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Pierre Cathelouse de  Saint Malo à l’île Bourbon,  2ème expédition de Moka.

« La compagnie des négocians de Saint Malo formée principalement pour faire le commerce du café dans l’Arabie heureuse, s’etoit si bien trouvée de la première expédition, … qu’elle ne tarda pas longtemps d’en entreprendre une seconde, laquelle n’a pas eu un moindre succès et n’interessera pas moins la curiosité du public que la précédente. »

Ainsi commence la relation du second voyage de Jean de la Roque vers le Yémen, au début du 18 ème siècle.

Ces Messieurs de Saint Malo ont armé pour la course et pour le commerce, deux vaisseaux "la Paix" et "le Diligent" , placés sous les ordres de deux capitaines expérimentés, MM. de la Lande et de Briselaine.

[Carte pour l'approche de Moka] / Made By Augustine Fitzhugh at the Corner of the Minnories Neare Little Towerhill Anno Domony 1683

Notre histoire, ici, à l’île bourbon, ne commence que lors de leur retour, lorsque les vaisseaux, après avoir passé les derniers mois de leur périple à Moka, y font relâche.

Nous y trouvons  l’écrivain du  Diligent, Pierre Cathelouse.

« Aujourd’hui, 5 decembre 1712 après midi, nous Justamond secrétaire pour Mss les dir généraux  de la royale compagnie des indes orientales  avons été requis par M de la Brislaine colin cpt, command. Le vaisseau le diligent appartenant aux Ms de St Malo venant de mokand ; et priés de nous porter jusque dans  une maison située  au près du banc des  rochers appartenant à andré Reau dans laquelle maison le sieur Cathelouse, escrivain sur le navire fait sa demeure attendu qu’il est affligé de la perte de sa vue lequel a prié et supplié M de la Brislaine de le laisser à terre … »

L’écrivain de marine est chargé des écritures et des comptes à bord. Il s’agit en général d’un officier ayant le rang d’enseigne. Il relate les conditions de vie, les disettes , les décès, les achats, les escales, les découvertes, les incidents de parcours, les événements minuscules ou dramatiques. Il connaît si bien les aléas des voyages en mer qu’il souhaite sans doute terminer sa vie à l’île Bourbon. Ce jour de décembre, « ne pouvant continuer son voyage », il demande à ne plus courir les mers et son Capitaine croit utile de demander l’inventaire de ses effets en sa présence. Ce qui fut fait :

De l’inventaire de Cathelouse, nous retiendrons en plus des  tapis, camelots, et autres indiennes : une épée au pommeau d’argent, six paires de babouches neuves, une caisse de thé, une botte pleine de poivre, un petit paquet contenant son congé de Pondichery et plusieurs lettres, une malle pleine de café …

Le 26 décembre, il fera transférer un certain nombre de ses marchandises par André Reau  (1), au Capitaine Commandant Dauzel Dufresne (2) sur le vaisseau Le Beau-Parterre pour être acheminées en France. Ce vaisseau avait d’ailleurs été  pris, après combat,  aux Hollandais, au large du Cap de Bonne Espérance, à l’aller. Il devait ramener en France un plant de caféier offert par le roi du Yémen — enfin opportunément guéri d’un abcès à l’oreille par le chirurgien du Diligent, au nom prédestiné de  Barbier ­— pour être offert à Louis  XIV.

Trois semaines plus tard, Pierre Cathelouse, affecté de la perte de la vue et de paralysie, rend son dernier soupir le 12 janvier 1713. Ses biens seront vendus à l’encan le 26 janvier.

Cet encan fut de suite apprécié par la majeure partie des habitants de l’île, à ce moment, démunis de tout ,"mal commodes" et "tous mutins " (A.Boucher) qui survivaient en s’approvisionnant aux vaisseaux de passage.

A cette vente aux enchères, nous retrouvons, Leger, Langevin, l’Abbé Duval, George Noël,

Joseph de Guigné, Patrick Droman, Pierre Parny, Jacques Béda, Auber, Simon Gruchet, Daniel Payet, Antoine Bellon, Hiacinte Payet, Laurent Payet, Estienne  Hoarau, Robin, André Reau, Pitre Folio, Germain Payet, Hervé Fontaine, Françoise Cauzan, Jean Hoareau, Jacques Macé et quelques autres qui emportèrent principalement tapis et toiles de chittes, de lin et d’organdy, mouchoirs et bas rouges … alors que la canne d’argent échue elle au flibustier Jacques Béda, et le coffre fermant à clef à Piras, qui s’en servit sans doute en quittant  l’île.

On ne retrouve à ce dernier  inventaire, ni les ustensiles pour faire le thé, ni le poivre, ni le café…

Au même moment, les  compagnons d’expédition de Pierre Cathelouse se trouvent toujours en mer. Le " Diligent" , lourd de milliers de balles de café, n’atteindra Saint Malo que le 11 juin 1713, après un périple de deux ans et six mois. C’est à la troisième expédition de Moka que le Roi Louis XIV demandera d’implanter la culture du café à l’île Bourbon, avec les conséquences que l’on connaît.

Sabine Noël

(1) André RAULD (RAOULT ou RAUX) , natif de Muron en Saintonge, débarqua en 1706 d’un navire forban. Il acquit en 1707, tous les biens de Pierre FOLIO.

(2) Le Chevalier Dufresne d’Arsel reviendra dans l’Océan Indien en 1715, pour prendre possession de l’ïle Maurice, rebaptisée île de France  et pour confier, nommément, des plants de caféiers à Jacques Auber, Pierre Hibon et André Rault .

© S NOËL

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George Noël n’est pas souvent  convié aux délibérations données dans la Chambre du  Conseil supérieur.  Mais nous l’avons retrouvé lors de la séance du 17 juin 1713.
Ce jour là, une curieuse sentence va être prononcée contre les jeunes frères Maillot, Jacques, 17 ans et Antoine, 15 ans.  Accusés du vol d’un cochon, ils sont soumis à la peine infamante de l’exposition publique sur un cheval de bois.1

"De par le Roy

Et messieurs les directeurs  généraux de la Compagnie royalle des
Indes oricntalles de France dans lisle de Bourbon.

