillis dans la crainte divine quatre ans après les faits ? Le tout aboutissant à cette conviction inébranlable  du jugement :
« le dit sieur Rodier de Lavergne déclaré capable de toutes sortes de mauvaises entreprises par conséquent homme dangereux par les violents soupçons que donnent ses accusations dont nous n’avons pu trouver de preuves suffisantes. »


En quelque sorte coupable d’être capable. Même sans preuves suffisantes.

Dès son arrivée à Lorient, Rodier de Lavergne, libre, puisque hors de la juridiction de la Compagnie, se défend. Fait appel à ses protecteurs. Se précipite à Versailles déposer ses placets en main propre. Son seul espoir est de réussir à faire casser cet arrêt et d’obtenir un rappel de ban.
Il écrit (4) et réécrit, au ministre d’Etat, Contrôleur Général des Finances, qui détient la tutelle sur la Compagnie des Indes, Michel Robert Pelletier des Forts (5.) Dans son premier placet, il argumente sur le fait « qu’il n’est pas difficile à des juges de trouver des témoins dévoués à ce qu’ils souhaitent. » Il révoque les témoignages contre lui, ceux de « mauvais soldats » l’un « libertin », l’autre paresseux , le dernier « blasphémateur » fortement punis par lui-même. Ensuite, il s’attarde sur les calomnies de Catherine Royer, sa belle mère, qualifiée de femme sans morale, voire pire. Catherine, que Desforges Boucher décrivait ainsi :
« Catherine Royer, créole blanche, fort belle femme, qui est à la vérité une franche pécore, et sans éducation. Mais dont personne n’a jamais blâmé la conduite ». Catherine a t-elle inconsidérément bavardé et témoigné ? Est elle déjà bien proche de la dernière victime, son voisin et futur deuxième mari, Jacques Auber, fils ?
La femme de George Noël semble là avoir un rôle central, tant l’ire de son gendre, à l’aune de son désespoir, se focalise contre elle.
Un an et un placet plus tard, toujours déterminé, Rodier de Lavergne  "continue ses représentations sur l’état de misère " ou l’a contraint le jugement du Conseil Supérieur. Il semble en avoir fini avec les Indes et sa Compagnie. Il demande seulement et de façon émouvante, à retrouver sa femme, sa fille et son honneur. Car, il a été séparé de corps et de biens avec sa femme, sans avoir :  "jamais donné le moindre sujet à cette séparation."

Il nous livre içi et là, des faits de sa carrière. Il a servi depuis vingt ans sur «  les vaisseaux du roi ». Là où, nous rajouterons que comme dans les arsenaux, la crainte des incendies était quotidienne.  Il s’est trouvé « estropié » au cours de ses campagnes, comme celle d’Arguin, où sous les ordres de Périer de Salvert, dont il se recommande, il participa à la reprise du Fort. Et c’est sans doute à ce fait d’armes contre les Hollandais, qu’il devait sa nomination logique  de Commandant de Rodrigue.
Au fait des  "usages" et « maximes du Royaume », il sait bien que sa peine ne devait pas induire de conséquences sur sa famille. Or elle entraîne une mort civile des territoires de la Compagnie : soit la confiscation de ses biens, confiés à sa femme  et la séparation de facto avec cette dernière.
Isaac Jean, passant pour un " honnête homme"  (Boucher) apprécié de tous est devenu un « homme dangereux » (jugement 1727).

Rodier de Lavergne n’évoquera jamais les accusations tenues contre lui, comme si elles étaient inconcevables. Le manque de solde, signalé à la Compagnie par Beauvollier de Courchant comme pouvant inciter les soldats à se servir a t il été trop criant ? Les plus ou moins bonnes habitudes de pacotille ou de port permis, naturelles aux officiers de marine l’ont-il conduit à commettre des erreurs ? ou bien a t il été victime de son apparente rigueur morale ?  L ‘époque n’est pas aux enfants de choeur. Mais accuser un  seul homme de commettre tous les forfaits de l’Ile, qui plus est, sans se faire prendre  affaiblit  évidement l’accusation. Nous ne pouvons donc que constater que son procès était pour le moins orienté et qu’il se conclut sans preuve.

A environ trente cinq ans, il  vient de  subir l’humiliation de la mise sur la sellette, de la mise aux fers et de la mise au ban. Pourtant sa foi en ses protecteurs et en sa réhabilitation demeure intacte. Son désir de retrouver son amour aussi. A Lorient, le voilà bien loin de celle qu’il aime  et le pressent- il alors, à jamais ?
Rodier de Lavergne reprendra, semble t il  du service et restera en lien, bien des années plus tard, au moins avec sa fille…( à suivre)

Sabine NOËL

1) Elie Dioré de Périgny, lieutenant de cavalerie doit sa nomination à Bourbon à l’appui d’un de ses parents et sa charge de gouverneur au refus de Beauvollier de Courchant d’un deuxième mandat.
2) Après moult demandes de Beauvollier de Courchant et de Desforges Boucher au Conseil de la Marine qui résista plusieurs fois à cette demande d’avoir en un seul lieu, une seule juridiction.
3) La signature de Villarmoy reste connue à Bourbon pour être présente dans l’arrêt rendu contre La Buse.
4) Un de ses courriers est au CAOM, Personnel colonial ancien, inv.  Ph. de Vaissières. FR ANOM COL E 355 bis.

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ir?c=FRANOM_00019,1.11.0718

5) Pelletier des Forts était lui-même fort occupé par de frauduleuses spéculations sur les titres de la Compagnie qui lui vaudront seulement une peine de disgrâce en 1730.

Les précédentes aventures de RDL sont à lire  içi et
Le vocabulaire tombé en désuétude ou resté expressif, comme : Ban, Pécore, Pacotille, Placet, Monitoire, Recolement, Selette sont à retrouver dans le LEXIQUE ici .

Remerciements particuliers pour leurs contributions indispensables et attentives à Odile B, à J-M Allombert, à I. Goulgiar, et à JP Calteau pour avoir joué les pigeons voyageurs.

© Sabine NOËL

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Pierre Folio (1711-1790) se maria trois fois : en 1749,1763 et 1777 toujours dans la paroisse de St Pierre, Ile Bourbon.
Il était le fils de Pierre Folio, né en 1666 à Saint-Pierre-des-Corps, ci-devant flibustier, compagnon de Bowen et sans doute de George Noël car, à la différence de ce dernier, Folio avait débarqué dans l’ile dès 1699.
Notre Pierre avait de qui tenir car la vie amoureuse de ses parents avait également connu des vicissitudes puisqu’on soupçonna sa mère, Brigitte Bellon, d’avoir fait disparaître son père sur la plage de St Paul. Si l’on ne pût rien prouver, Brigitte Bellon fût néanmoins privée de la garde de ses enfants.
Sa première épouse fût Marie Anne Fontaine, sa deuxième Marie Françoise Payet et la troisième Marie Jeanne Lebon.
De son union avec Marie Françoise Payet, il aura, en 1767, à l’âge de 55 ans, un fils Jean-Baptiste.
Jean-Baptiste Folio est l’arrière grand père de notre arrière grand mère, Marie Tarcile (1847-1928) qui épousa Louis Philippe Alfred Noël (1833-1899) en 1873.

