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Jean Rodier de Lavergne
2-De Bourbon à Rodrigue *

Archipel des Mascareignes : Ile Bourbon, Ile de France, Ile Rodrigue

En 1722, Jean Rodier de Lavergne vient d’arriver sur l’île, avec la compagnie d’infanterie que la Compagnie  des Indes a décidé d’entretenir à Bourbon.Le gouverneur d’alors est Joseph de Beauvollier de Courchant, assisté d’ Antoine Desforges Boucher, Etienne de Champion et Julien Duronguët Letoullec. En mars 1723, des ouragans  viennent de détruire plusieurs vaisseaux. Les  récoltes de riz et de maïs sont mises à mal et  dévastées  par des nuées de merles avant de l’être par la sécheresse. La colonie est appauvrie. Beauvoillier de Courchant tente d’imposer la monnaie de cuivre frappée à Pondichéry en paiement du café. Les colons s’inquiètent. Les rumeurs circulent. Les caisses sont vides. Sans le moindre scrupule, Le 7 mai 1723, le Conseil provincial décide d’emprunter aux Lazaristes, déjà exclus du-dit conseil,  le trésor provenant des restitutions des forbans repentis et de ceux qui avaient trafiqué avec eux. Les colons restent interloqués de ce sacrilège. Même s’il est urgent de réparer les vaisseaux, d’envoyer chercher des vivres et d’aider l’installation de l’Ile de France.

Un mois plus tard, en juillet, à St Paul, un incendie détruit entièrement le magasin en bois et feuilles de latanier de la Compagnie. L’enquête démontrera  qu’il s’agit d’un incendie criminel et le procés-verbal  sera notamment signé,  par Thomas Elgar. Le vol ne semble pas en être la cause, puisqu’on retrouve sous les décombres les sequins d’or à demi fondus empruntés à la paroisse ainsi que les débris calcinés des registres de récoltes ou d’emprunt des colons. Les auteurs ne sont pas découverts, mais l’incendie, possible vengeance du Ciel, frappe la plupart des  esprits.
Desforges Boucher, lui, s’en souviendra longtemps, car la même nuit, sa femme meurt de suites de couches dans sa maison du Gol. Le Lieutenant Général, à son habitude, se méfie de tous et se plaint surtout des officiers en soupçonnant particulièrement l’un d’entre eux, « pourtant marié à une créole des plus aimables ». (1)
Il  a de quoi être inquiet. La Colonie manque de tout. Les rations destinées aux troupes sont réduites à d’infectes salaisons, et en octobre, le Conseil ne pourra  pas payer la solde des soldats. Depuis janvier, Desforges Boucher a succédé comme gouverneur à Beauvoillier de Courchant, nommé à Pondichéry. Il doit mettre en place la réglementation des « pas de la Compagnie » ou « pas du roi »ancêtres des pas géométriques. Il est chargé aussi de l’établissement d’un Conseil supérieur, semblable à celui de Pondichéry, qui rend la justice en premier et en dernier ressort, « sans frais,ni épices », conformément à la Coutume de Paris. Il n’y aura donc plus de cour d’appel. Ce conseil supérieur est installé le 18 septembre 1724 et  publie aussitôt l’ordonnance interdisant tout commerce entre les habitants et les vaisseaux de passage. Il enregistre le même jour le premier édit réglementant l’esclavage aux Mascareignes ou Code Noir.
L’installation se fait en grande pompe en présence de tous les notables de l’île. La troupe et les officiers, tel le  Lieutenant Rodier de La Vergne, rendent les honneurs, saluent le drapeau et font donner sept coups de canon.

Le 20 juillet 1725, le Conseil décide de mettre main sur la plus petite des îles Mascareignes, Rodrigue, au nom du Roi et de la Compagnie. Pourtant, ni l’ancienne ni la nouvelle Compagnie Perpétuelle des Indes n’avait de vues sur cette île déserte. Depuis la parution en 1707, à Londres et à Amsterdam d’un « roman véritable » :

