Archive de Catégorie pour ‘esclavage’.
“Il y eut des marrons, dés qu’il y eut des esclaves.”
Victor Schoelcher
Nous l’avons vu, à Bourbon, la justice de l’ancien régime est expéditive.
Depuis une ordonnance du conseil supérieur de 1725, les marrons (1) qui refusent de se rendre sont condamnés à mort.
Ceux qui refusent leur sort et s’enfuient, la plupart du temps dans les hauts inaccessibles, risquent leur vie. Ils constituent une menace pour le système colonial.
Les punitions sont donc exemplaires.
Ainsi, ce jugement qui va frapper deux esclaves marrons de Juan Fernandez Cazanove en 1728.
L’un sera condamné à être pendu, l’autre frappé de coups de fouet et marqué de la fleur de lys.
Le fleurdelysage, est une peine corporelle infâmante de l’ancien régime qui frappe aussi dans l’hexagone, d’autres criminels, comme les prostituées (ou de la lettre P ou des deux ). La Lettre G marque les galériens. Le M les maquerelles et les mendiants. Il s’agit non seulement, içi et là, d’humilier les délinquants mais d’inscrire au fer rouge leur casier judiciaire à jamais. Le Code noir l’inscrit dans son article 6.
Juan Fernandez Cazanove, (que nous retrouverons plus tard) associé à d’autres colons s’est installé en mars 1728 entre le Bras de la plaine et le Bras de Pontho. Michel et Manuel n’ont sans doute pas résisté à l’appel de l’immense forêt primaire qui constitue alors le paysage grandiose du lieu.
La peine de mort pour marronnage sera supprimée en 1775.
Le 10 mai, est la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Sabine NOËL
Addenda : la peine de mort contre Michel sera commuée en celle “d’exécuteur des sentences criminelles qu’il a acceptée à condition qu’il ne retournera plus au marronage”.
(1) Le mot vient de l’amérindien « cimarron », s’enfuir, s’échapper, retourner à l’état sauvage.
Recherches ADR/ JMA
© Sabine NOËL
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St Pierre le 5 avril 1757
Nous l’ avons déjà vu pour les questions de propriété, partage, succession, nos ancêtres étaient extrêmement respectueux de la norme juridique. A chaque acte d’ importance ils faisaient appel au notaire et lorsque celui ci ne pouvait être là, ils se confiaient au curé pour la sureté de leurs décisions. Ainsi, en l’occurrence, Alexis Loret (1693-1757) au seuil de la mort fît appel à Larose, prêtre missionnaire et curé de la paroisse de St Pierre, pour enregistrer ses dernières volontés.
Et c’ est ainsi que débute le document intitulé ” Depaux des volontés du sieur Alexis Loret ….5 avril 1757 ” Nous soussigné missionnaire apostolique curé de la paroisse de st pierre ayant été appellé pour administrer les derniers sacrements au sieur alexis Lauret, habitant de ce quartier et paroisse st pierre, étant au lit malade , sain toutefois d’ esprit, comme il nous a paru et aux témoins ci dessous désignés”.
L’ on voit là, que notre curé n’ est pas sans connaissance juridique car il prend soin de préciser quelle est la capacité du mourant et qu’il n’ est pas le seul à l’ avoir constatée. Cependant, craignant un éventuel reproche, il prend soin d’ ajouter “comme il nous a paru ainsi qu’ aux autres témoins” . Il poursuit avec une formule remarquable, si remarquable qu’elle pourrait être une clause de style : “lequel considérant qu’il n’ y a rien de plus certain que la mort et rien de plus incertain que son heure” .