Marie Anne Fontaine (1711-1762) avait pour parents Jean Fontaine (1676-1723) et Antoinette Nativel (1676-1739). Elle porte le prénom de sa grand-mère paternelle malgache Marie Anne Sanne, née aux Matatanes et décédée peu de temps avant sa naissance en 1709.
Il faut dire que Marie Anne Fontaine avait un bon peu de sang malgache car son autre grand mère était Thérèse Solo, née aussi dans la grande ile, dans la même région. Fait remarquable, nous savons qu’elle y fût baptisée en 1651.

Le trois janvier 1749, après midy, en présence des sieurs Louis Hoarau et Joseph Mathieu Damour, domiciliés dans le quartier St Pierre, Pierre Folio et Marie Anne Fontaine vont signer un contrat de mariage en l’étude de Guy Lesport, notaire du quartier.
Ce contrat commence fort inélégamment car Marie Anne n’est pas présentée sous ses nom et prénom, mais sous l’appellation de « et la veuve Bellon ». Marie Anne n’est pas une jeunette. Elle a 38 ans et
s’ est déjà mariée avec Antoine Bellon, décédé en 1746.
Le marié n’a pas non plus 20 ans car il est âgé de 37ans. Pourtant il
s’agit de son premier mariage.

Une particularité en ce début d’acte qui renvoit à l’histoire évoquée ci-avant : si la mère du marié est mentionnée « fils de Pierre Folio et de Brigitte Bellon ses père et mère » elle est absente à l’acte bien qu’encore en vie.

Pour le reste de l’acte, rien d’innovant, la coutume de Paris est la règle : les époux « se prennent avec leurs biens et droits à chacun d’eux appartenant » ceux de la dite dame future épouse consistant « en ses propres et en la moitié des biens meubles de la communauté qui a été entre elle et le déffunt Antoine Bellon son mary conformément à l’inventaire qui en a été fait pendant ladite communauté »
Là, on se dit que vu la minutie de ces procédures, de tous ces inventaires, il ne devait pas y avoir matière à contestation comme aujourd’hui !
Et j’aime à rappeler que cet acte se fait en 1749, dans une ile perdue dans l’océan indien loin de tout ! Entre des métisses malgaches, des flibustiers. Que les créoles cessent d’avoir ce syndrome goyave de France et soient fiers de leur passé car alors dans les provinces de France il n’y avait généralement pas un tel degré de vie juridique.
Le futur époux donne en douaire préfixe la somme de mille piastres qui « sera et demeurera propre aux enfants du dit mariage suivant la coutume de Paris » .
Et le partage, pour le survivant, se fera dans la mesure de 500 piastres, à son choix, suivant la prisée de l’inventaire et sans criée.
Signeront à l’acte outre Pierre Folio, le notaire Guy Lesport, Louis Hoarau, Joseph Mathieu Damour. Seule Marie Anne Fontaine déclare ne savoir écrire ni signer.

Laurence NOËL

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St Pierre le 5 avril 1757
Nous l’ avons déjà vu pour les questions de propriété, partage, succession, nos ancêtres étaient extrêmement respectueux de la norme juridique. A chaque acte d’ importance ils faisaient appel au notaire et lorsque celui ci ne pouvait être là, ils se confiaient au curé pour la sureté de leurs décisions. Ainsi, en l’occurrence, Alexis Loret (1693-1757) au seuil de la mort fît appel à Larose, prêtre missionnaire et curé de la paroisse de St Pierre, pour enregistrer ses dernières volontés.

Et c’ est ainsi que débute le document intitulé " Depaux des volontés du sieur Alexis Loret ….5 avril 1757 " Nous soussigné missionnaire apostolique curé de la paroisse de st pierre ayant été appellé pour administrer les derniers sacrements au sieur alexis Lauret, habitant de ce quartier et paroisse st pierre, étant au lit malade , sain toutefois d’ esprit, comme il nous a paru et aux témoins ci dessous désignés".
L’ on voit là, que notre curé n’ est pas sans connaissance juridique car il prend soin de préciser quelle est la capacité du mourant et qu’il n’ est pas le seul à l’ avoir constatée. Cependant, craignant un éventuel reproche, il prend soin d’ ajouter "comme il nous a paru ainsi qu’ aux autres témoins" . Il poursuit  avec une formule remarquable, si remarquable qu’elle pourrait être une clause de style : "lequel considérant qu’il n’ y a rien de plus certain que la mort et rien de plus incertain que son heure" .
"Faute de notaire qui n’ a pu venir à cause du mauvais temps et du débordement des ravines "( nous sommes en avril et le notaire venait vraisemblablement  de St Paul ; de même nous ne savons où se situait l’ habitation d’ Alexis Lauret sur le quartier de St Pierre. )
Le missionnaire recueille ensuite les déclarations du mourant :" il  veut et entend que Catherine et sa fille Gabrielle çi devant ses esclaves auront après sa mort la liberté qu’il lui a promis depuis longtemps en considération des bons services qu’elle lui a rendu et de sa fidélité "


N’ est ce pas insigne que ces dernières volontés aient trait, tout d’ abord et principalement, au don de la liberté ? on pense tout de suite à une réparation qui serait de l’ ordre d’ une reconnaissance de concubinage et filiation- puisqu’il y a Catherine mais aussi sa fille Gabrielle, mais on peut tout autant envisager d’autres relations de proximité familiale, nourrice, cuisinière etc …
Il pourrait en être ainsi car si Alexis Lauret leur lègue, pour subsister, ainsi que la loi l’ exigeait, 40 gaulettes sur 20,il énonce une clause plus dérangeante "déclare en outre que Jacques, mary de la nommée Catherine demeure esclave et que Catherine quoique libre demeure toujours avec son mary chez le maitre à qui il appartiendra"
Est ce la volonté de ne pas appauvrir sa succession (un esclave homme valant plus qu’une femme) et de ne pas séparer une famille fût-elle esclave ?
En tous les cas ce qui doit être retenu de cet acte, c’ est que la promesse faite à l’ esclave est primordiale et pousse le mourant à l’exprimer, malgré les difficultés de constation juridique .
Le reste de l’ acte va en ce sens car déclarer ensuite  que "son gendre Paul Payet lui a rendu les 30 bariques de caffé qu’il lui avait empruntées", semble de peu d’  importance et plaçé là pour qu’il n’ y ait pas que le seul affanchissement ! Afin sans doute qu’il ne soit pas contesté.
Vont signer en qualité de témoins : Louis Vitry gendarme, Antoine Leveneur, Antoine Payett et Larose prêtre missionnaire en la maison du sieur Alexis Lauret à St Pierre le 5 Avril 1757.
La religion ou l’ esprit de charité propre à cet homme au seuil de la mort

Laurence NOËL

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Nous avons vu précédemment dans l’article « Marques » que le 20 juin 1741 les héritiers de feu George Noël s’étaient déplacés sur les terrains dont ils héritaient pour en faire le mesurage et le partage. Ils étaient alors accompagnés de Henry Grimaud, capitaine de bourgeoisie du quartier St Paul, expert nommé par Marieanne Noël, de Jacques Loret aussi expert, du procureur de Marieanne Noël, Jean Casanova, et de Silvestre Toussaint Grosset, huissier du conseil supérieur. Le 15 May 1740, nous retrouvons les mêmes à l’ exception de Jacques Loret.