frontispice de l’édition de 1708

«  Voyages et Aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales » ministres et gouverneurs s’inquiètent de cette Robinsonnade huguenote décrivant le projet utopique de fonder une colonie protestante dans l’océan indien, sur une île au nom codé d’« Isle d’Eden ».
“Cette Isle a été connuë sous différents noms :  elle a premièrement été nommée Mascarenhas par les Portugais, d’autres l’ont appelée l’isle d’Apolonie et les Français du temps qu’ils étoient à Madagascar auprès de qui elle est située, la nommoient quelquefois l’isle Bourbon ou Mascareigne, corrompant son premier nom ; d’autres enfin l’ont appelée l’Isle d’Eden, et c’est ce dernier qu’on a retenu comme luy convenant mieux, parce que sa bonté et sa beauté la peuvent faire passer pour un Paradis terrestre, et c’est ainsi en effet qu’elle est qualifiée par plusieurs auteurs qui en ont parlé. »(2)
De nombreux prospectus furent édités en 1689, sous l ‘égide du Marquis Henri Duquesne, fils aîné du Grand Duquesne, réfugié avec son frère Abraham, depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, en Hollande. Le projet de créer un Refuge pour les huguenots persécutés et exilés connut plusieurs difficultés à la fois financières, climatiques et politiques. Avec l’aide de la V.O.C, deux vaisseaux étaient armés et de nombreuses familles de volontaires étaient prêtes à partir vers cette République heureuse, égalitaire et fertile. Une seule petite frégate, l’Hirondelle, fut, en fin de comptes, déléguée pour  reconnaître les lieux, sous le commandement d’Antoine Valleau, de l’îsle de Ré, avec à son bord, François Leguat, un gentilhomme Bressan exilé et quelques compagnons. Au Cap, on se renseigna sur les poursuites armées dont ils pouvaient faire l’objet et Valleau, de son chef ou sur consignes, débarqua les colons, non pas à Bourbon, « l’ïle d’Eden », mais juste à côté sur une île vierge de tout habitant, Diego Ruiz ou l’île Rodrigue. Ils allèrent ainsi de  « l’île manquée » à « l’île espérée ».(3)
Le rêve tourna court au bout de deux années et les rescapés de cette aventure biblique revinrent en Europe au bout de longues années d’ épreuves du Ciel et des hommes.
Ostendais et Hollandais sont entreprenants sur les mers. Fin 1724, Le gouverneur repense à Duquesne, aux Hollandais et à Rodrigue. Desforges Boucher connaissait « la charmante relation »(1) des aventures de Leguat qui viennent d’être rééditées pour la troisième fois en 1721. Il persuade le Conseil de l’intérêt de coloniser l’île. On délibère, on se met d’accord.Un détachement de troupes et de colons pouvait se préparer à partir.On pense à tout, aux outils, aux vivres pour 18 mois, aux graines, aux couples d’animaux, au chirurgien, et on prévoit d’y envoyer un curé dés que possible.
Le Lieutenant Rodier de Lavergne, de par ses campagnes précédentes semble tout indiqué** pour conduire l’expédition. Il est promu Commandant du nouvel établissement qui est nommé l’ïle Marianne, en l’honneur de l’Infante Reine. En même temps, quel  superbe hommage à Marianne Noël, sa femme !
Contrairement à Leguat, il est probable que Rodier ne va pas à Rodrigue pour y être « riche sans diamants, sans or et sans ambitions».(3). Il est marié, il a une petite fille. Il doit assurer leur avenir. L’aventure est incertaine, mais le titre  de Commandant enviable. Le rêve d’Eden va pourtant devenir un cauchemar.
Alors que tout est prêt, subitement, tout s’écroule. Le Commandant n’est plus en odeur de sainteté.
Le 26 août, Rodier de Lavergne est contraint de donner sa démission de lieutenant des troupes et de Commandant de l’île Marianne, « ses affaires ne lui permettaient plus de servir ». Sa démission forcée est acceptée par Desforges Boucher le 29, « pour d’autres raisons  à nous pertinemment connues » qui provoquèrent son arrestation immédiate » (1)
Aussitôt après, les colons de Rodrigue ne se présentèrent plus et les requis d’office, dont les scandaleux amants A.Lauret et B.Bellon, enfin mariés grâce à ce rusé engagement, s’enfuient et restent introuvables dans les bois. Une faible expédition à bord de la Ressource accostera à l’île Marianne en septembre et l’officier en second, Julien Tafforet (4) confirmera bien la présence du Dodo et des tortues , et donc, la véracité des récits de Leguat.
En dernier ressort, la Compagnie désapprouvera l’initiative, et demandera juste des marques de possession. 1725 sera une année difficile aussi pour Desforges Boucher déjà souffrant et objet de libelles l’accusant de  trafiquer pour son compte et de s’enrichir aux dépens de la Colonie. Il meurt en décembre, sans savoir que, à Paris, ces Messieurs de la Cie l’ont déjà destitué, ne croyant plus du tout à ses mirobolantes récoltes de café.
Quant à notre officier, il sera jugé, sans aucune possiblité d’appel, le 8 janvier, dix-huit mois après son arrestation, et frappé de bannissement.
S’il les connaissait, repensa-t-il alors amèrement aux  méditations de Leguat ? :
«  Recueilli très profondément en moi-même, mes sérieuses réflexions m’ont fait voir là, comme au doigt et à l’œil, le néant d’une infinité de choses … de cette terre où l’Art détruit presque toujours la Nature sous prétexte de l’embellir ; où l’Artifice, pire que l’Art, l’Hypocrisie, la Fraude, la Superstition, la Rapine exercent un tyrannique empire ; où tout, pour ainsi dire, n’est qu’Erreur, Vanité, Désordre, Corruption, Malice et Misère. »
Pleura-t–il  cette île  « espérée » et  totalement « manquée » ? (3)
Pensa-t-il aux malices, désordes ou rapines par lesquelles son destin venait de totalement basculer ?
En mars 1727,  » Jean Rodier de Lavergne  cy devant Off.erdes troupes de la garnison «  est embarqué  sur l’Argonaute, «envoyé en France détenu aux fers », accompagné, sur le Rolle  de deux soldats.