“Faute de notaire qui n’ a pu venir à cause du mauvais temps et du débordement des ravines “( nous sommes en avril et le notaire venait vraisemblablement de St Paul ; de même nous ne savons où se situait l’ habitation d’ Alexis Lauret sur le quartier de St Pierre. )
Le missionnaire recueille ensuite les déclarations du mourant :” il veut et entend que Catherine et sa fille Gabrielle çi devant ses esclaves auront après sa mort la liberté qu’il lui a promis depuis longtemps en considération des bons services qu’elle lui a rendu et de sa fidélité “

N’ est ce pas insigne que ces dernières volontés aient trait, tout d’ abord et principalement, au don de la liberté ? on pense tout de suite à une réparation qui serait de l’ ordre d’ une reconnaissance de concubinage et filiation- puisqu’il y a Catherine mais aussi sa fille Gabrielle, mais on peut tout autant envisager d’autres relations de proximité familiale, nourrice, cuisinière etc …
Il pourrait en être ainsi car si Alexis Lauret leur lègue, pour subsister, ainsi que la loi l’ exigeait, 40 gaulettes sur 20,il énonce une clause plus dérangeante “déclare en outre que Jacques, mary de la nommée Catherine demeure esclave et que Catherine quoique libre demeure toujours avec son mary chez le maitre à qui il appartiendra”
Est ce la volonté de ne pas appauvrir sa succession (un esclave homme valant plus qu’une femme) et de ne pas séparer une famille fût-elle esclave ?
En tous les cas ce qui doit être retenu de cet acte, c’ est que la promesse faite à l’ esclave est primordiale et pousse le mourant à l’exprimer, malgré les difficultés de constation juridique .
Le reste de l’ acte va en ce sens car déclarer ensuite que “son gendre Paul Payet lui a rendu les 30 bariques de caffé qu’il lui avait empruntées”, semble de peu d’ importance et plaçé là pour qu’il n’ y ait pas que le seul affanchissement ! Afin sans doute qu’il ne soit pas contesté.
Vont signer en qualité de témoins : Louis Vitry gendarme, Antoine Leveneur, Antoine Payett et Larose prêtre missionnaire en la maison du sieur Alexis Lauret à St Pierre le 5 Avril 1757.
La religion ou l’ esprit de charité propre à cet homme au seuil de la mort
Laurence NOËL
© S & L NOËL.
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“George Noël, à l’encontre de la plupart des colons fit preuve d’une grande stabilité.” (Père Barassin)
A Saint Paul, il est installé sur les Sables et s’occupe de sa pièce de terre à La Montagne. Il va l’agrandir en 1732. Il acquiert de Jean Daniel1 & de sa seconde épouse Françoise du Coudray, un terrain :
« au quartier de la montagne St Gilles borné par
en haut de (…) la terre du dit Georges
Noel, par un coté de la terre de celle d’Antoine
Avril et par l’autre de celle de Nicolas
Paulé le tout tel qu’il se poursuit et se comporte(…)
appartenant au dit Jean Daniel au moyen des echanges
faits (…)entre luy et Thomas Elgar au nom et
comme tuteur des enfants mineurs de son
mariage avec feue Raphaelle Royer
quinze juin mil sept cent trente ainsi qu’il
apperre (…).
Dans laquelle vente
seront compris une case de bois rond
(…), un grand magasin de dix huit
pieds de long sur treize de large et un
autre petit magasin un petit poulailler
une cuisine de bois rond le tout situé
sur le terrain cydessus Vendu Plus
un petit noir de madagascar nommé
Thouffaine agé de dix ans environ pour (…)
le prix et somme de deux mil six
cent Livres tournois mil
Livres pour le terrain &
mil six cent livres et pour les dts batiments
et noir comme chose mobiliaire .”
Car être esclave selon la loi, c’est être réputé meuble.
(Code Noir de 1685, lettres patentes de 1723, arrêté du 1er brumaire an XIV).
Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui l’histoire, la vie, le sort de ces jeunes “négrillons” de Bourbon. Mais on sait aussi, qu’à la même époque, les armateurs de Nantes, Bordeaux ou La Rochelle ramenaient avec eux de jeunes enfants noirs, à la fois à des fins de service, de prestige et de distraction. Ainsi, sur ce tableau de Hyacinthe Rigaud, ce jeune page porte des vêtements élégants et toujours le collier, certes en argent, de sa servitude.
Hyacinthe RIGAUD, ca 1700, “Jeune nègre tenant un arc”
Courtesy Musée des Beaux Arts de Dunkerque.
Comment Thouffaine est-il arrivé là ? Etait-il un des petits serviteurs de Thomas Elgar, ou sa part de traite, attribué lors de ses commerces ?
Et qui est Thomas Elgar ?