Catherine Royé, Marieanne, Georges et Louis Noël déclarent tout d’ abord qu’ils désirent faire entre eux à l’amiable. Le partage des meubles va donc se faire par tirage au sort après que l’ expert et l’huissier aient défini deux parts
– l’ une pour la veuve, l’ autre pour les 3 enfants, cette dernière étant ensuite partagée en 3 -

En ce qui concerne les meubles meublant, ils ne sont pas énumérés car « nous ne faisons pas mention de ce qu’ils conservent attendu qu’ils ont dit être contant. Nous ont seulement requis de faire mention des esclaves et des bâtiments qui leur sont échus à chacun »

Suivent ensuite la liste des esclaves attribués à chacun, à savoir pour la première part ( celle de la veuve)

« Louis et Marie sa femme, Henry et Barbe sa femme, Jean Bapte , Léon, Etienne, Laurans, Jacques, Jacques malabar, Bouilly, Paul et René, Pélagie, Dauphine, Marthe, Perpétue, Michelle, Dorothé » puis celles des enfants:

« à Georges Noël : Robert et Suzanne sa femme, François, Grégoire, Rémond, Nicolas et Rose
à Louis Noël : Francisque et Julienne sa femme, Cosme, Manuel, Charles, Thérèse et Madeleine
à Marieanne Noël :  Antoine et Agathe sa femme, Pierrot, Mathieu, Lazare, Louise et Françoise ».

Il est à noter qu’en ce qui concerne ces esclaves, certains sont clairement identifiés comme étant « mariés » alors que nous savons que George a été poursuivi en justice pour avoir laisser ses esclaves mener une vie de famille.
Qu’ensuite, en 1781, soit 40 ans plus tard, nous pouvons retrouver au recensement de Louis Noël, Francisque âgé de 95 ans et nous y voyons son origine soit caffre, Manuel 69 ans malgache et peut être aussi Madelaine, caffrine, 66ans ( il y a en effet 2 Madeleines à ce recensement).
Ces deux éléments sont explicites quant à la manière de traiter les esclaves sur l’habitation de George et Louis Noël. On comprendra sans doute mieux comment le petit fils de Louis, Vincent Florent Noël pourra vivre (avant de l’épouser plus tard) avec Marie Françoise Delphine, née « noire libre » à l’état civil.
L’expert et l’huissier vont ensuite partager les bâtiments qui se composent: «des bâtiments de l’emplacement des Sables de ce quartier » évalués à 12000 piastres, « la case en bois écary à létang sallé » évaluée à 180 piastres, « la case de bois rond à létang sallé » évaluée à 25 piastres, «une autre case pour 15 piastres, un magasin pour 12, un pigeonnier pour 6»

Suit  une série de calculs pour que les parts soient égales.

Marieanne hérite de la case en bois écary de Létang Sallé, Georges a le magasin de bois écary à Létang Sallé, Louis la case de bois rond au même endroit.
Puis les héritiers promettent de passer cette transaction devant notaire lorsqu’ils auront fait le partage et le mesurage de leurs terres. Ce qui fût fait le 20 Juin 1741.
Vont signer tous les participants à cette transaction à l’exception de Catherine Royer qui ne sachant signer va faire une croix  « qui est sa marque ordinaire ».


L’harmonie préside donc à ce partage pourtant le 30 may 1741 Marieanne Noël, femme séparée de biens du sieur Rodier de la Vergne, sera autorisée par le conseil supérieur de l’isle à assigner en justice sa mère et ses frères pour ce partage de succession. On aurait pu en conclure qu’il existait un différend à ce sujet entre eux. Mais peut être est ce la situation si particulière de Marieanne qui est à l’origine de sa requête en justice : mariée à un époux « absent de la colonie » représentée par un procureur fondé de pouvoir qui deviendra son époux ou presque !

Laurence NOËL

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Jean Rodier de Lavergne
2-De Bourbon à Rodrigue *

Archipel des Mascareignes : Ile Bourbon, Ile de France, Ile Rodrigue

En 1722, Jean Rodier de Lavergne vient d’arriver sur l’île, avec la compagnie d’infanterie que la Compagnie  des Indes a décidé d’entretenir à Bourbon.Le gouverneur d’alors est Joseph de Beauvollier de Courchant, assisté d’ Antoine Desforges Boucher, Etienne de Champion et Julien Duronguët Letoullec. En mars 1723, des ouragans  viennent de détruire plusieurs vaisseaux. Les  récoltes de riz et de maïs sont mises à mal et  dévastées  par des nuées de merles avant de l’être par la sécheresse. La colonie est appauvrie. Beauvoillier de Courchant tente d’imposer la monnaie de cuivre frappée à Pondichéry en paiement du café. Les colons s’inquiètent. Les rumeurs circulent. Les caisses sont vides. Sans le moindre scrupule, Le 7 mai 1723, le Conseil provincial décide d’emprunter aux Lazaristes, déjà exclus du-dit conseil,  le trésor provenant des restitutions des forbans repentis et de ceux qui avaient trafiqué avec eux. Les colons restent interloqués de ce sacrilège. Même s’il est urgent de réparer les vaisseaux, d’envoyer chercher des vivres et d’aider l’installation de l’Ile de France.