SHM Lorient, Rolle de l’Argonaute, 1727

 

Il en est à son deuxième exil.
Avant son départ, Il a pu une ultime fois tenir sa femme et peut être sa fille de 24 mois, dans ses bras.

Sabine NOËL

* Nous utilisons l’orthographe de l’époque, sans s.

** A suivre in : 3- de  Bourbon  à Versailles

1 :  Lettre de DESFORGES BOUCHER, CARAN, Paris, citée aussi in :  LOUGNON Albert, 1956. op. cit in Bibliothèque
2 : DUQUESNE, Henri . – Autre mémoire contenant une instruction plus ample de ce qui concerne l’établissement de l’Isle d’Eden. In : Recueil de quelques mémoires servant d’instruction pour l’établissement de l’Ile d’Eden.- Amsterdam : H.Desbordes,1690.
3 : LEGUAT, François. – op. cit in Bibliothèque
4 : TAFFORET, Julien. – Relation d’une entreprise de colonisation,(…) l’ïle Marianne , 1726. (-Ms. 1725-1726 / AN)

© Sabine NOËL

TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG

 

Si dans nos écrits, nous parlons souvent de la Compagnie des Indes, il s’agit le plus généralement de la Compagnie Française des Indes.

Il faut dire que l’on connaît moins, pour Bourbon, la pourtant si puissante, Compagnie des Indes Orientales des Provinces  Unies ou V.O.C.

Elle fût cependant la première société commerciale capitaliste et internationale! Par là, la VOC  est le précurseur de nos multinationales  actuelles. Elle fut  crée en 1602 pour des motifs simples mais inusuels dans un monde encore féodal.

Au début du XVII siècle, les Provinces Unies sont encore en guerre avec l’empire espagnol pour obtenir leur indépendance. Leur commerce maritime, d’une grande importance est, depuis de longues années, la cible des navires espagnols. L’Inquisition  exerce sa terreur en raison de la foi de ses habitants. Un grand nombre de marchands huguenots et juifs se sont réfugiés à Amsterdam.

Aussi, « soutenus par la prudence et encouragés par la valeur de son fameux général et gouverneur, le Prince Maurice de Nassau, ses habitants décidèrent d’ aller chercher sous d’ autres cieux et parmi des peuples barbares, les secours qui leur étaient refusés par leur propres voisins, » ainsi que l’écrivit un de leur contemporain. Ils « savaient que cette navigation apportait de grandes richesses aux portugais § ils prirent la résolution d’ éprouver s’ils ne pourraient point aussi établir un commerce fixe avec les Indiens et les Insulaires sur qui les portugais n’ auraient encore aucune domination. »

Pour aller en Inde il fallait d’abord éviter la rencontre des Portugais et des Espagnols, ce qui était d’une extrême difficulté en raison de leur suprématie sur ces mers. Ils tentèrent vainement d’ouvrir une route par le Nord (Guillaume Barenstz,Jacques Heemskerk notamment).

Puis, décidèrent de passer par le Sud. La première difficulté tenait à ce qu’ils ne possédaient pas les cartes maritimes nécessaires.