Thomas Elgar, Elguert ou Elguier, “Anglois de la ville de Londres”, comme George Noël, a sensiblement le même âge. Ils ont navigué de concert sur le brigantin de Bowen. Elgar est présent dans l’île depuis 1704. Mais, il ne fait que passer. Il repart en flibuste avec Nathaniel North et ensuite Thomas White (deux anciens de la Royal Navy), et ne s’installera définitivement à Bourbon qu’en 1706. Cousu d’or, comme tout bon pirate repenti, il abjure sa religion, épouse sa Dlle Royer et achète pour des sommes considérables des terres, des bâtiments, et tout ce qu’il y avait dessus (Père Barassin).
“il sait très bien lire et écrire” , et a eu “de trés bonnes éducations.”
Sa connaissance du Malgache et son sens du pilotage le firent rechercher pour le commerce et la traite. En 1729, il perdra sa femme Raphaëlle et deux de ses huit enfants de l ‘épidémie de vérette. Et le 15 juin 1730, Il échange ses terrains de la montagne St Gilles avec son gendre, Jean Daniel, qui s’empressera de les revendre en 1732 à George Noël. Il répugne donc à garder ses terres, et la traite ne lui portera pas vraiment chance, puisque Boucher le décrit aussi comme ” fort gueux et mal nippé”.
En quelque sorte plus à l’aise sur les mers agitées que sur la terre immobile où il excellait (à-ce-que-l’on-dit) aux jurons, à l’ivresse, au jeu et aux querelles.
L’histoire ne dit pas en quelle langue.
Sabine Noël
Le 10 mai 2010
Le 10 mai est en métropole, la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions depuis 2006, sur proposition du comité pour la mémoire de l’esclavage.
1Jean Daniel, arrivé à Bourbon en 1718, était le mari de Marianne , fille de Raphaëlle & Thomas Elgar .
© Sabine NOËL
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Agathe, Cécile & Antoinette ont donc été affranchies en 1794 par le curé Lafosse. Elles sont agées alors respectivement de 50, 18, et environ un an. Ce qui correspond bien aux recensements du Curé Lafosse en 1782 et 1788. On y retouve aussi Pierre, frère d’Agathe et père de Cécile.
Elles n’ont pas pris, (ou pas pu prendre) le patronyme du curé. Mais, comme beaucoup d’ affranchis d’avant l’abolition, elles seront désignées par le prénom de la mère-affranchie, qui devient matrilinéaire. L’emplacement de quarante gaulettes qu’elles ont eu en donation commune est situé prés de la Chapelle du Rosaire. On se souvient, Lafosse avait tout prévu :
“une case en bois rond, surmonté d’un magasin, plus une cuisine et un poulailler, des animaux pour élever, le linge, la vaisselle, les marmites et les outils necessaires.” Les affranchies étaient donc bien pourvues. Ont elles réussi ensuite, avec leur pécule et ou à force de travail à affranchir ou à aider Pierre, sa femme et sa nombreuse famille ? Nous notons seulement que Pierre n’est plus mentionné sur les recensements du Curé Lafosse en 1812. Et pour le pécule, la suite deviendra judiciaire.
Car, hélas, leur bien aimé bienfaiteur meurt en 1820.
Tout ne semble pas se passer pour le mieux. Antoinette et Cécile se voient obligées de sauvegarder leurs intérêts. Elles nomment pour procureur général et spécial Elécie Hoarau, huissier. Il est chargé de lever l’expédition de leur acte d’affranchissement chez le notaire et de parvenir au règlement des sommes dues à elles mêmes et à leur tante Agathe, dont elles sont héritières. Et ce auprès d’Alexandre Lucas, exécuteur testamentaire et de Silvain Pinard légataire du sieur Lafosse.
l’histoire de ce terrain et des Cécile continue à s’écrire, dix huit ans plus tard. L’emplacement donné est bien le même, prés de la Chapelle du Rosaire. Il est toujours de 40 gaulettes de long sur 20 de large.