Un mois plus tard, en juillet, à St Paul, un incendie détruit entièrement le magasin en bois et feuilles de latanier de la Compagnie. L’enquête démontrera  qu’il s’agit d’un incendie criminel et le procés-verbal  sera notamment signé,  par Thomas Elgar. Le vol ne semble pas en être la cause, puisqu’on retrouve sous les décombres les sequins d’or à demi fondus empruntés à la paroisse ainsi que les débris calcinés des registres de récoltes ou d’emprunt des colons. Les auteurs ne sont pas découverts, mais l’incendie, possible vengeance du Ciel, frappe la plupart des  esprits.
Desforges Boucher, lui, s’en souviendra longtemps, car la même nuit, sa femme meurt de suites de couches dans sa maison du Gol. Le Lieutenant Général, à son habitude, se méfie de tous et se plaint surtout des officiers en soupçonnant particulièrement l’un d’entre eux, « pourtant marié à une créole des plus aimables ». (1)
Il  a de quoi être inquiet. La Colonie manque de tout. Les rations destinées aux troupes sont réduites à d’infectes salaisons, et en octobre, le Conseil ne pourra  pas payer la solde des soldats. Depuis janvier, Desforges Boucher a succédé comme gouverneur à Beauvoillier de Courchant, nommé à Pondichéry. Il doit mettre en place la réglementation des « pas de la Compagnie » ou « pas du roi »ancêtres des pas géométriques. Il est chargé aussi de l’établissement d’un Conseil supérieur, semblable à celui de Pondichéry, qui rend la justice en premier et en dernier ressort, « sans frais,ni épices », conformément à la Coutume de Paris. Il n’y aura donc plus de cour d’appel. Ce conseil supérieur est installé le 18 septembre 1724 et  publie aussitôt l’ordonnance interdisant tout commerce entre les habitants et les vaisseaux de passage. Il enregistre le même jour le premier édit réglementant l’esclavage aux Mascareignes ou Code Noir.
L’installation se fait en grande pompe en présence de tous les notables de l’île. La troupe et les officiers, tel le  Lieutenant Rodier de La Vergne, rendent les honneurs, saluent le drapeau et font donner sept coups de canon.

Le 20 juillet 1725, le Conseil décide de mettre main sur la plus petite des îles Mascareignes, Rodrigue, au nom du Roi et de la Compagnie. Pourtant, ni l’ancienne ni la nouvelle Compagnie Perpétuelle des Indes n’avait de vues sur cette île déserte. Depuis la parution en 1707, à Londres et à Amsterdam d’un « roman véritable » :

frontispice de l’édition de 1708

«  Voyages et Aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales » ministres et gouverneurs s’inquiètent de cette Robinsonnade huguenote décrivant le projet utopique de fonder une colonie protestante dans l’océan indien, sur une île au nom codé d’« Isle d’Eden ».
“Cette Isle a été connuë sous différents noms :  elle a premièrement été nommée Mascarenhas par les Portugais, d’autres l’ont appelée l’isle d’Apolonie et les Français du temps qu’ils étoient à Madagascar auprès de qui elle est située, la nommoient quelquefois l’isle Bourbon ou Mascareigne, corrompant son premier nom ; d’autres enfin l’ont appelée l’Isle d’Eden, et c’est ce dernier qu’on a retenu comme luy convenant mieux, parce que sa bonté et sa beauté la peuvent faire passer pour un Paradis terrestre, et c’est ainsi en effet qu’elle est qualifiée par plusieurs auteurs qui en ont parlé. »(2)
De nombreux prospectus furent édités en 1689, sous l ‘égide du Marquis Henri Duquesne, fils aîné du Grand Duquesne, réfugié avec son frère Abraham, depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, en Hollande. Le projet de créer un Refuge pour les huguenots persécutés et exilés connut plusieurs difficultés à la fois financières, climatiques et politiques. Avec l’aide de la V.O.C, deux vaisseaux étaient armés et de nombreuses familles de volontaires étaient prêtes à partir vers cette République heureuse, égalitaire et fertile. Une seule petite frégate, l’Hirondelle, fut, en fin de comptes, déléguée pour  reconnaître les lieux, sous le commandement d’Antoine Valleau, de l’îsle de Ré, avec à son bord, François Leguat, un gentilhomme Bressan exilé et quelques compagnons. Au Cap, on se renseigna sur les poursuites armées dont ils pouvaient faire l’objet et Valleau, de son chef ou sur consignes, débarqua les colons, non pas à Bourbon, « l’ïle d’Eden », mais juste à côté sur une île vierge de tout habitant, Diego Ruiz ou l’île Rodrigue. Ils allèrent ainsi de  « l’île manquée » à « l’île espérée ».(3)
Le rêve tourna court au bout de deux années et les rescapés de cette aventure biblique revinrent en Europe au bout de longues années d’ épreuves du Ciel et des hommes.
Ostendais et Hollandais sont entreprenants sur les mers. Fin 1724, Le gouverneur repense à Duquesne, aux Hollandais et à Rodrigue. Desforges Boucher connaissait « la charmante relation »(1) des aventures de Leguat qui viennent d’être rééditées pour la troisième fois en 1721. Il persuade le Conseil de l’intérêt de coloniser l’île. On délibère, on se met d’accord.Un détachement de troupes et de colons pouvait se préparer à partir.On pense à tout, aux outils, aux vivres pour 18 mois, aux graines, aux couples d’animaux, au chirurgien, et on prévoit d’y envoyer un curé dés que possible.
Le Lieutenant Rodier de Lavergne, de par ses campagnes précédentes semble tout indiqué** pour conduire l’expédition. Il est promu Commandant du nouvel établissement qui est nommé l’ïle Marianne, en l’honneur de l’Infante Reine. En même temps, quel  superbe hommage à Marianne Noël, sa femme !
Contrairement à Leguat, il est probable que Rodier ne va pas à Rodrigue pour y être « riche sans diamants, sans or et sans ambitions».(3). Il est marié, il a une petite fille. Il doit assurer leur avenir. L’aventure est incertaine, mais le titre  de Commandant enviable. Le rêve d’Eden va pourtant devenir un cauchemar.
Alors que tout est prêt, subitement, tout s’écroule. Le Commandant n’est plus en odeur de sainteté.
Le 26 août, Rodier de Lavergne est contraint de donner sa démission de lieutenant des troupes et de Commandant de l’île Marianne, « ses affaires ne lui permettaient plus de servir ». Sa démission forcée est acceptée par Desforges Boucher le 29, « pour d’autres raisons  à nous pertinemment connues » qui provoquèrent son arrestation immédiate » (1)
Aussitôt après, les colons de Rodrigue ne se présentèrent plus et les requis d’office, dont les scandaleux amants A.Lauret et B.Bellon, enfin mariés grâce à ce rusé engagement, s’enfuient et restent introuvables dans les bois. Une faible expédition à bord de la Ressource accostera à l’île Marianne en septembre et l’officier en second, Julien Tafforet (4) confirmera bien la présence du Dodo et des tortues , et donc, la véracité des récits de Leguat.
En dernier ressort, la Compagnie désapprouvera l’initiative, et demandera juste des marques de possession. 1725 sera une année difficile aussi pour Desforges Boucher déjà souffrant et objet de libelles l’accusant de  trafiquer pour son compte et de s’enrichir aux dépens de la Colonie. Il meurt en décembre, sans savoir que, à Paris, ces Messieurs de la Cie l’ont déjà destitué, ne croyant plus du tout à ses mirobolantes récoltes de café.
Quant à notre officier, il sera jugé, sans aucune possiblité d’appel, le 8 janvier, dix-huit mois après son arrestation, et frappé de bannissement.
S’il les connaissait, repensa-t-il alors amèrement aux  méditations de Leguat ? :
«  Recueilli très profondément en moi-même, mes sérieuses réflexions m’ont fait voir là, comme au doigt et à l’œil, le néant d’une infinité de choses … de cette terre où l’Art détruit presque toujours la Nature sous prétexte de l’embellir ; où l’Artifice, pire que l’Art, l’Hypocrisie, la Fraude, la Superstition, la Rapine exercent un tyrannique empire ; où tout, pour ainsi dire, n’est qu’Erreur, Vanité, Désordre, Corruption, Malice et Misère. »
Pleura-t–il  cette île  « espérée » et  totalement « manquée » ? (3)
Pensa-t-il aux malices, désordes ou rapines par lesquelles son destin venait de totalement basculer ?
En mars 1727, " Jean Rodier de Lavergne  cy devant Off.erdes troupes de la garnison " est embarqué  sur l’Argonaute, «envoyé en France détenu aux fers », accompagné, sur le Rolle  de deux soldats.

