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George Noël n’est pas souvent  convié aux délibérations données dans la Chambre du  Conseil supérieur.  Mais nous l’avons retrouvé lors de la séance du 17 juin 1713.
Ce jour là, une curieuse sentence va être prononcée contre les jeunes frères Maillot, Jacques, 17 ans et Antoine, 15 ans.  Accusés du vol d’un cochon, ils sont soumis à la peine infamante de l’exposition publique sur un cheval de bois.1

« De par le Roy

Et messieurs les directeurs  généraux de la Compagnie royalle des
Indes oricntalles de France dans lisle de Bourbon.

Délibération faite par le Conseil assemblé par ordre de Monsieur
le Gouverneur cejourd »huy dix-sept juin mil septcent treize avant midy.


Le Conseil assemblé, ayant examiné le procès fait contre les nommés
Jacques Maillot et Antoine Maillot, fils de Pierre Maillot, et
remarqué qu’il étoit probable que le cochon qu’ils avoient aporté de la
chasse apartenoit aux habittans, de plus veu la confrontation qu’il ce
coupent entre eux ; et ne pouvant entièrement découvrir la vérité du faict
sans apliquer les d. acqusés à la question. Nous avons, sur la semy-
preuve, condamné le d. Jacques Maillot, fils de Pierre Maillot, à estre mis
sur le cheval de bois, tenant en main un petit cochon, en presance des
habittans assemblés pendant lespace d’une heure, et Antoine Maillot
son frère d’assister le d. Jacques Maillot au cheval, et de demeurer le
temps que Jacques Maillot sera dessus

étant d’une grande conséquence que ces sortes de crimes soyent punis,
fait à St-Denis, dans la Chambre du Conseil, les d. jour et an que dessus,
et ont signé à l’original

Parat, Justamond, Simon Devaux, Jacques Béda, Guy Dumesnil,
George Noël, Joseph de Guigné, greffier de lisle de Bourbon ».

Cette sentence est sans nul doute la plus drôle de toutes celles que nous avons pu lire. Le gouverneur,  Pierre Antoine Parat  2  et toute la compagnie assemblée ont du passer un bon moment. Surtout Parat, devenu gouverneur alors qu’il se trouvait en escale à Bourbon et qui se verra poursuivi plus tard par des nuées de petits graviers aussi mystérieuses qu’impertinentes lors de chacun de ses mouvements 3. Cet arrêt vise là à mettre au pas tous ces colons indisciplinés qui ont pris l’habitude de se servir au milieu des troupeaux quasi sauvages dont la plupart  des bêtes ne sont pas marqués.
Il n’empêche que l’épreuve des deux frères a dû être bien mortifiante. Ils sont d’une fratrie de déjà 10 enfants, qui en comptera bientôt 13. Leur père dit  « le Fainéant » (peut être grâce à Antoine Boucher), leur apprit bien sûr la pêche, la chasse  et  sans  doute le braconnage.

L’histoire ne dit pas si le petit cochon écourta la peine des deux frères en s’échappant aussi vite qu’il avait été capturé.

Leur petite soeur Anne Marguerite a environ un an et demi. Elle est aussi une de nos ayeules.

Sabine Noël

1 : le « cheval de bois » consistait en une pièce de bois, taillée en arrête, posée sur des tréteaux sur laquelle devait se tenir le condamné. (Dictionnaire de l’académie française, 1762).

: Pierre Antoine Parat de Chaillenest,  fut gouverneur  de l’île Bourbon d’août 1710 à novembre 1715. En février 1715, il prendra une ordonnance punissant de peine de mort par pendaison quiconque, blanc ou noir, volerait ou détruirait animaux et plantations.

: in : Elie PAJOT (op. cit in Bibliothèque).

© S NOËL

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