Un capitaine, Cornelius Houtman, fit, « par pure curiosité, plusieurs enquêtes touchant les Indes Orientales, et sur la route qu’il fallait prendre pour y aller. Il eut souvent des conversations sur ce sujet, avec des Portugais qui en donnèrent avis à la Cour. Ces sortes d’enquêtes étaient très rigoureusement défendues aux étrangers, et Houtman fut aussitôt mis en prison » ( in : Relation de voyage, 1702.)

Très curieusement, les marchands d’Amsterdam  paient sa rançon! Houtman revient en Hollande et repart peu après, en 1695, chargé d’une expédition avec quatre vaisseaux. L’un,  nommé le Maurice, de quatre cent tonneaux, portant six grosses pièces de canon de fonte, est monté de quatre vingt quatre hommes d’ équipage . La mission d’Houtman consiste à étudier la route et à conclure avec les Indiens le commerce des épices et autres marchandises particulièrement dans les pays où les Portugais n’ étaient pas encore établis. Ses commanditaires : la Compagnie, crée après son retour et appelée la Compagnie des Pays lointains.

Ces quatre vaisseaux revinrent deux ans et quatre mois après leur départ sans avoir fait beaucoup de bénéfices mais avec succès. Aussi, cette réussite encouragea-t-elle ces premiers marchands ainsi que d’ autres, à continuer sur cette voie.

En 1598, une flotte composée de huit vaisseaux partit sous le commandement de l’Amiral Jacques van Nek. De 1598 à 1602, soixante cinq navires (14 flottes)furent envoyés vers l’ océan indien. Lors du retour, les bénéfices pouvaient atteindre des chiffres de l’ordre de 260% ! Mais les marchands commanditaires s ‘ aperçoivent vite qu’une telle affluence ne peut que nuire à  l’ensemble du commerce d’ outremer. En effet, la concurrence se fait aussi bien à l’achat qu’ à la revente « ils furent d’ avis, que de peur de se porter préjudice, les uns aux autres, ils fallait qu’ils se joignissent ensemble  »

De plus, les Espagnols, outrés d’une telle concurrence, ont porté le discrédit sur les Hollandais auprès des Princes et Rois Indiens, en les accusant de pirates, de gens sans foi ni loi.  Aussi, d’une part le Prince Maurice de Nassau donna des commissions aux navires partant sur ces mers, et d’ autre part fût décidée la création d’ une compagnie unique.

Le 20 mars 1602 naquit la V.O.C. Avec un fonds de l’ordre de six millions de livres et une concession de vingt et un an, elle est la Cie la plus considérable. Son capital est en effet dix fois plus élevé que celui de la Compagnie Anglaise, formée précédemment en 1600. Elle se compose de six chambres, chacune représentant une ville (Amsterdam, Delft, Rotterdam etc …) .La direction de la Cie est assurée par un Conseil, de dix-sept représentants, nommés à proportion de leur participation financière. Son mode de fonctionnement est celui d ‘une société anonyme avec distribution de dividendes aux actionnaires.

En 1622, lors de reddition de comptes, la distribution se monta « à vingt-cinq pour cent, qui furent paiez en girofle » (in : Relation de voyage 1702.)

Dès juin 1602, la V.O.C.  arme une flotte de quatorze grands vaisseaux sous le commandement de l’Amiral Van Waerwyck. Et, en deux siècles,  la compagnie va envoyer quelque quatre mille sept cents navires. Aucun royaume de cette époque n’a cette capacité de commerce mais aussi d’ expansion car si la V.O.C. est une compagnie commerciale, elle est également une puissance politique avec droits de conquérir des terres, et de faire la guerre. Elle disposera de soldats de nationalités diverses.

« Ces prospérités ne laissaient pas d’ être de tems en tems troublées par des accidens, à la pluspart desquels la Compagnie n’ aurait pas deu s’ atendre. Les Anglois arrêtaient ses vaisseaux, autant de fois qu’ils en trouvaient l’ ocasion, & les  armateurs de Dunkerque chassaient incessament sur eux. Cela lui fit prendre la résolution, de tenir tous les ans une puissante flotte dans la mer d’Allemagne, pour croiser sur les vaisseaux qui revenaient des Indes. »

Aelbert CUYP  » Jacob Mathieusen and wife », ca 1640-1660

courtesy Rijksmuseum, Amsterdam

La Compagnie connût son apogée entre 1680 et 1720 car, à partir de cette date, les bénéfices chutèrent considérablement. La concurrence d’autres compagnies, anglaise principalement, mais aussi les difficultés nées de la distance entre le centre de décision européen et les divers comptoirs amenèrent peu à peu à la fin de ce commerce.