Cécile a-t-elle été heureuse ? en tout cas, elle eût beaucoup d’enfants. Sont présents en mars 1835, lors de la vente de ce terrain :
1°) Demoiselle Antoinette Cécile 2°) Louis Cécile 3°) Fanchin Cécile, 4°) Pierre Cécile, 5°) Sophie Cécile, 6°) Olimpe Cécile, 7°) Tarsile Cécile, 8°) Eloise Cécile, 9°) Suzette Cécile tous les neuf propriétaires de la moitié de ce terrain provenant de la donation faite par M. Lafosse, ancien curé de la paroisse St Louis à leur mère Cécile, l’autre moitié étant à Antoinette, fille de Cécile. Nous retrouvons en témoin de l’acte leur précédent homme de confiance, Elecy Hoarau. Une seule infime partie de ce terrain sera préservée de la vente en faveur des enfants mineurs. Ils viennent de vendre à un spéculateur foncier qui s’applique à faire fortune à St Louis.
(à suivre)
Sabine NOËL
Recherches CNAOM, Aix-en-Provence, 2009
© S NOËL TEXTES ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES
Vous êtes apparue dans notre vie lorsqu’au fil de nos recherches familiales, nous avons découvert que notre trisaïeule paternelle se dénommait «Marie-Françoise DELPHINE ». Ce patronyme en forme de prénom a attiré notre attention.
A ma très chère grand-mère, DELPHINE ( 1788-1865)
Je n’ai pas trouvé d’ascendants répertoriés comme il en allait pour les Payet, Hoarau, Boisvilliers et autres. J’ai donc recherché l’acte de naissance de Marie-Françoise DELPHINE en mars 1812 (ce que donnait le Ricquebourg) à l’état civil de la commune de St Louis. Je ne l’ai d’abord pas trouvé car si Marie Françoise avait bien été déclarée à l’état civil de la commune de St Louis en 1812, elle avait été répertoriée dans le registre des NOIRS LIBRES.
Ainsi, j’ai découvert ce que je ne pouvais savoir, je descendais de femmes qui avaient été esclaves. Ce fût un choc émotionnel, nul ne s’attend à une telle découverte lorsque l’on est blanche de peau et que l’on a vécu en métropole : comment ma famille paternelle avait elle pu être dans l’ignorance d’un tel fait, pas si lointain ? Comment n’en avait elle gardé aucune trace repérable ? Marie Françoise, née noire libre, n’était elle pas la grand-mère de mon grand-père ?
Marie Françoise DELPHINE était née le 13 mars 1812 « d’une nommée DELPHINE et d’un père inconnu »
« L’an 1812 et le 28 mars acte de naissance de Marie-Françoise, fille naturelle de la nommée Delphine et d’un père inconnu, née le 13 du présent, à la Riviere St Etienne. Sur la déclaration à nous faite par Marie, sage-femme reconnue dans ce quartier, et en présence des sieurs Jean-Baptiste LAGIRONDE, âgé de trente six ans et François RICQUEBOURG, agé de vingt et un an, le premier habitant domicilié de ce quartier, le second habitant domicilié de St Paul, tous deux témoins majeurs… ».
Et c’est ainsi très chère grand-mère que vous avez surgi dans ma vie. « La nommée Delphine » voilà ce que j’ai eu comme élément premier pour retrouver le fil de votre vie. Seulement un prénom… car lorsqu’on est esclave, on n’est rien, on n’a ni identité mais également ni ascendance, ni descendance. Aujourd’hui voilà ce que je sais de vous :
DELPHINE est née en 1788, sur l’habitation de Jullien Hiacinthe Olivier PAYET ( 1730-1791) fils d’Antoine PAYET(1683-1745) et de Sabine LAUTRET (1693-1771) .
La naissance de DELPHINE est répertoriée cette année là, car elle y est dite
« age 1 »au recensement de l’an 1788.Tout comme un autre enfant MARC. Sont-ils jumeaux ou seulement nés la même année ? L’étude du recensement pour cette année permet de constater qu’ils sont dans la rubrique « nouveaux-nés » et ont l’âge « 1 », un mois ou un an, on ne le sait. Ils sont les seuls nouveaux nés de cette année ).
Le sort ultérieur de Marc et DELPHINE l’explique. Ces enfants furent considérés de façon particulière dans la suite de leur vie. En ce recensement, la mère des enfants n’est pas identifiée. Il est d’évidence qu’elle figure au nombre des esclaves de l’habitation mais laquelle est la mère de Marc et Delphine ?