Délibération faite par le Conseil assemblé par ordre de Monsieur
le Gouverneur cejourd"huy dix-sept juin mil septcent treize avant midy.


Le Conseil assemblé, ayant examiné le procès fait contre les nommés
Jacques Maillot et Antoine Maillot, fils de Pierre Maillot, et
remarqué qu’il étoit probable que le cochon qu’ils avoient aporté de la
chasse apartenoit aux habittans, de plus veu la confrontation qu’il ce
coupent entre eux ; et ne pouvant entièrement découvrir la vérité du faict
sans apliquer les d. acqusés à la question. Nous avons, sur la semy-
preuve, condamné le d. Jacques Maillot, fils de Pierre Maillot, à estre mis
sur le cheval de bois, tenant en main un petit cochon, en presance des
habittans assemblés pendant lespace d’une heure, et Antoine Maillot
son frère d’assister le d. Jacques Maillot au cheval, et de demeurer le
temps que Jacques Maillot sera dessus

étant d’une grande conséquence que ces sortes de crimes soyent punis,
fait à St-Denis, dans la Chambre du Conseil, les d. jour et an que dessus,
et ont signé à l’original

Parat, Justamond, Simon Devaux, Jacques Béda, Guy Dumesnil,
George Noël, Joseph de Guigné, greffier de lisle de Bourbon ».

Cette sentence est sans nul doute la plus drôle de toutes celles que nous avons pu lire. Le gouverneur,  Pierre Antoine Parat  2  et toute la compagnie assemblée ont du passer un bon moment. Surtout Parat, devenu gouverneur alors qu’il se trouvait en escale à Bourbon et qui se verra poursuivi plus tard par des nuées de petits graviers aussi mystérieuses qu’impertinentes lors de chacun de ses mouvements 3. Cet arrêt vise là à mettre au pas tous ces colons indisciplinés qui ont pris l’habitude de se servir au milieu des troupeaux quasi sauvages dont la plupart  des bêtes ne sont pas marqués.
Il n’empêche que l’épreuve des deux frères a dû être bien mortifiante. Ils sont d’une fratrie de déjà 10 enfants, qui en comptera bientôt 13. Leur père dit  "le Fainéant" (peut être grâce à Antoine Boucher), leur apprit bien sûr la pêche, la chasse  et  sans  doute le braconnage.

L’histoire ne dit pas si le petit cochon écourta la peine des deux frères en s’échappant aussi vite qu’il avait été capturé.

Leur petite soeur Anne Marguerite a environ un an et demi. Elle est aussi une de nos ayeules.

Sabine Noël

1 : le "cheval de bois" consistait en une pièce de bois, taillée en arrête, posée sur des tréteaux sur laquelle devait se tenir le condamné. (Dictionnaire de l’académie française, 1762).

: Pierre Antoine Parat de Chaillenest,  fut gouverneur  de l’île Bourbon d’août 1710 à novembre 1715. En février 1715, il prendra une ordonnance punissant de peine de mort par pendaison quiconque, blanc ou noir, volerait ou détruirait animaux et plantations.

: in : Elie PAJOT (op. cit in Bibliothèque).