SHM Lorient, Rolle de l’Argonaute, 1727

 

Il en est à son deuxième exil.
Avant son départ, Il a pu une ultime fois tenir sa femme et peut être sa fille de 24 mois, dans ses bras.

Sabine NOËL

* Nous utilisons l’orthographe de l’époque, sans s.

** A suivre in : 3- de  Bourbon  à Versailles

1 :  Lettre de DESFORGES BOUCHER, CARAN, Paris, citée aussi in :  LOUGNON Albert, 1956. op. cit in Bibliothèque
2 : DUQUESNE, Henri . – Autre mémoire contenant une instruction plus ample de ce qui concerne l’établissement de l’Isle d’Eden. In : Recueil de quelques mémoires servant d’instruction pour l’établissement de l’Ile d’Eden.- Amsterdam : H.Desbordes,1690.
3 : LEGUAT, François. – op. cit in Bibliothèque
4 : TAFFORET, Julien. – Relation d’une entreprise de colonisation,(…) l’ïle Marianne , 1726. (-Ms. 1725-1726 / AN)

© Sabine NOËL

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George  NOËL et Catherine  Royer n’ont eu qu’une fille, Marianne, qui épouse en novembre 1723, un officier des vaisseaux, débarqué à Bourbon en 1722 :

Isaac Jean Rodier de Lavergne.

1-De Lorient à Bourbon
Son histoire se dévoile peu à peu, même s’il subsiste encore quelques mystères. Son âge nous est encore inconnu, comme son lieu précis de naissance. A ce moment de l’histoire, Il est seulement dit du Poitou.

Le Poitou et le pays d’Aunis / par N. de Fer -I.F. Benard (Paris)-1714

Au 18ème siècle, le Poitou est une province de seuils. « La province du Poitou est d’une assez grande étendue ; elle contient de longueur, de l’orient à l’occident, 48 lieues et de largeur, du midi au septentrion, 22 lieues. Elle est bornée, du côté de l’orient, par les provinces du Berry et du Limousin; du côté de l’occident, par la mer océane et le pays d’Aunis ; du côté du midi, par l’Angoumois et la Saintonge, et, du côté du septentrion, par l’Anjou et la Touraine. ».(1) Nous l’avons donc recherché de Saintes à Angoulême en passant par Châtellerault et Poitiers, sans oublier les îles. Quoi qu’il en soit, en tous ces lieux, le contexte est le suivant : le bilan des guerres de religion est très lourd économiquement là où la Réforme a séduit depuis longtemps une noblesse locale respectée. De nombreux hobereaux se sont appauvris et perdent leurs privilèges. Pour ceux de la religion réformée, l’émigration vers la Hollande et l’Angleterre prend de l’ampleur à partir de 1679. Elle s’accentue encore avec les dragonnades inaugurées en Poitou dés 1681 et la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Les gentilshommes huguenots qui sont restés finiront par rejoindre de gré ou de force, et souvent en seule apparence, la religion majoritaire.

A cette noblesse appauvrie, aussi bien catholique que protestante, et encore plus pour les cadets de famille sans espoir ni héritage, le service des armes est une issue évidente. Et c’est sans doute pour cela que nous retrouvons Isaac Jean Rodier de Lavergne, sergent à Lorient en 1721.

Pour être officier de marine, il faut être noble :
« il n’en sera reçu aucun s’il n’est gentilhomme, et sera  par eux rapporté des certificats de leur noblesse.» (Ordonnance du 15 avril 1689, Liv. VII, Tit.1, art Ier). Le ministre insiste auprés des intendants le 6 aout 1704 : « sa majesté souhaite que ce corps ne soit composé à l’avenir que de la meilleure noblesse de son royaume " (2)
Il faut aussi être «bon catholique», même si les exceptions sont notables. (Familles Duquesne, Gabaret…).
Les élèves officiers espèrent à la fois servir et faire fortune en gagnant du galon sur les vaisseaux de la Royale ou de la Compagnie des Indes. Ils ont souvent été décrits à terre, entre deux campagnes, comme désoeuvrés, turbulents, querelleurs, joueurs et coureurs de jupons. Ainsi, à Brest, ils s’amusent la nuit à murer les maisons, enlever les servantes, intervertir les enseignes, tirer l’épée… Dans leurs aventures océanes, ils devaient se révéler de tempérament, prêts à tout et n’ayant peur de rien.
Rodier de Lavergne est peut être de ceux-là.
Les troupes de marine sont commandées à terre par des officiers de terre et en mer par des officiers de marine. Colbert s’étant montré assez pragmatique  mais imprudent dans l’ordonnance de 1674.

Si parfois, suivant ses besoins, ou plutôt ses manques, la marine n’est pas très regardante ni sur les 8 quartiers de noblesse ni sur la religion (les huguenots s’engagent pour se protéger des persécutions), par contre, il faut de très nombreuses, épuisantes et parfois vaines campagnes pour obtenir du grade.

Engagé  à Lorient le 21 juillet 1721, Jean Rodier de Lavergne, sergent fait enseigne le 6 novembre, monte à bord du Saint Albin, navire de la Cie, le 6 décembre.

Curieusement, le registre tenu par Lestobec, représentant de la Compagnie des Indes à Lorient ne contient, pour lui, aucune des descriptions habituelles, à savoir en plus du nom, le surnom, l’origine, la demeure, l’âge, la hauteur,  la couleur des yeux et du poil .
Un seul prénom Jean a été retenu. Isaac est il trop connoté ? ( les protestants portaient souvent deux prénoms qu’ils utilisaient suivant le milieu où ils se trouvaient). Ni lieu d’origine, ni parents.

La ville de Lorient, est vouée par Colbert au commerce avec l’Orient et donc à la Compagnie des Indes Orientales, d’ou son nom. En 1721, les commissaires à la liquidation  de la Compagnie ont fait charger sur Le Rubis et le Saint Albin"des secours pour les deux îles (l’île Bourbon et l’île de France) qu’ils qualifiaient de "considérables" en marchandises, munitions, ouvriers et soldats… et un personnel nombreux…" (3)

Rodier de Lavergne, inscrit sur le registre de Lestobec, n’a pas été retrouvé  sur le Rolle du St Albin ni sur celui du Rubis.