En l’espèce la consultation des registres paroissiaux n’a pas permis, tout du moins aujourd’hui, de retrouver le baptême de Marc et Delphine . Ces registres (BMS de ST LOUIS 1787, 1788) sont manquants.
Seul l’acte d’affranchissement de cette mère en 1840 a conduit à son identification

ADR, BO 1840
En effet, le 31 Octobre 1840, paraît l’arrêté d’affranchissement d’ une certaine OLIVETTE. Cette Olivette va « prendre le nom de DELPHINE » car elle est la mère de sa propriétaire la « demoiselle DELPHINE de St LOUIS »
Olivette se trouve effectivement au nombre des esclaves du recensement de 1788 de Jullien Payet : On y lit « Olivette, créole, 25 ans » parmi Monique, Brigitte, Catherine, Rose, Henriette, Ursule, Dorothée, Thérèse .

La consultation du recensement antérieur le plus ancien en ma possession est celui de 1781. On y trouve « Olive, esclave, créole, 18 ans » (olivette, olive, olivet, seront les déclinaisons de son prénom au gré des documents). Au recensement de 1783, Olive a 20 ans ; à celui de 1787 Olive a 24 ans ; au recensement de 1788 Olive a 25 ans .
A noter que les âges d’ Olivette donnés sur ces recensements sont en parfaite concordance, soit : 1781 18 ans ; 1783 20 ans ; 1785 22 ans ; 1787 24 ans ; 1788 25 ans, ce qui laisse supposer une identification précise de cet âge.
Il n’en ira pas de même dans certaines déclarations ultérieures et plus tardives .
Au recensement de 1785 de Jullien PAYET, on remarque une particularité qui va se révéler chargée d’intérêt « Associé : GILLES PAYET, né à Bourbon, paroisse St LOUIS âgé de 35 ans ».
Gilles PAYET est le fils de Laurent PAYET (1718-1784) et de Marie Françoise LEPINAY (1728-1801). Il est né le 23 mars 1753. En 1781 il est toujours recensé chez son père à St Louis. Son premier recensement individuel a lieu en 1785. Il n’ est pas marié. Il possède « un terrein de 5 gaulettes sur 100 de déffrichés et élève 5 cheveaux, 7 cochons..” Il a 4 esclaves : Hiacinthe 31 ans, Lazare 11 ans, Marguerite 27 ans et sa fille Vincente 9 ans. Il est également, ainsi que mentionné ci avant, l’associé de son oncle paternel Julien PAYET .
En 1788, année de naissance de MARC et DELPHINE, le 14 juin, il va épouser Thérèse Lucine DEVAUX ( 1771–1813) tout juste âgée de 17 ans, orpheline de père à 4 ans ( Louis DEVAUX 1746-1775 ) et de mère à 8 ans (Barbe FERRERE 1753-1779).

Julien Hiacinthe Olivier PAYET meurt le 5mai 1791, à l’ âge de 60 ans.

Ses héritiers ne règlent pas à l’ amiable sa succession.
Un litige surgit à l’ initiative d’une héritière Dame Veuve Antoine LAURET. Et ce n’est que le 21 janvier 1793 qu’un jugement est rendu par Monsieur le juge de la juridiction royale de l’isle (à cet égard mutatis mutandis, tout change, rien ne change, puisque les délais de rendus de décisions sont apparemment les mêmes qu’aujourd’hui, soit en l’ espèce de plus de 18 mois). Ce jugement est signifié le 29 janvier. Dame veuve LAURET en fait appel puis se désiste de son appel et accepte la vente à l’encan des biens meubles dépendants de la succession (signification du désistement et acceptation en date du 5 février 1793).
Cet encan a lieu le dimanche 17février 1793, à l’issue de la messe paroissiale, par le ministère de Maître François ADELINE, notaire royal et commis greffier du quartier Saint Louis après publications affichées à la porte de l’église paroissiale « à la manière accoutûmée » ainsi qu’en la maison de Georges NOËL sur son habitation. Parmi ces « meubles, effets et ustensiles de ménage, linge et harde» 32 têtes d’esclaves dont OLIVETTE, MARC, et DELPHINE .
Savoir ses ancêtres esclaves est un choc mais les voir vendus à l’encan en est un autre, comme si constater qu’ils n’étaient que meubles, à la seule valeur marchande, devait concrétiser ce qui n’est plus entendable pour nous, ses descendants aujourd’hui .