© S NOËL

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Hello, old chap,

Et bien, vieux pirate, cela fait maintenant deux ans que tes petites, toutes petites filles, ont décidé d’ouvrir un blog en ton honneur et en celle de ta descendance! J’ai lu avec attention les différents articles de ce blog et je suis en admiration devant le travail accompli durant ces deux années : avec quelle ténacité et quel amour, les auteurs essaient d’en apprendre toujours davantage sur toi ! Aussi vais-je essayer, de mon côté, d’apporter ma contribution pour fêter ce deuxième anniversaire.
De même que tu as été un proche de John Bowen, de mon côté, j’avais l’oreille d’Olivier Levasseur. Aussi vais-je te parler d’une chose qui, à son époque, ne se disait qu’à voix basse, car personne, hormis moi , n’en connaissait le secret. D’un autre côté je pense que l’excellent travail accompli par Laurence et Sabine mérite récompense. Toutefois, je n’ai pas l’intention de révéler quelque secret mais parlerai simplement de ce que j’ai ouï dire.
J’ai donc été un des compagnons de "La Bouche"! Pourquoi ce sobriquet ? : Il manipulait les bouches à feu avec une dextérité et une rapidité déconcertantes !
Mais il était plus connu sous le nom de "La Buse"car, comme un rapace, il savait fondre avec audace sur sa proie lorsqu’il montait à l’abordage, jetant l’effroi parmi ses adversaires.
Je ne reviendrai pas sur l’ambiance et la moralité qui régnaient à bord : nous étions des "PIRATES" avec nos propres lois et nos coutumes et ce n’est pas à toi, old chap, que je vais le rappeler.
Nous avons sillonné la plupart des mers mais, en dernier l’Océan Indien avait notre prédilection.Nous le connaissions jusqu’au moindre îlot et étions toujours prêts à nous prévenir d’une attaque ! Des cachettes, il y en avait partout et plus d’un d’entre nous y a mis en sécurité magots et autres trésors.
Et c’est dans une de ces îles, qu’un jour, à la tombée de la nuit, Levasseur ordonna à un de ses hommes de le suivre discrètement. Tous deux, étaient armés de fusils et de pistolets. Ils emmenèrent avec eux deux prisonniers qui eurent pour mission de hisser à dos de mulets plusieurs caissettes ainsi que des outils de terrassement, puis les quatre hommes, dont deux portaient des torches, s’enfoncèrent dans la forêt !
Je ne revis La Buse que dans la journée du lendemain : il m’adressa normalement la parole. De mon côté, connaissant son caractère soupçonneux, j’évitai, par prudence de lui poser des questions. Toutefois, je connaissais bien son complice : c’était un homme d’une fidélité à toute épreuve suer lequel, donc, on pouvait compter, mais il avait pour défaut de s’adonner à la boisson.Un jour, je rencontrai "le Portugais" (c’était la nationalité de l’homme en question) dans un tripot au bord de la plage. Après avoir ingurgité moult calebasses de rhum, il se laissa aller à faire quelques confidences mais sa conversation était presque incompréhensible car il mélangeait facilement toutes les langues, de plus sa voix était un peu inaudible. Toutefois, il insista plusieurs fois sur le mot "Cruzeiro do Sul": il s’agissait, sans nul doute, de la Croix du Sud, constellation dont l’étoile fixée à la base du plus grand bras, guide les navigateurs vers le Pôle Sud! Il semble donc qu’il y avait un lien permettant de cibler la cachette du trésor de La Buse par rapport à la position de cette constellation ; le tout était de savoir s’en servir et à quelle heure ! C’est ce qui explique que l’opération d’enfouissement eut lieu de nuit et que Levasseur et son complice ne sont revenus que le lendemain et…seuls ! Quelques jours plus tard, des débris humains, dont la tête du Portugais, furent retrouvés à l’embouchure du fleuve, non loin de notre camp de fortune, là où requins et crocodiles ont pour habitude de se livrer des combats féroces pour la plus grande joie des "parieurs".Mort naturelle à la suite d’une ènième beuverie, peut-être, sinon Quid !?
Après la mort mystérieuse de son complice, La Buse prit du repos forcé, attendant une occasion propice pour pouvoir jouir de sa fortune dans un coin plus hospitalier, mais la suite est connue : l’arrestation puis la pendaison.
Après l’exécution de Levasseur, plus rien ne m’empêchait d’aller moi-même mettre la main sur cette fortune inespérée mais, par les cornes du diable, la Providence ne m’en laissa pas le temps et le mystère jusqu’aujourd’hui reste entier! D’autre part, l’endroit supposé a déjà fait l’objet de plusieurs secousses sismiques. Il n’y aura donc plus personne pour révéler l’endroit approximatif et puis il y a déjà eu trop de victimes pour le retrouver! Pourquoi en rajouter?
Ce que je peux affirmer, cependant, c’est que beaucoup se trompent quant au lieu. Personne, durant son interrogatoire, n’a pu soutirer à La Buse le moindre renseignement et le cryptogramme lancé à la foule n’a été qu’un leurre. Toutefois, une seule personne semblait posséder quelques renseignements à ce sujet mais n’en connaissait pas l’essentiel. De qui les tenait-il? Peut-être du Portugais car, tout comme ce dernier, Juan C…. était un "ibérique"!
Ce personnage que tu connais fort bien,et pour cause, s’était fait une place au soleil à Bourbon où il était à la tête d-une entreprise de transport par voie maritime. 
Juan C…. connaissait toute la région et peut-être a-t-il entrepris des recherches pour retrouver le trésor de La Buse, nous ne le saurons jamais car il mourut de mort mystérieuse à Palacol, Comptoir hollandais de l’Inde.
Old chap, tu diras à tes arrière-arrière petites filles, qu’elles ont su faire le bon choix en dirigeant leurs recherches de ton côté plutôt que vers quelque chose d’introuvable ! Comme je sais qu’elles sont tellement attachées à leur île, je leur fais cadeau de ces quelques révélations ; qu’elles sachent bien, toutefois, que leur vrai trésor, c’est leur magnifique blog.

ton compère:

VENT DE NOROIT

© JMA. TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DE L’AUTEUR AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG


De John à George, et du développement très très durable (1704/1928/1960 )

Les archives mènent à tout : de l’enquête policière au développement durable, j’en ai eu encore un exemple ce matin.

Habituellement, hors le cadre d’une recherche précise, j’extrais les documents de leur boite au fur et à mesure de leur rangement jusqu’à ce qu’un nom attire mon attention et la retienne.

Ce matin, les noms de Royer et Baillif me font m’arrêter sur un contrat. Il s’agit d’un contrat de vente de Guy Royer à Etienne Baillif du 29 octobre 1704 ; Dans la marge de cette convention il est écrit  « John NOEL ». Ce script est particulier: il y a en effet comme un doublement du L qui se terminerait en une cédille. Cette curieuse façon d’écrire Noël, je l’ai déjà vu sur un acte ultérieur de George Noël.

George aurait il d’abord été John ?

Des indices : George est arrivé en Avril 1704, le contrat est d’octobre 1704 et le vendeur Guy Royer est son beau-père depuis un mois.

Il y a-t-il eu, en cet acte une mauvaise interprétation due à la langue anglaise ? Le corps de l’acte ne donne aucune indication quant à ce «  john ».

Alors …

Mais ce document est aussi source d’autres considérations, à savoir le développement durable. Et j’oserais écrire très très durable. En effet, pour des raisons économiques lointaines mais qui pourraient être de la même nécessité aujourd’hui, les documents des ADR ont été enveloppés de chemises fabriquées dans d’autres documents. Et, c’est ainsi que cette convention de 1704 a été enveloppée dans un papier émanant du receveur de Bois de Nèfles, en 1928, intitulé « Travaux en régie à la tâche », puis dans un second intitulé « dépenses/recettes » du 27/02/1960.

De 1928 à 1960, où a-t-on vu un recyclage papier d’une telle durée ? Et merci , grand merci à toutes ces personnes qui ont veillé à ne pas gaspiller le papier. Grâce à elles, sur ces papiers destinés, je le suppose, au pilon, on peut voir qu’un descendant Noël, de George ou John ?  a émargé en 1928 au titre des travaux en régie. Il s’agit d’Emmanuel Noël, au titre d’approvisionnement de « menues pierrailles ».

Alors grand merci au personnel des ADR, passé et présent !

Laurence NOËL

St Denis, septembre 2011

©  L NOËL

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Pour les deux ans du blog,  et quelques centaines d’ années d’anniversaire de l’installation de George Noël à l’Ile Bourbon, voici son contrat de mariage avec Catherine Royer.

Il ne nous apprend pas grand chose de plus, mais peut mettre définitivement fin aux erreurs concernant le patronyme de la mère de George Noël. Car, une erreur se répète régulièrement, içi et là.  Il ne s’agit pas d’Anne REBEQUE, mais de Rebecque NOËL, un "dame" ayant été interprété et recopié comme "Anne".