La dissolution de la V. O. C. fut prononcée en 1798.

A retenir :

*les vaisseaux sont des mastodontes,  ils ne circulent qu’à une vitesse de trois ou quatre noeuds. On les appelle  des « retourschepen ». Le voyage vers les Indes a une durée moyenne de deux ans. Un retouschepen dure environ dix ans, sauf accident, et fait en général quatre voyages.

*la route maritime suivie par les hollandais est celle des portugais jusqu’à ce que l’étape du Cap soit adoptée au milieu du 17 ème, puis ils passent par les quarantièmes rugissants, à l’écart de Madagascar, soit vers le détroit de la Sonde. Route plus longue mais qui permet de profiter plus longuement des vents d’ ouest jusqu’à l’île d’ Amsterdam et d’éviter les effets de la mousson.

  • La compagnie est une puissance politique avec des pouvoirs régaliens  qui s’étendent sur plusieurs continents, de Surate à la chine, le japon, Ceylan, Java….

Conclusions :

Les Provinces -Unies calvinistes, terre de refuge pour les Juifs et Huguenots, ont, sans doute à cause des persécutions subies, été à l’origine d’un monde dans lequel la valeur individuelle a pris le pas sur celles de la féodalité.

Mais elles ont ouvert un monde moderne fondé sur le commerce et son expansion internationale  sans grand  respect pour les peuples rencontrés.

A la même époque que celle de la création de la V.O.C., et au même endroit, d’ autres protestants, eux,  recherchent l’Eden !

Laurence Noël

© S&L NOËL . TEXTES ET DOCUMENTS SOUMIS A AUTORISATION DES AUTEURES

Huile sur toile, attribué à Rudolph Backhuyzen, 17 ème siècle

Noël, 1672 à bord du navire « le Barbaut »

« (…) nous passames une mer nommée Sargasse. Cette mer est remplie d’herbages & en des endroits si fortement que l’on a peine de voir l’eau. Ces herbages empêchent un vaisseau  de faire beaucoup de chemin. Il est bon d’éviter d’y passer, nous fûmes contraints de le faire à cause des vents d’Est & Sud Est qui nous y jetterent & que nous rencontrâmes un peu après avoir passé la ligne (équinoctialle). On doute si ces herbages prennent racine au fond de la mer où si elles sont poussées en cet endroit par les vents et les Marets. Ces herbes sont jaunes, aux branches desquelles il y a des feüilles faites comme corne de Cerf, & des grains approchans de façon de petit raisin. Apres avoir passé ces herbages, nous continuâmes notre routte assez heureusement jusques au 26. Decembre lendemain du jour de Noel, où estant à la hauteur & par le travers des Isles des Assores, & sur les huit heures du soir il s’éleva un foudre de vent si vehement, que nos voiles furent emportées, & une partie de nos manœuvres rompuës, ainsi démontez de ces choses sans pouvoir remédier pour notre sauveté,  à cause de la continuation d’une des plus furieuses tempêtes que jamais Navires ayant trouvé à la mer. Nous laissâmes aller notre Vaisseau à la mercy de Dieu, de la mer, des vents, & des orages ; Nos plus hardis Navigateurs furent les premiers qui témoignèrent l’appréhension qu’ils avaient de la mort, que nous voyons comme inévitable, c’est pourquoi on résolut d’implorer l’assistance Divine, & de demander à Dieu ce qu’il nous était nécessaire dans le present besoin où nous étions, par l’intercession de Sainte Anne, mère de la Vierge, & fîmmes un vœu général à cette glorieuse Sainte Protectrice des pauvres Navigateurs, dont les miracles fréquents sont assez connus. Nos prières faites, nous connûmes une favorable  assistance du Ciel, & la tempête diminua un peu. Nous fûmmes quatre jours & quatre nuits ainsi exposés à la mercy  des Elémens, sans pouvoir manœuvrer notre Vaisseau. »

In :   » Les Voyages faits par le sieur D.B « 

Recherche & transcription Laurence Noël

(Remerciements pour l’iconographie à Philippe Lafon)

© S & L NOËL  TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES

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