Et pourtant OLIVETTE et ses enfants furent vendus aux enchères en ce beau dimanche de février 1793.
Sur le folio 3 de cette vente, une série de coïncidences et concordances telles qu’elle méritera un commentaire ultérieur. En effet, on y voit notamment, en haut de page, la signature en qualité de caution de mon quadri aïeul NOEL LAMARRE, celles de deux Hyacinthe PAYET, comme acheteur et caution, puis celle de Gilles PAYET.
On y lit :

« La nommée OLIVETTE, créole, âgée de trente ans et DELPHINE son enfant, adjugées ensemble à M. Hyacinthe PAYET pour la somme de cinq mille cinquante Livres, cautionné par M Hyacinthe PAYET, fils d’ Henry . »

« MARC, créole, âgé de 8 ans environ, adjugé à M Gilles PAYET pour la somme de 1910 Livres, cautionné par Romuald Payet “.
Ainsi, à la suite de cette vente aux enchères, Olivette et Delphine iront chez Hyacinthe Payet, fils de Paul, Marc part chez Gilles Payet.
Si Gilles Payet n’a pû acheter Delphine et Olivette en même temps que Marc en 1793 vraisemblablement pour des raisons financières, en 1799 il en est le propriétaire.

En effet, en l’ an 7ème de la République et le 12 Pluviose, le Comité Administratif, « à 3 heures de relevé, réuni au local ordinaire de ses séances et ayant pour président AZEMA, OUZOUX, JOUVENCOURT, DERIENS, VABOIS, REMY, DESBASSAYNS comme membres, assistés du citoyen LAGIRONDE en sa qualité de secrétaire onoraire » va examiner la requête faite par le citoyen « Gilles PAYET pour la dénommée DELPHINE , créole, agée de 9 ans et MARC aussi créole agé de 12 ans, les moyens de subsistance sont le don d’ un terrein de 50 gaulettes de longueur sur 5 de large, situé au canton st louis, à prendre de la base de son terrein à monter, ce qui formera à chacun un terrein de 25 gaulettes de long sur 5 de large, pour chacun desquels il s’ oblige à faire bâtir une maison de 12 pieds de large sur 15 de long, le toit recouvert en feuilles et de leur faire apprendre d’ici à ce qu’ils puissent etre en état d’ avoir leurs biens pendant tout lequel temps il s’oblige de les nourrir, entretenir et habiller, et un métier qui puisse leur procurer des facultés et moyens de subsistance »
L’affranchissement nécessitait d’avoir les moyens d’assurer à l’ ancien esclave de quoi vivre afin qu’il ne soit pas une charge pour la colonie . En l’espèce, Gilles Payet va se dépouiller d’une partie de son habitation qui n’était pourtant pas très importante ( 3 terreins de 10 et 3 gaulettes de largeur jusqu’au sommet ainsi qu’ un autre terrein de 5 g sur 100 gaulettes de hauteur (in : recensement de 1788) pour permettre à ces deux enfants de 9 et 12 ans de devenir libres. On conçoit alors aisement que seul un lien de filiation est à l’origine de cet affranchissement.
L’avis du Comité Administratif sera favorable et transmis à l’Assemblée Coloniale qui le 16 Pluviose an 7 (soit le 4 Fevrier 1799) « Déclare que la liberté est accordée aux nommés DELPHINE, créole, agée de 9 ans et MARC, aussi créole, agé de 12 ans, appartenants au citoyen Gilles PAYET »

En l’an 7, en pleine période révolutionnaire, DELPHINE et MARC acquièrent la liberté !
Beau symbole pour ses descendants!
(à suivre…)
Laurence Noël
© Sabine & Laurence NOËL.
Article paru aussi dans le Bulletin trimestriel du Cercle Généalogique de Bourbon, n° 106, Décembre 2009.