"Aujourd’huy, vingt troisième aoust mil sept cent quatre ont comparu devant nous Antoine Boucher, secrétaire établi pour la Royale Compagnie des Indes oriantales de France en l’Isle Bourbon, les nommés George Noël, fils de Thomas et de  Rebecque  ces père et mère natif de la ville de Londres en Angleterre, demeurant dans cette Isle dans la paroisse de St Paul d’une part , et Catherine Royer fille de Guy Royer et de Catherine Bellon ces père et mère native de l’Isle de Bourbon paroisse de St Paul d’autre part entre quelles parties est convenu les faits de mariage, …."

Le contrat de mariage est succinct. Aucun bien n’est décrit, ni inventorié. La communauté de biens restera par moitié au dernier vivant et par moitié à ses enfants, si l’un des deux mariés est amené à disparaître avant l’autre. Catherine, ne sachant signer est représentée par le Sieur de St Germain et ses parents par Jacques Béda et Ellye Le Breton, deux de leurs gendres.

Dans ce registre, tenu par Antoine Boucher, l’acte suivant concerne la donation d’un terrain à la montagne, d’Antoinette, "Thoinette" Arnaud ( le patronyme est écrit par trois fois dans l’acte Renaud), à la jeune Catherine, 13 ans, sa petite fille.

Quelques jours plus tard, sera enregistrée la donation  des parents Royer à Simon Deveau, leur beau fils.
"l’emplacement d’une maison sur les roches borné d’un bois de senteur par en bas et d’en haut d’un benjoin"  en échange de l’emplacement sur les sables  qu’il délaisse au profit de George Noël, s’il devient bien le mari de Catherine.

Ce qui fut dit fut fait, puisque dés le 11 septembre, George, le "prétendant" , devenu mari le  9  , "troquera" cet emplacement contre celui d’Elyye Le Breton, toujours sur les Sables de St Paul. Ce dernier gendre ayant reçu, par ailleurs, aussi une habitation à la montagne pour le gratifier de "longs et pénibles travaux" réalisés chez ses beaux parents. Guy , "L’ Eveillé", retient ses gendres dans un maillage complexe et efficace.

L’habitation de George se trouvera donc à la suite de ce double échange au n° 16 sur le plan de Champion.

Sabine Noël

Tous les articles concernant George sont classsés dans la rubrique George Noël  et/ou Famille Noël.
Un index chronologique, interrogeable en clicquant sur chaque titre, se trouve aussi en bandeau du blog.
de même pour les mots surlignés ou colorés qui vous renvoient vers d’autres pistes. Bon voyage.

© Sabine NOËL

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Nous avons vu précédemment dans l’article « Marques » que le 20 juin 1741 les héritiers de feu George Noël s’étaient déplacés sur les terrains dont ils héritaient pour en faire le mesurage et le partage. Ils étaient alors accompagnés de Henry Grimaud, capitaine de bourgeoisie du quartier St Paul, expert nommé par Marieanne Noël, de Jacques Loret aussi expert, du procureur de Marieanne Noël, Jean Casanova, et de Silvestre Toussaint Grosset, huissier du conseil supérieur. Le 15 May 1740, nous retrouvons les mêmes à l’ exception de Jacques Loret.

Catherine Royé, Marieanne, Georges et Louis Noël déclarent tout d’ abord qu’ils désirent faire entre eux à l’amiable. Le partage des meubles va donc se faire par tirage au sort après que l’ expert et l’huissier aient défini deux parts
– l’ une pour la veuve, l’ autre pour les 3 enfants, cette dernière étant ensuite partagée en 3 -

En ce qui concerne les meubles meublant, ils ne sont pas énumérés car « nous ne faisons pas mention de ce qu’ils conservent attendu qu’ils ont dit être contant. Nous ont seulement requis de faire mention des esclaves et des bâtiments qui leur sont échus à chacun »

Suivent ensuite la liste des esclaves attribués à chacun, à savoir pour la première part ( celle de la veuve)

« Louis et Marie sa femme, Henry et Barbe sa femme, Jean Bapte , Léon, Etienne, Laurans, Jacques, Jacques malabar, Bouilly, Paul et René, Pélagie, Dauphine, Marthe, Perpétue, Michelle, Dorothé » puis celles des enfants:

« à Georges Noël : Robert et Suzanne sa femme, François, Grégoire, Rémond, Nicolas et Rose
à Louis Noël : Francisque et Julienne sa femme, Cosme, Manuel, Charles, Thérèse et Madeleine
à Marieanne Noël :  Antoine et Agathe sa femme, Pierrot, Mathieu, Lazare, Louise et Françoise ».

Il est à noter qu’en ce qui concerne ces esclaves, certains sont clairement identifiés comme étant « mariés » alors que nous savons que George a été poursuivi en justice pour avoir laisser ses esclaves mener une vie de famille.
Qu’ensuite, en 1781, soit 40 ans plus tard, nous pouvons retrouver au recensement de Louis Noël, Francisque âgé de 95 ans et nous y voyons son origine soit caffre, Manuel 69 ans malgache et peut être aussi Madelaine, caffrine, 66ans ( il y a en effet 2 Madeleines à ce recensement).
Ces deux éléments sont explicites quant à la manière de traiter les esclaves sur l’habitation de George et Louis Noël. On comprendra sans doute mieux comment le petit fils de Louis, Vincent Florent Noël pourra vivre (avant de l’épouser plus tard) avec Marie Françoise Delphine, née « noire libre » à l’état civil.
L’expert et l’huissier vont ensuite partager les bâtiments qui se composent: «des bâtiments de l’emplacement des Sables de ce quartier » évalués à 12000 piastres, « la case en bois écary à létang sallé » évaluée à 180 piastres, « la case de bois rond à létang sallé » évaluée à 25 piastres, «une autre case pour 15 piastres, un magasin pour 12, un pigeonnier pour 6»

Suit  une série de calculs pour que les parts soient égales.

Marieanne hérite de la case en bois écary de Létang Sallé, Georges a le magasin de bois écary à Létang Sallé, Louis la case de bois rond au même endroit.
Puis les héritiers promettent de passer cette transaction devant notaire lorsqu’ils auront fait le partage et le mesurage de leurs terres. Ce qui fût fait le 20 Juin 1741.
Vont signer tous les participants à cette transaction à l’exception de Catherine Royer qui ne sachant signer va faire une croix  « qui est sa marque ordinaire ».


L’harmonie préside donc à ce partage pourtant le 30 may 1741 Marieanne Noël, femme séparée de biens du sieur Rodier de la Vergne, sera autorisée par le conseil supérieur de l’isle à assigner en justice sa mère et ses frères pour ce partage de succession. On aurait pu en conclure qu’il existait un différend à ce sujet entre eux. Mais peut être est ce la situation si particulière de Marieanne qui est à l’origine de sa requête en justice : mariée à un époux « absent de la colonie » représentée par un procureur fondé de pouvoir qui deviendra son époux ou presque !

Laurence NOËL

© S & L NOËL
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Saint-Denis, Ile de la Réunion, hiver austral 2010,

Dear George,

J’ai l’habitude,en fin de semaine, de consacrer mon week-end à visionner des films sur un thème choisi d’avance.Ce week-end, mon choix s’est porté sur les flibustiers ou autres pirates des seizième et dix-septième siècles et hier soir,dimanche, le cerveau suralimenté par tout ce que j’avais vu, vous m’êtes apparu durant mon sommeil! Oh! je n’ai eu aucun mal à vous reconnaître! Vous étiez bien tel que je vous avais imaginé:un George Noël athlétique, blond tirant un peu sur le roux, portant moustaches, une "bouffarde" à la bouche, bref très "british". Vous étiez revêtu d’une cape sous laquelle se devinait le bout d’une rapière et coiffé, suivant la mode de l’époque, d’un tricorne! Aucun doute, j’avais bien la certitude d’avoir devant les yeux le compagnon de John Bowen! Je ne me hasarderai pas plus loin dans ma description car personne, hormis Laurence et Sabine ne saurait être à même d’ en être capable. N’ont-elles pas décrit une grande partie de ce qui vous entoure comme de ce qui vous appartient avec un style et une précision qui forcent l’admiration et le respect devant le travail accompli! Et, petit à petit,sans nul doute,elles parviendront à vous ressusciter! Que de chemin parcouru par ces deux "investigatrices" en une année: toute idée, comme toute hypothèse a été minutieusement étudiée,tel coin susceptible de vous avoir été cher à Bourbon a été exploré et ce n’est pas fini! Le sujet le plus anodin vous concernant est passé à la loupe et les recherches vont se poursuivre jusqu’à ce que nous sachions tout de vous! Déjà la moisson récoltée en une année est abondante:les sujets sont variés et chacun d’entre eux suscite de l’intérêt. J’avoue cependant avoir une légère préférence pour deux articles : "A ma très chère grand-mère Delphine" où l’on constate que Laurence y a mis toute sa sensibilité et "Au fil des jours" que je relis avec plaisir rien que pour la façon magistrale dont cet article a été présenté par Sabine. En conclusion, tout ce qui a été rédigé durant cette année est intéressant et, personnellement, j’étais loin de me douter, il y a maintenant deux ans, que j’aurais l’honneur d’apporter ma modeste contribution à ce blog.

Dear George, comme vous le savez, je possède, par alliance, un lien de descendance avec vous puisque mon épouse descend directement de Marianne, votre fille aînée. Vous avez donc  bien voulu m’en dire un peu plus sur elle car c’est un sujet auquel tous ses descendants tiennent à coeur. J’ai constaté d’ailleurs que lorsque je vous ai posé cette question, votre visage s’est  illuminé de plaisir puis, attentif je vous ai entendu me dire:


« Je comprends que vous vous intéressiez à la vie de ma fille Marianne! Cette dernière a joué de malchance puisque, mariée à Isaac Jean Rodier de Lavergne qui fut banni de l’île, elle se retrouva seule avec deux enfants. De méchantes langues ont dit d’elle qu’étant jeune et galante, il lui serait très aisé de refaire sa vie! Or, en cette année de grâce 1718 débarqua à Bourbon un sujet espagnol,plus exactement un Canarien de Ténériffe, el Señor Juan Fernandez Casanova! Dans quelles circonstances a-t-il mis les pieds à Bourbon? Je n’en ai plus souvenance, mais je ne pense pas qu’il ait débarqué d’un "forban" comme tant d’autres dont votre serviteur. Par contre il avait du être marin car il avait des dons pour naviguer et à Saint-Paul a exercé le métier de bateleur. Aux îles Canaries, qui étaient à l’époque un carrefour maritime, il avait entendu moult récits de marins qui hantaient les tavernes et autres tripots de Ténériffe, et était au courant des différents évènements qui se déroulaient dans les mers des Indes orientales et occidentales. Je ne saurais dire s’il avait fréquenté les Antilles mais il parlait souvent de lieux connus où s’étaient déroulés de durs combats avec l’ " anglois" tels que Basse-Terre ou l’Anse à la Barque. Ceci dit, Juan Fernandez Casanova était un homme affable, parfois exubérant comme la plupart des gens de sa race, bon travailleur sachant s’adapter à divers métiers. Si je vous parle de cet homme,c’est que ma fille Marianne trouva en lui le soutien dont elle avait besoin et ce fut grâce à Marianne Noël que Juan Fernandez Casanova eut une nombreuse descendance qui portera soit le nom de Noël, soit celui de Casanove ou Cazanove. Dans vos recherches,vous avez du, sans doute, trouver des actes notariés où le nom de Casanove est orthographié de trois façons différentes pour le même acte et pour la même personne. Chose étrange: ma fille Marianne, votre ancêtre, naquit le 28 Juin 1707 et je suis sûr que cette date ne vous est pas inconnue puisqu’elle affecte une de ses descendantes qui vous est très proche, hormis l’année, bien sûr ! Voilà tout ce que je voulais vous dire:je vous laisse maintenant poursuivre vos recherches en collaboration avec vos cousines car il vous reste encore un peu de temps, j’espère! Bon courage: je ne vous dis pas "à bientôt" mais "à plus tard».

Dear George, merci de m’avoir livré ces quelques renseignements qui sont pour moi très précieux, car il me faut désormais lutter contre la montre alors que, où vous êtes, il n’y a plus de notion de temps. Déjà l’aurore fait son apparition! Quel jour sommes-nous donc aujourd’hui? C’est lundi, bien sûr, mais cette date ne m’est pas inconnue: 28 Juin…..Tiens! Tiens! Comme c’est bizarre! J’ai deux anniversaires à souhaiter! A très bientôt, cher George, pour une nouvelle conversation.

So long, Dear George,

Tom BREALL

©  texte JMA, 2010

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Notre blog a un an !

Imaginé au cours d’une promenade  d’été en Saintonge, nous ne pensions pas, en partageant nos recherches, rencontrer autant d’amis et de cousins attentifs. Merci à tous pour vos encouragements. On continue, avec vous aussi. N’hésitez pas à déposer vos idées, commentaires et suggestions.

Et pour fêter cet anniversaire, un an, un mois, une surprise :


Ferme de Port Punay-Les Boucholeurs, été 2010.

Cher George,

Vous voudrez bien  pardonner cette introduction familière de mauvais aloi et vais m’en expliquer.

Trois siècles nous séparent, mais votre souvenir est toujours très présent parmi nos contemporains grâce à deux de vos descendantes, mes amies Sabine et Laurence NOEL, qui vous ont donné un peu d’éternité en réunissant quantité de renseignements sur votre vie quotidienne à Bourbon.Notre siècle, numéro vingt et un, vous traite beaucoup mieux que le vôtre où vous étiez, dixit le gouverneur BOUCHER, « obéissant, libéral et soumis ». Passons sur la redondance et le caractère contradictoire de ces épithètes, pour retenir celui de libéral.
Je ne doute pas un instant que vous ayez répliqué vertement au procureur royal DUMAS en lisant son réquisitoire, et que vous ayez trouvé les bons arguments pour vous défendre des accusations portées contre vous.
Toutefois, dans mon désir de vous venir en aide, je voudrais vous faire part de quelques renseignements que vous ne connaissez pas forcément, compte tenu de l’éloignement de votre île et de l’absence d’internet. (Non, vous ne pouvez pas savoir de quoi il s’agit et c’est trop long à expliquer.)
Globalement le procureur vous fait une leçon de morale en soutenant qu’il serait obscène de permettre la formation de couples chez vos esclaves parmi lesquels des affinités sont apparues. Vous pourriez donc, dans un couloir, lui glisser à l’oreille, qu’en matière de morale, votre Louis le Bien Aimé, quinzième du nom, en sus de son épouse, fornique avec les trois soeurs Mailly Nesle, ce qui, avouons le, est certes un exploit peu ordinaire mais quand même bien peu convenable. Je doute que les gazettes de Bourbon en aient parlé.
Un cadenas ! C’est vraiment une idée complètement ridicule, au pays du pointu, que de penser qu’un cadenas allait entraver le commerce, comme vous disiez à l’époque.
Dans un siècle exactement, l’esclavage sera aboli, ce que, peut-être, le Père Lafosse avait pressenti, de sorte que vous devez être regardé comme étant à l’avant-garde des idées modernes, tout comme je suis bien certain que vous étiez, avant l’heure, écolo, hostile aux OGM, défenseur du développement durable, du commerce équitable.
En un mot vous êtes toujours très proche de nous. Plus exactement c’est nous qui nous sentons proches de vous, d’où la familiarité de mon en-tête.
Merci de donner des nouvelles de Thouffaine qui est si mignon à voir.

Recevez, Cher George, l’assurance de ma parfaite considération et admiration.

Jean Philippe Bourdeau

© texte  : Jean-Philippe BOURDEAU

L’arbre de Jean Philippe est sur : http://trees.ancestry.fr/tree/5113773/family/pedigree?upchd=true&fpid=-1499298155

TEXTE  ET DOCUMENTS  SOUMIS A L’ AUTORISATION DES AUTEURS ET CITATION DE L’ URL DU BLOG

Les premiers colons de l’île Bourbon étaient installés à St Paul et personne ne chercha alors à s’aventurer vers le Sud , les vivres étant fort abondantes. Mais les gouverneurs réglementèrent assez vite la chasse et la pêche au grand dam des colons, ce qui entraîna la fuite des premiers rebelles , blancs aussi bien que noirs, vers cette réserve, « mahavel » ou « pays des vivres » en malgache. Le gibier ayant disparu, dés 1716, le gouverneur Justamond reporta à la Rivière St Etienne la limite de la chasse permise aux particuliers. C’est Desforges-Boucher qui va ouvrir les portes du Sud. De retour à Bourbon, il a pour mission de favoriser la culture du café, car la compagnie des Indes a obtenu le monopole de l’introduction du café dans le royaume de France en 1723.  À Bourbon, on expérimente, on acclimate. On observe le café indigène, endémique ou « café pointu » dont on ne comprend rien à la culture. On s’essaie plusieurs fois à introduire le café de Moka du Yémen, bien plus recherché. En 1728, on s’enthousiasme. Benoit Dumas, gouverneur, écrit  au ministre Ponchartrain :«  On ne peut  rien voir  de plus beau que les plantations de caféier. L’isle de Bourbon sera capable d’en fournir au delà de  ce qui est nécessaire pour la consommation du royaume ».

On espère même fournir toutes les cours européennes, et surtout faire fortune. On intensifie la culture. L’île Bourbon passe d’une agriculture vivrière à une agriculture commerciale. On déporte. Très gourmande en main d’œuvre, la culture du café accélère l’arrivée de nouveaux esclaves . On recrute. Le Conseil supérieur de l’île  propose des concessions et chaque homme est tenu de planter et d‘entretenir cent pieds de café. La culture du café devient obligatoire. Les migrations se poursuivent vers l’Etang du Gol et la Rivière d’Abord. Le café est ensemencé à St Paul et planté à grande échelle  prés de la Rivière St Etienne .

Récolte de café à l’île Bourbon,
Aquarelle  attribuée à Jean Joseph Patu de Rosemont, ca.1800.
Coll. Musée  National des Arts d’Afrique et d’Océanie.

On parlera alors  du grand Quartier St Etienne qui englobait les futures paroisses de St Louis et de St Pierre (1) et s’étendait jusqu’au petit Etang Salé, découvert par Flacourt et salé par les marées d’où son nom. Desforges-Boucher s’était fait délivrer dés novembre 1719, une concession entre le premier bras de la ravine de l’Etang du Gol et la Ravine des Caffres. Seulement, les communications étaient difficiles. On atteignait le Sud, soit par mer, soit par le littoral, soit : « en prolongeant le chemin de Saint Paul à Saint Gilles–les-hauts. Aucune de ces solutions n’était aisée. Le rivage du quartier Saint Etienne n’offrait aucun atterrage pour des canots de charge. Le seul abri se trouvait à l’Etang salé, à une lieu et demie de là, et il en était séparé par des « montagnes de sable » (A. Lougnon, op.cit. in Bibliothèque).

Les premières installations eurent donc lieu, au lieu dit de la « Rivière d’Abord », (qui deviendra la paroisse St Pierre), lieu où les barques « abordaient », permettant ainsi de relier un point de l’île à l’autre. Il y a en effet un « barachois », soit un abri naturel qui peut servir de refuge aux petits bateaux. Les pionniers sont déjà installés depuis 1719 pour Jacques Auber ; 1720 pour George Noël & Simon Deveaux. ou Antoine Cadet ; 1723 pour Jacques Lauret. Pour ce dernier, on peut lire sur son acte de concession : « abandonnons dès maintenant et à toujours au dit Joseph Lauret et son épouse, le fond et propriété d’un terrain cruellement vague et sans culture situé au quartier de l’Etang du Gaulle. »
Le climat y est doux, même si la plage est de corail et de sable noir. Les premières habitations seront à l’abri des alizés vers les hauts, du côté de la Ravine sèche et le Sieur Durongouët ouvrira 4 lignes d’arpentage, parallèles au rivage et à différentes hauteurs. Elles s’étendent «  du bord de la mer au pied de la montagne » et « du pied de la montagne à son sommet ». Elles sont mesurées en gaulettes de 15 pieds. Pratiquement tous les plateaux furent défrichés et couverts de caféiers. Les familles et le curé vivent dans la peur des attaques des marrons  (2) et se sentent isolés et oubliés du reste de la colonie. Les ravines, nombreuses, sont difficiles et épuisantes à franchir, et Le « grand chemin » les relie à St Paul difficilement et uniquement à pied ou à cheval. Le Directeur de la Compagnie pense au moins à leurs âmes  : « Il a été convenu de bâtir l’église paroissiale de Saint-Louis entre Joseph Loret et M. de Saint-Lambert, auprès du ruisseau appelé Dechenets. ».
Il faudra attendre le 15 novembre 1734, et le don de Jean Saint-Lambert-Labergry, ancien procureur général :

« donation  entrevifs à l’église et paroisse St Louis (…)
le quinze novembre mil sept cent trente quatre
d’une partie du sus dit terrain en quantité de trente cinq
gaulettes de quinze pieds chacune par le haut à prendre
depuis un arbre de Benjoin marqué d’une croix et adossé
le bord de la ravine sans nom ou commence le rempart
de la montagne, jusqu’à un autre arbre de Bois puant
aussi marqué d’une croix par en bas dudit arbre de bois
puant il sera tiré une ligne en échiquier jusqu’au coin du
bas de la ditte église St Louis qui se batit  actuellement
sur ledit terrain ; »

Cette donation nous intéresse, car en décembre 1739, elle est toujours stipulée sur l’acte d’acquisition commun de George Noël & Augustin Panon, comme réserve sur la concession qu’ils rachètent au Sieur de Saint Lambert.

L’église est toujours « en construction ».
Et l’acte souligne et surligne :

« Ce qu’en tout tems pour quelque raison et sous
quelque pretexte que ce puisse etre les Srs. pretres ou curé
qui desservent lad. Paroisse ou pourront dans la suite
deservir ne pourront prétendre aucun droit de propriété
dans le fond du terrain donné lequel retournera aud.
Sieur de St Lambert au cas que laditte église paroissiale
ne seroit point construite sur le dit terrain, etant led.
terrain presentement vendu en la censive de la compagnie
des Indes. »

George Noël confirme donc son installation dans les terres du Sud. En s’associant avec  Augustin Panon, il agrandit sa première concession, directement bornée par de Saint Lambert.


« au Sieur Georges Noel conjointement
avec le sieur Augustin Panon, Bourgeois  habitant de cette
isle demeurant susdit quartier et paroisse St Paul icy présent
et acceptant acquéreur pour eux , leurs hoirs et ayant causes
le fond très fond, propriété et superficie d’un terrain situé
à l’étang du gaulle, Borné d’un côté de la ravine des caffres
et de l’autre côté de la ravine nommée vulgairement la ravine
sans nom à prendre du bord de la mer jusqu’au sommet
de la montagne, avec cette observation que la d. ravine
sans nom ne montant point jusqu’au sommet de la montagne,
a une certaine hauteur ou il a été planté une borne de
pigondin au pied d’un bois marqué d’une croix, lad.
ravine faisant deux fourches, et qui fait la borne stable
des concessionnaires voisins, (…)
plus est compris en la présente vente une case de
bois rond de quinze pieds de long sur  autant de large
Un magasin aussi de bois rond sur six piliers ayant
aussi quinze pieds de large et quinze pieds de long, un
petit pigeonnier avec les pigeons en telle quantité qu’il
pourrait s’y trouver Plus un four baty à  chaux et sable
et plusieurs bestiaux de toutes espèces avec tous les ustencilles
d’un ménage que les Srs acquéreurs reconnaissent avoir en
leur  possession et en quittent le sieur et dame vendeur. »

Les acquéreurs s’engagent à payer en quatre années, en piastres ou « au récipisé de café », et hypothèquent leurs biens pour cela.
En 1734, le café est si prospère qu’il sert de monnaie.
Mais on constate qu’au fur et à mesure qu’augmente la production, le prix du café diminue. Sa qualité est inférieure à ceux d’Arabie. En 1739, les cours de la Livre de café chutent de moitié. Pourtant, George Noël et Augustin Panon, dit « L’Europe », charpentier de métier, et quatrième et dernier époux de Françoise Chatelain y croient encore.

Pour l’église, il est probable qu’elle ne fut jamais achevée.  En tout cas, il n’en reste rien et serait donc plutôt à rechercher vers la ravine sèche, proche de la crique de l’Etang salé.
Barbe Payet, lasse d’attendre, a créé sa propre chapelle sur la rive droite de la rivière St Etienne (aujourd’hui St Louis).
Madame  Veuve de Saint Lambert, elle, en 1782, demandera copie de son acte de donation sans doute pour  élever la voix et/ou réclamer son terrain, peut être celui où un petit oratoire privé sera retrouvé, au lieu dit du « Lambert ». (aujourd’hui L’Etang-Salé-les-Hauts). Car il a été donné la préférence à l’église de St Louis et celle de Madame Lambert est restée dans l’état où elle était.

Dans les années suivantes, la production de café sera contingentée et les nouvelles plantations interdites. L’or noir du café 3 devient l’or roux du sucre. Mais…les colons auront besoin encore et toujours de prières.

Sabine Noël

1 Les paroisses de St Pierre et de St Louis ne furent séparées qu’en 1732.

2 En 1738, des attaques de marrons tuèrent plusieurs colons.

3 Aujourd’hui, Le café " Bourbon pointu » redécouvert par un chercheur japonais passionné, est devenu un café « premium » et le plus cher au monde.

© Sabine  NOËL

TEXTES & DOCUMENTS SOUMIS A L’ AUTORISATION DES AUTEURES  AVEC CITATION DE l’URL DU BLOG.

"George Noël, à l’encontre de la plupart des colons fit preuve d’une grande stabilité." (Père Barassin)
A Saint Paul, il est installé sur les Sables et s’occupe de sa pièce de terre à La Montagne. Il va l’agrandir en 1732. Il acquiert de Jean Daniel1 & de sa seconde épouse Françoise du Coudray, un terrain :

« au quartier de la  montagne St Gilles borné par
en haut de  (…)  la terre du dit Georges
Noel, par un coté de la terre de celle d’Antoine
Avril et par l’autre de celle de Nicolas
Paulé  le tout tel qu’il se poursuit et se comporte(…)
appartenant au dit Jean Daniel au moyen des echanges
faits (…)entre luy et  Thomas Elgar  au nom et
comme tuteur des enfants mineurs de son
mariage avec feue Raphaelle Royer
quinze juin mil sept cent trente  ainsi qu’il
apperre (…).
Dans laquelle vente
seront compris une case de bois rond
(…), un grand magasin de dix huit
pieds  de long sur treize de large et un
autre petit magasin un petit poulailler
une cuisine de bois rond le tout situé
sur le terrain cydessus Vendu  Plus
un petit noir de madagascar nommé
Thouffaine agé de dix ans environ pour (…)
le prix et somme de deux mil six
cent Livres tournois mil
Livres pour le terrain &
mil six cent livres et pour les dts batiments
et noir comme chose mobiliaire ."


Car être esclave selon la loi, c’est être réputé meuble.
(Code Noir de 1685, lettres patentes de 1723, arrêté du 1er brumaire an XIV).

Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui l’histoire, la vie, le sort de ces jeunes "négrillons" de Bourbon. Mais on sait aussi, qu’à la même époque, les armateurs  de Nantes, Bordeaux ou La Rochelle ramenaient avec eux de jeunes enfants noirs, à la fois à des fins de service, de prestige et de distraction. Ainsi, sur ce tableau de Hyacinthe  Rigaud, ce jeune page porte des vêtements élégants et toujours le collier, certes en argent, de sa servitude.

Hyacinthe RIGAUD, ca 1700, "Jeune nègre tenant un arc"
Courtesy Musée des Beaux Arts de Dunkerque.

Comment Thouffaine est-il arrivé là ?  Etait-il un des petits serviteurs de Thomas Elgar, ou sa part de traite, attribué lors de ses commerces ?

Et qui est Thomas Elgar ?

Thomas Elgar, Elguert ou Elguier, "Anglois de la ville de Londres", comme George Noël, a sensiblement le même âge. Ils ont navigué de concert sur le brigantin de Bowen. Elgar est présent dans l’île depuis 1704. Mais, il ne fait que passer. Il  repart en flibuste avec Nathaniel North et ensuite Thomas White (deux anciens de la Royal Navy), et ne s’installera  définitivement à Bourbon qu’en 1706. Cousu d’or, comme tout  bon pirate repenti, il abjure sa religion, épouse sa Dlle Royer et achète pour des sommes considérables  des terres, des bâtiments, et tout ce qu’il y avait dessus  (Père Barassin).
"il sait très bien lire et écrire" , et a eu "de trés bonnes éducations."
Sa connaissance du Malgache et son sens du pilotage le firent rechercher pour le commerce et la traite. En 1729, il perdra sa femme Raphaëlle et deux de ses huit enfants de l ‘épidémie de vérette. Et le 15 juin 1730, Il échange ses terrains  de la montagne St Gilles avec son gendre, Jean Daniel, qui s’empressera de les revendre en 1732 à George Noël. Il répugne donc à garder ses terres, et la traite ne lui portera pas vraiment chance, puisque Boucher le décrit aussi comme " fort gueux et mal nippé".

En quelque sorte plus à l’aise sur les mers agitées que sur la terre  immobile où il excellait  (à-ce-que-l’on-dit) aux jurons, à l’ivresse, au  jeu et aux querelles.

L’histoire ne dit pas en quelle langue.

Sabine Noël

Le 10 mai 2010

Le 10 mai est en métropole,  la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions depuis 2006, sur proposition du comité pour la mémoire de l’esclavage.

1Jean Daniel, arrivé à Bourbon en 1718, était le mari de Marianne , fille de Raphaëlle  & Thomas Elgar .

© Sabine  NOËL
TEXTES & DOCUMENTS SOUMIS A L’ AUTORISATION DES AUTEURES  AVEC CITATION DE l’URL DU BLOG.

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