Il est engagé à la suite de soldats d’une Compagnie franche, la Cie de Marion levée pour la garde de l’arsenal de Lorient pour le compte de la Compagnie des Indes.
Est il volontaire ou garde de la marine ? Le recrutement de classes de volontaires a lieu à peu prés  de 1670 à 1708. Il fallait là aussi, être noble, avoir plus de 14 ans et être nommé par le Secrétaire d’Etat à la marine. Ils suivaient la même formation que les gardes de la marine, en alternance à terre et sur les vaisseaux mais les officiers étaient destinés à la marine marchande et aux petites unités. Colbert a subsitué peu à peu à la formation par embarquement volontaire, celle des « gardes de la marine ». Dés 1683, trois écoles de gardes  existent à Brest, Rochefort et Toulon. Le choix  des élèves est effectué par le Roi, dans des listes préparées par les intendants de province. L’appartenance aux compagnies des gardes est très coûteuse car leur éducation incombe à leur famille. L’enseignement des jeunes recrues, de 15 à 18 ans, se fait de façon théorique d’abord et pratique ensuite sur les vaisseaux. Les jésuites leur apprennent l’art militaire, l’arithmétique, l’escrime, l’hydrographie, la danse, plus tard l’anglais, et encore bien plus tard à nager… A Rochefort, en 1688, on tente sans succès  de moraliser leurs ardeurs adolescentes par des messes obligatoires à la première heure du jour et des cours. En mer, ils n’ont ni commandement ni appointement, mais ont droit au « port-permis ». Il faut plusieurs campagnes sur les vaisseaux, où ils servent comme soldats, pour que les enseignes soient admis dans le corps des officiers. Le recrutement est majoritairement de l’Ouest (Bretagne) et dans le milieu de la mer ou bien celui de la Compagnie des Indes.

Garde de la marine

courtesy Ecole Navale

En 1665, Colbert impose un uniforme aux officiers de la Royale : justaucorps bleu, culotte et gilet rouges, écharpe de satin blanc, bas de soie cramoisie, feutre noir, souliers à talons rouges et à revers, chemise à manchettes et rabat de dentelles. Ont été interdits quelques passementeries et autres fanfreluches. Il s’agit d’être moins « précieux » qu’à la Cour et surtout d’attirer et de ne pas froisser les gentilshommes les moins fortunés. Ceux de la Compagnie des Indes ont un habit bleu, « le bleu qui est la couleur de Sa Majesté »(2). Mais il n’est pas certain que les simples enseignes aient eu le droit ou les finances pour le revêtir. Ils portent les cheveux longs et bouclés. Il y a un monde entre les deux corps,( la marine Royale et la marine marchande) mais pas forcément étanche. Tous rêvent de chance, de fortune et d’honneurs.

La frégate Le Rubis et le navire Saint Albin lèvent l’ancre en février 1722. Après une escale au Cap de Bonne-Espérance en août, ils arrivent seulement en octobre à Bourbon. Le voyage a été rude.

«Maltraités par le capitaine Lamarre & Grenier, les soldats et les passagers étaient «morts en très grande partie». «Vingt quatre seulement survivaient de la quarantaine de soldats pris à Lorient »(3)
Que sont devenus les soldats La Douceur, Tintamarre, Guillaume G dit Prêt à boire, Blondin dit Joli cœur, Yvon Le Brun dit Sans chagrin ? Le voyage a duré 9 mois. Isaac Jean a survécu. Ce n’est pas son premier voyage. Comme le montre son grade d’enseigne, il a dû faire déjà au moins une à deux campagnes. Ce n’est plus un officier "bleu", l’avancement se faisant en fonction des campagnes et de l’ancienneté ou de services exceptionnels. Il a probablement entre 25 et 30 ans.

Un an plus tard, le 9 novembre 1723 à Saint Paul, il épouse Marianne Noël. Elle a seize ans.

(à suivre… 2- De Bourbon à Rodrigue)

(3- De bourbon à Versailles)

Sabine NOËL

1 : MAUPEOU D’ABLEIGES, Gilles de, (intendant). -Mémoire concernant la généralité du Poitou, 1698.
2 : AMAN  J, 1976 (op. cit in Bibliothèque)
3 : ESMO,Jean, Journal de bord, cit. in LOUGNON A., 1957 (op. cit in Bibliothèque)

Remerciements à mes ami(e)s Bibliothécaires et généalogistes de Poitou, Saintonge, d’Angoumois, de Paris et de Bourbon qui se reconnaîtront. RDL nous a entraîné vers de nombreuses recherches et révélera peut être quelques surprises.

© S.NOËL

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On a coutume de penser qu’aucune occupation privée  n’ était possible sur la réserve des 50 pas du Roi, dite plus souvent des pas géométriques. Et pourtant, en novembre 1789 et janvier 1790, Jacques Michel Ricquebourg,capitaine des milices coloniales et commandant au quartier St Paul, se voyait accorder de s’ établir provisoirement sur celle ci.

La réserve des pas du Roi a été consacrée par l’ordonnance sur la Marine de Colbert d’ aout 1681qui définit le domaine public maritime . Jusque là, ce domaine public maritime était régi par les règles établies par l’empereur romain Justinien. Colbert reprend la définition donnée par les Institutes à savoir « tout ce que la mer couvre et découvre et jusqu’où le grand flot de mars peut s’ étendre sur les grèves ».

Cependant il existait une règle en vigueur dans les isles françaises d’ Amérique, celle des 50 pas du Roi. Dans une lettre adressée au ministre de la Marine, Colbert, le gouverneur de Baas énonce le 8 février 1674, les cinq raisons de l’ existence de ces 50 pas. A savoir: la première a été de rendre plus difficile l’abord des isles ailleurs que dans les rades car 50 pas de terre en bois debout très épais et difficiles à percer est un grand empêchement contre les descentes d’ ennemis; la deuxième est qu’il faut un espace réservé pour l ‘édification de fortifications car autrement les habitants auraient pu demander des dédommagements; la troisième est que chacun doit avoir un passage libre vers la mer afin d’ éviter procès et querelles en raison des clôtures qui auraient été édifiées; la quatrième est de donner moyen aux capitaines des navires qui viennent aux isles d’aller couper du bois dans les 50 pas pour leur nécessité sans cela les habitants ne leur permettraient pas d’ en prendre qu’en payant ; la cinquième « et la plus essentielle est celle de donner moyen aux artisans de se loger car ils n’ ont aucun fonds pour acheter des habitations et qu’ils n’ ont pour tout biens que leurs outils pour gagner leur vie. On leur donne aux uns plus aux autres moins, des terres pour y bâtir des maisons mais c’ est toujours à condition que si le Roi a besoin des fonds sur lesquels ils doivent bâtir, ils transporteront ailleurs leurs bâtiments. Or sur ces 50 pas sont logés les pêcheurs, maçons,charpentiers….personnes nécessaires au maintien des colonies »

Colbert consacre donc la réserve des 50 pas du Roi en 1681. Un pas variant de 2,5 à 3,5 pieds selon les époques. Cette bande de terre est en conséquence insusceptible d’ appropriation et occupation privée sauf finalement en raison de motifs d’ utilité publique. Elle correspond aujourd’hui à 81,20 m à compter de la limite des plus hautes marées car cette réserve existe encore et suscite toujours autant de conflits.