TEXTES ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES
Il ne faudra pas moins de 15 feuillets à François Adeline, notaire du canton sud pour dresser acte des dispositions prises par le citoyen Jean Lafosse, curé de la paroisse St Louis en faveur des nommés Agathe, Cécile et Antoinette. Nous sommes en l’an troisième de la république une et indivisible. Le citoyen Lafosse en un acte d’une longueur et d’une précision inhabituelles veut tenir la promesse faite à Pierrot :
« en considération des bons services
et de l’attachement que lui a constamment
témoigné le susdit Pierrot et pour procurer
à ce bon vieillard, la douce consolation de
voir avant sa mort, ses enfants jouir
du don precieux de la liberté. »
(…)
“pour m’acquitter et satisfaire à la fois la justice et l’humanité “
Cette requête a été demandée à l’assemblée coloniale l’année d’avant. Malheureusement, Pierrot est mort depuis. Vont être énuméré ensuite les différentes conditions du legs, A savoir surtout les soins à apporter finalement aux deux vieillards. Dans un premier temps, à Pierrot, le père esclave. Ensuite, à lui, Curé Lafosse le maître qui va les affranchir et qui se sent vieillir.Il va demander à Agathe et Cécile de comparaître devant le notaire pour leur demander si elles veulent bien rester auprès de lui . Elles se montreront alors d’un esprit exemplaire :

« ayant répondu qu’elles
étaient pénétrées de reconnaissance pour
le comparant leur bienfaiteur, qu’elles
regarderaient comme une nouvelle faveur
de sa part, s’il voulait bien leur permettre
de rester auprés de lui pour le soigner
dans ses infirmités, que c’était là l’usage
qu’elles avaient toujours cru faire de
leur liberté, qu’accoutumées à peu de
besoins, elles ne désiraient de la géné
rosité du comparant que ce qu’il croirait
lui même leur être nécessaire pour
avec le jour de leur travail pouvoir
subsister,sans courir risque de devenir
à charge de la colonie, si Dieu venait à disposer
de lui avant elle que puisqu’il leur était
permis de s’expliquer avec franchise, elles
le priait de convertir l’emplacement
situé proche la rivière St Etienne qui
leur destinait en un autre moins vaste
……. ».
Agathe et Cécile restent avec leur bienfaiteur et demandent même un terrain moins grand, pour ne pas s’éloigner du curé !
L’histoire est édifiante, mais pas tout à fait heureuse en sa totalité. Il n’ y a pas d’affranchissement heureux. Le Curé n’a pas les moyens d’affranchir toute la descendance de Pierrot . Ainsi, Pierre, père de Cécile a une trop nombreuse famille. Il le nommera tuteur de sa fille. ( ce qui a du être refusé par la municipalité, un esclave n’ayant aucun droits) Et lui, se nomme tuteur d’Antoinette, onze mois, fille de Cécile.Quel choix déchirant a été demandé à Pierrot au seuil de la mort, de distinguer parmi ses enfants, ceux qui méritaient la liberté!
« le bon vieillard
a jeté les yeux sur elle et a fixé son
choix (…) ses enfants qu’il attends
les secours que son grand âge exige. »
Le curé Lafosse va s’attacher dans l’acte que saisit d’une plume rapide et enlevée François Adeline à prévoir tous les cas de figure attachés à sa donation. Suivant le terrain choisi, suivant le départ de l’une ou des trois femmes, tout est passé au crible. Il prévoit aussi, la case de bois rond à bâtir, le poulailler, le linge, les marmites ,… et le financement des bâtis et les gages des affranchies dans toutes les situations , même s’il mourrait avant l’execution des présentes.
Et don suprême, le notaire et les témoins ont du sursauter à moins qu’il ne fussent habitués à ce singulier curé, il leur fait don de son patronyme :

« esclaves comme de fait et les affranchit
toutes trois, voulant que dés aujourd’hui
date des présentes, elles jouissent généralement
des droits et privilèges attachés au don
précieux de liberté, avec la faculté de prendre
son nom si mieux elles n’aiment en prendre
un autre qui efface tout vestige de leur
ancienne servitude “
Qu’est il arrivé ensuite ?
Le Père Lafosse, « curé des noirs » ,« dangeureux agitateur », sera condamné à être déporté en Inde pour ses idées abolitionistes.
Pour Agathe, Cécile & Antoinette, l’affaire est à………..suivre.
Sabine Noël
Recherches CNAOM, 2009
© Sabine NOËL.
TEXTES ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES







