Pitre Folio (1666-1714)

Né en décembre 1666 au milieu des fils d’or et d’argent que tissaient ses parents et ses grands parents.  De : «Pierre Folliot, ouvrier en soie, fils de Sébasien Folio et de Louise DUBIN » et de «Jacquine PICOU, fille de Joannes Pierre, maître ouvrier en soie et de Marie MOREAU ",(1) mariés en mars de la même année. De "Pierre Folio et de Jeanne Pigous, de la paroisse St Pierre-des-cors",(2) pour son contrat de mariage, tels qu’il les déclare. Né en plein âge d’or de l’industrie de la soie en Touraine, là où la cour depuis Louis XI en 1470, s’habillait et dormait dans des «draps» de soie. Pitre ou Pierre Folio, ou parfois écrit Fouliot (3) eut comme fées sur son berceau, des maîtres en soie, en passementerie et en rubans. Etaient-ils protestants puisque la réforme depuis le XVIe siècle imprégnait fortement ces corporations ? Furent-ils victimes du marasme économique dû à l’exil de ces mêmes huguenots, après la révocation de l’Edit de Nantes ? Il semble seulement que la famille Folio et leurs alliés disparurent aux mêmes dates des registres paroissiaux.(1)

Pierre s’exila pour des raisons peut être religieuses ou économiques ou par esprit d’aventure ou pour ces trois  raisons à la fois. Puisqu’il débarqua, en tant que flibustier, à Bourbon en 1699 d’un brigantin anglais, ce qui laisse place à toutes les suppositions.

Il a 29 ans, Il est riche, et peut acquérir rapidement six propriétés. Il se marie la même année. La promise, Françoise Cadet, amène elle, en communauté, son coffre et son lit «garny».

Pierre s’associe à son beau-père et ses beaux-frères pour cultiver des terres prés de la rivière des Galets. Mais les ouragans les découragent et les familles Cadet et Folio pensent à s’exiler à nouveau. On décide de partir  faire fortune aux  « Indes».

En 1707, les cases, les «bleds», les «noirs», furent vendus et on attendit le prochain bateau. Ce fut le Saint Louis en 1708. Mais Pondichery ne fut pas leur Eldorado. Le rêve des Indes tourna court, car ne devient pas "Nabab" qui veut. Françoise mourut, sans doute des fièvres de ce pays insalubre et Pierre repartit aussitôt avec ses deux filles, Françoise et Louise, pour l’île Bourbon. Son esprit d’entreprise ne faillit pas et il continua à investir, acheter et aider ses beaux-parents.

Pierre a décidé de refaire sa vie mais règle en parfait père, la situation de ses enfants. À ce moment, il habite chez Marie Vera,(4) grand-mère de sa femme et procède à l’inventaire de la succession de Françoise Cadet, en partage avec ses filles.

Celles ci seront parfaitement dotées et aligneront, plus tard, lors de leurs contrats de mariage, des « cassettes de bijoux » à faire mourir d’envie. Françoise épousera Pierre Auber en 1716 et Louise épousera Juan Fernandez Cazanove en 1723.

En 1710, Pierre Folio se remarie avec Brigitte Bellon, 16 ans, pour se rendre compte assez rapidement qu’il lui fallait mieux confier ses deux filles à leur grand-mère, Antoinette Nativel. Celle-ci rescapée de Fort Dauphin semble tout indiquée pour les éduquer. Elle parle anglais, malgache, dit-on et a une forte personnalité.

Brigitte et Pierre ne s’entendent pas, de notoriété publique. La différence d’âge est importante. Trois enfants naîtront, pratiquement tous les ans, Pierre en 1711, Jeanne en 1712, Marie Anne en 1713. Ce qui n’arrangea rien.

Pierre avait résisté aux dragons de Touraine et à ceux des océans. À Bourbon, une femme aura raison de lui. Plus tard, on retrouvera dans son inventaire après décès toutes ses armes à la maison, un fusil, deux pistolets, deux fusils boucaniers.

Pierre disparaîtra, mystérieusement, de désespoir, ou pire, dénonça-t- on, dans la nuit du 17 au 18 mars 1714, sur une plage, aux reflets d’or et d’argent.

Sabine NOËL

Remerciements à Hadrien pour sa complicité.

(1) Recherches dans les registres paroissiaux d’Indre et Loire d’Hélène SAVIN in : Bull. du CGB, n°36 , Juillet 1992, p.1024 .
C.RICQUEBOURG, Dictionnaire,..
(2) Recherches S.Noël, Anom.
(3) Recherches acte de Baptême d’Annie Holzman, via Claude Rossignol.

(4) Marie VERA, Veuve Pierre Nativel, précisément içi, apparaît au fil des actes, suivant l’oreille ou l’orthographe des scribes sous différents patronymes : VARAY, VARACH, VARAKA, pour devenir Thérèse SOA (SOU), SOLO ensuite. Elle fut dite aussi Marie de Fargin, des Matatanes d’où elle venait, et mourut en 1733, chez sa fille Louise, Veuve Cadet.(d’après les notes du Père Barassin).

© S NOËL

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