Jacques Michel Ricquebourg, en novembre 1789 et janvier 1790, reçoit  de David Cossigni, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, maréchal des camps et armées du Roi, commandant pour Sa Majesté à l’ile Bourbon et de Pierre Ratier Duvergé, commissaire général des colonies, ordonnateur à l’ile Bourbon, présidant le conseil supérieur de la dite ile, la permission de « s’établir sur les pas géométriques » et plus précisément au Repos de la Leu, « à prendre depuis l’ endroit appellé la pointe de Bagatelle jusqu’à celle de Henri Hibon ou la grande pointe » ainsi que sur ceux qui se trouvent « entre le Grand Chemin et le bord de la mer, la Ravine de la fontaine et le mur qui en forme le vivier fait par le sieur Pignolet » .

Pour ce faire, JM Ricquebourg a adressé deux requêtes les 12 février 1788 et 26 juin 1789, accompagnées des plans des lieux. Ces requêtes ont reçu l’appointé en accordé de Cossigni et Ratier Duvergé en bas de page. Puis l’arpenteur du Roi a donné son avis.
Qui était donc Jacques Michel Ricquebourg pour susciter une telle faveur ? Fils de Jean-Baptiste (1701-1788) et de Elizabeth Baillif (1705-1787) , il était une autorité militaire (capitaine des milices et commandant au quartier de St Paul) ce qui explique, qu’en l’occurrence, on lui ait accordé ces autorisations. L’on peut en effet supposer qu’il avait à cœur de défendre la population qui lui était confiée, d’éventuels ennemis venant de la mer.

Pour notre famille, Jacques Michel Ricquebourg était le cousin germain de Marie Baillif ( 1728-1799) épouse de Louis Noël ( 1714-1791) mais aussi pour ceux qui nous suivent régulièrement,  le grand père de François Ricquebourg Chambrun et l’arrière grand père de Marie Françoise Delphine, une de nos trisaïeules. De même il était le cousin germain de Marie Heleine Macé et de Joseph Ricquebourg, nos mariés de l’article  : Deux mariages et une ratification.

Avec ces permissions, n° 314 et 322,le sieur Ricquebourg pourra «sauf le droit d’ autrui, cultiver, établir et jouir provisoirement » de ces terrains situés sur les pas géométriques, « dans laquelle jouissance il ne pourra être troublé que pour les besoins du service, auquel cas il sera obligé de déguerpir sans pouvoir prétendre à aucune indemnité ».

Ces permissions seront enregistrées au bureau de l’arpenteur du Roi et au greffe du tribunal terrier.

A quels usages le requérant destinait il ces lieux ? « Servir d’ entrepôt aux productions de son habitation » ainsi que l’expose sa requête.
Motif qui ne semble pas essentiellement d’ utilité publique sauf si ces productions étaient nécessaires à l’approvisionnement de la colonie !
Mais, comme l’exprime bien ces autorisations, si les besoins du service du Roi l’exigeaient, l’intéressé  était  tenu de déguerpir sans pouvoir prétendre à aucune indemnité.

Laurence NOËL

© S & L NOËL

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SEGUY d’OLIVIER x NOËL
RICQUEBOURG x MACÉ
Le 5 janvier 1756 et le 23 sept 1757, par devant le notaire Pierre Dejean, résidant au quartier St Paul,
*Bertrand Seguy d’Olivier et Jean Hoarau pour Marie Catherine NOËL (1-3 a1)
*Hyacinthe Ricquebourg pour son fils mineur Joseph et Jean Mathurin Macé pour sa fille mineure Marie Heleine Macé vont signer un contrat de mariage .


LES PARTIES
Pour l’acte du 5 janvier 1756, nous avons Bertrand Seguy d’Olivier, chirurgien major de la Cie des Indes, 33 ans demeurant au quartier St Paul. Ses père et mère François Seguy d’Olivier et dame Catherine Garriner demeurent en la ville de Montrejeau, diocèse de Comminges en Gascogne. Le futur époux déclare qu’ils ont donné leur accord ( de toute façon qui pourrait le vérifier ?)
Jean Hoarau,(1706-1782), habitant St Paul, en qualité de tuteur de la future épouse Marie Catherine NOËL (1736-1800) car les père et mère de celle ci, à savoir Georges (1-3) et Thérèse Noël sont morts en 1741 pour elle et 1755 pour lui. Il est l’oncle maternel de Marie Catherine car il a épousé Marie NOËL(1706-1792), soeur de Thérèse. Ainsi que nous l’avons vu, Georges Noël et Thérèse Noël ont réunis par leur mariage les deux lignées de Noël arrivées dans l’île Bourbon. Marie Catherine est la petite fille de George Noël et de Catherine Royer et la soeur de Georges Henry, l’arpenteur, mais aussi la nièce de Louis Noël, la cousine germaine de louis Noël-Lamarre, Jean Jacques Cazanove, Marie Rodier de Lavergne, Marie Françoise Lépinay(mère de Gilles Payet). Toute cette énumération pour montrer la proximité familiale de nos ancêtres pour parvenir à retrouver ceux qui gravitaient autour d’eux et n’avaient pas d’identité, soient leurs esclaves. Car ainsi que nous l’ avons vu, si Gilles Payet a eu 2 enfants Marc et Delphine avec l’esclave Olivette, celle ci était dans la propriété de son oncle, Julien Hyacinthe Olivier Payet et susceptible d’y être née !
Pour le mariage du 23 septembre 1757, nous avons d’ une part :
*le sieur Hyacinthe RICQUEBOURG, gens d’arme, demeurant au quartier St Paul, et stipulant pour son fils mineur de 24 ans , Joseph RICQUEBOURG, aussi gens d’ arme et qui demeure avec lui.
D’ autre part:
*le sieur Jean Mathurin MACÉ aussi gens d’ arme, et son épouse Marianne BAILLIF, stipulant pour leur fille de 18 ans, Marie Héleine MACÉ .
Nous voyons donc trois gens d’ arme à cet acte ! Notons qu’ à l’ époque il s’agissait de la police militaire. Nous remarquons que l’ identité de la mère du futur époux n’ est pas mentionnée ce qui est inhabituel . Il est vraisemblable que le notaire n’ avait pas posé de questions sur celle ci alors que Hyacinthe RICQUEBOURG était veuf à deux reprises soit de Elizabeth HIBON (mère de Joseph) et de Suzanne BACHELIER.
LES BIENS
Les parties vont soumettre leur future communauté de biens à ce qui était la loi de Bourbon, soit la coutume de Paris. La coutume de Paris sera d’ ailleurs reprise dans la plus part de ses éléments par le code civil.
Mais avant d’ en venir à ce qui composera la future communauté, il faut inventorier les biens possédés et leur donner destination.

Pour Marie Catherine NOËL, l’orpheline de père et mère,
«ses biens meubles se montent suivant les inventaires qui ont été faits après leur décès, à la somme de sept mille cent quarante neuf livres, dix sols, cinq deniers déduction faite de la somme de mille cent soixante dix livres, quinze sols, sept deniers que la delle future épouse doit pour sa moitié des dettes passives portées au grand inventaire fait le 19 avril 1751 et le 1er octobre 1755 ; quant aux immeubles le montant ne peut ici être constaté attendu que le partage n’ a pas encore été fait » «  desquels biens meubles se montant à la somme de 7149 livres, 10 sols, 5 deniers i compris le nombre de 18 esclaves masles et femelles, grands et petits »
Aussi, à défaut des deux inventaires, nous ne pouvons connaître les caractéristiques de ces 18 esclaves qui ont été inventoriés et prisés afin que la succession soit évaluée .
Puis le notaire énonce, tout comme il le fera pour Marie Heleine Macé, que seul le premier tiers des biens de la future épouse entrera en communauté, les deux tiers restant des biens propres ainsi «que ceux qui pendant le mariage lui adviendra et échéra par succession, legs ou autrement tant meubles qu’immeubles suivant la coutume de Paris»

Pour Marie Heleine Macé si un tiers de ses biens entreront en communauté comme pour Marie Catherine, les biens mentionnés sont d’ origine différente. Tout d’ abord, elle reçoit en avancement d’ hoierie de la part de ses parents :
* un terrain de 10 gaulettes, situé à la Montagne de St Paul, borné d’ un côté par les héritiers de Pierre MUSSARD et de l’ autre par Noël HOARAU, à monter jusqu’ au sommet de la montagne.
*des effets des mobiliers cy après à savoir
- 3 esclaves dont 2 masles et 1 femelle et ont les noms pour CUPIDON, malgache, agé d’ environ 23 ans;BAZILE créole agé d’ environ 16 ans et GERTRUDE créole agée d’ environ 18 ans
- en plus la somme de 200 piastres savoir 100 en pièces d’ espagne et 100 piastres en billets de caisse .

Mais la delle Macé avait d’ ores et déja des biens qui lui appartenaient en propre soit:

"une négresse malabare nommée FELICITE, agée d’ environ 12 ans et 12 tant bœufs que vaches qui sont dans le troupeau de ses père et mère marqués à la marque de la delle future épouse lesquels biens meubles proviennent d’ une donation faite par le testament du défunt Jacques Macé son grand oncle ."
(comme au Far West les troupeaux étaient marqués, renseignement non dénué d’ intérêt, à quand un western historique ?)
Voila donc ce qu’apportent les futures épouses. On ne peut que constater qu’elles avaient de quoi s’établir, terres, esclaves et argent . En ce qui concerne les futurs époux :
SEGUY d’ OLIVIER  apporte la somme de 600 piastres d’ espagne à titre de douaire préfixe et donnée en usufruit ;
Joseph RICQUEBOURG, lui apporte ce qu’il a  reçu en avancement d’ hoirie, soit " les noirs cy après : ANDRE,30 ans, MARIE 20 ans sa femme, tous deux créoles de cette isle, OLIVE agée de 5 ans,créole enfant des dits ANDRE et MARIE, BAPTISTE aussi créole agé de 25 ans et THOMAS aussi créole agé de 12 ans, plus 100 piastres en billets de caisse, un lit garny d’ un matelas, draps de lit, couverture et oreillers." Joseph RICQUEBOURG donne pour sa part en douaire préfixe la somme de 500 piastres.
Il existe donc une nette différence entre les deux futurs époux, sans doute due au fait que les biens familiaux de SEGUY se trouvaient en Gascogne et non à Bourbon.
Les témoins à ces deux actes sont :
Pour le contrat SEGUY/NOËL  : François  LELIEVRE, bourgeois de cette île ; Jean Baptiste  AUBER du CHATEAU, officier de bourgeoisie.
Pour le contrat RICQUEBOURG/MACÉ :Jean Antoine  DAIN et Bertrand d’OLIVIER (notre 1er futur époux), tous  deux anciens chirurgiens major de la Cie des Indes ;
Vont signer au 1er contrat  SEGUY d’ OLIVIER et Marie Catherine NOËL ainsi que J. HOARAU et J. HOARAU L’ETANG , J. LORET et AUBER DU CHATEAU, François LELIEVRE fils outre le notaire DEJEAN .
Au 2 ème contrat signent  Mathurin MACÉ, Joseph RICQUEBOURG et DE RICQUEBOURG ainsi que MH MACE, d’OLIVIER et DAIN ainsi que HIBON DEJEAN et un autre DEJEAN. Seule Marianne BAILLIF a déclaré ne pas savoir le faire.
Une curiosité juridique, il y a plus de signatures que de personnes présentes à l’ acte ! aucune mention n’ est faite dans les actes de J LORET,J HOARAU L’ ETANG ?
Mais ces deux contrats révèlent la proximité sociale, des chirurgiens de la Cie des Indes  et des bourgeois au sens propre du terme. Cette proximité se poursuivra lors du contrat de ratification du 27 octobre 1766 (?) effectuée par dame Catherine  Noël puisque nous y retrouverons à titre de témoins, Antoine LELIEVRE fils, officier du port et Gilles Gildas BOUVRON, maitre canonnier .
Dame Catherine Noël après lecture faite du contrat  "  l’ a eu pour agréable et par conséquent l’ a ratifié, approuvé et confirmé de telle sorte qu’il porte son plain et entier effet "


Mais le plus remarquable de modernité est la signature de Marie Catherine  Noël ! dans le contrat de mariage, elle y signe "Marie Catherine NOËL" et dans l’ acte de ratification, quelques années plus tard  "NOËL D’OLIVIER" elle n’ a pas perdu son nom comme certaines nouvelles épouses s’ y croient obligées ENCORE aujourd’hui, elle a seulement accolé le nom de son époux au sien.


Si l’on pense au statut d’infériorité juridique qui était celui des femmes autrefois (incapacité totale), on se dit que, sur le statut du nom de la femme mariée, nos grand mères étaient plus en avance que la majorité des femmes actuelles. Sur ce point et bien d’ autres, nous n’ avons pas du tout progressé.

Laurence NOËL

NOTER: ces deux contrats pour avoir été rédigés par le même notaire ont des caractéristiques identiques dans leur formulation.Pour les chercheurs il y a intérêt à comparer plusieurs actes du même rédacteur en cas de mots ou paragraphes illisibles ou incompréhensibles.

© S & L NOËL
TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG

 

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