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George  NOËL et Catherine  Royer n’ont eu qu’une fille, Marianne, qui épouse en novembre 1723, un officier des vaisseaux, débarqué à Bourbon en 1722 :

Isaac Jean Rodier de Lavergne.

1-De Lorient à Bourbon
Son histoire se dévoile peu à peu, même s’il subsiste encore quelques mystères. Son âge nous est encore inconnu, comme son lieu précis de naissance. A ce moment de l’histoire, Il est seulement dit du Poitou.

Le Poitou et le pays d’Aunis / par N. de Fer -I.F. Benard (Paris)-1714

Au 18ème siècle, le Poitou est une province de seuils. « La province du Poitou est d’une assez grande étendue ; elle contient de longueur, de l’orient à l’occident, 48 lieues et de largeur, du midi au septentrion, 22 lieues. Elle est bornée, du côté de l’orient, par les provinces du Berry et du Limousin; du côté de l’occident, par la mer océane et le pays d’Aunis ; du côté du midi, par l’Angoumois et la Saintonge, et, du côté du septentrion, par l’Anjou et la Touraine. ».(1) Nous l’avons donc recherché de Saintes à Angoulême en passant par Châtellerault et Poitiers, sans oublier les îles. Quoi qu’il en soit, en tous ces lieux, le contexte est le suivant : le bilan des guerres de religion est très lourd économiquement là où la Réforme a séduit depuis longtemps une noblesse locale respectée. De nombreux hobereaux se sont appauvris et perdent leurs privilèges. Pour ceux de la religion réformée, l’émigration vers la Hollande et l’Angleterre prend de l’ampleur à partir de 1679. Elle s’accentue encore avec les dragonnades inaugurées en Poitou dés 1681 et la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Les gentilshommes huguenots qui sont restés finiront par rejoindre de gré ou de force, et souvent en seule apparence, la religion majoritaire.

A cette noblesse appauvrie, aussi bien catholique que protestante, et encore plus pour les cadets de famille sans espoir ni héritage, le service des armes est une issue évidente. Et c’est sans doute pour cela que nous retrouvons Isaac Jean Rodier de Lavergne, sergent à Lorient en 1721.

Pour être officier de marine, il faut être noble :
« il n’en sera reçu aucun s’il n’est gentilhomme, et sera  par eux rapporté des certificats de leur noblesse.» (Ordonnance du 15 avril 1689, Liv. VII, Tit.1, art Ier). Le ministre insiste auprés des intendants le 6 aout 1704 : « sa majesté souhaite que ce corps ne soit composé à l’avenir que de la meilleure noblesse de son royaume " (2)
Il faut aussi être «bon catholique», même si les exceptions sont notables. (Familles Duquesne, Gabaret…).
Les élèves officiers espèrent à la fois servir et faire fortune en gagnant du galon sur les vaisseaux de la Royale ou de la Compagnie des Indes. Ils ont souvent été décrits à terre, entre deux campagnes, comme désoeuvrés, turbulents, querelleurs, joueurs et coureurs de jupons. Ainsi, à Brest, ils s’amusent la nuit à murer les maisons, enlever les servantes, intervertir les enseignes, tirer l’épée… Dans leurs aventures océanes, ils devaient se révéler de tempérament, prêts à tout et n’ayant peur de rien.
Rodier de Lavergne est peut être de ceux-là.
Les troupes de marine sont commandées à terre par des officiers de terre et en mer par des officiers de marine. Colbert s’étant montré assez pragmatique  mais imprudent dans l’ordonnance de 1674.

Si parfois, suivant ses besoins, ou plutôt ses manques, la marine n’est pas très regardante ni sur les 8 quartiers de noblesse ni sur la religion (les huguenots s’engagent pour se protéger des persécutions), par contre, il faut de très nombreuses, épuisantes et parfois vaines campagnes pour obtenir du grade.

Engagé  à Lorient le 21 juillet 1721, Jean Rodier de Lavergne, sergent fait enseigne le 6 novembre, monte à bord du Saint Albin, navire de la Cie, le 6 décembre.

Curieusement, le registre tenu par Lestobec, représentant de la Compagnie des Indes à Lorient ne contient, pour lui, aucune des descriptions habituelles, à savoir en plus du nom, le surnom, l’origine, la demeure, l’âge, la hauteur,  la couleur des yeux et du poil .
Un seul prénom Jean a été retenu. Isaac est il trop connoté ? ( les protestants portaient souvent deux prénoms qu’ils utilisaient suivant le milieu où ils se trouvaient). Ni lieu d’origine, ni parents.

La ville de Lorient, est vouée par Colbert au commerce avec l’Orient et donc à la Compagnie des Indes Orientales, d’ou son nom. En 1721, les commissaires à la liquidation  de la Compagnie ont fait charger sur Le Rubis et le Saint Albin"des secours pour les deux îles (l’île Bourbon et l’île de France) qu’ils qualifiaient de "considérables" en marchandises, munitions, ouvriers et soldats… et un personnel nombreux…" (3)

Rodier de Lavergne, inscrit sur le registre de Lestobec, n’a pas été retrouvé  sur le Rolle du St Albin ni sur celui du Rubis.

Il est engagé à la suite de soldats d’une Compagnie franche, la Cie de Marion levée pour la garde de l’arsenal de Lorient pour le compte de la Compagnie des Indes.
Est il volontaire ou garde de la marine ? Le recrutement de classes de volontaires a lieu à peu prés  de 1670 à 1708. Il fallait là aussi, être noble, avoir plus de 14 ans et être nommé par le Secrétaire d’Etat à la marine. Ils suivaient la même formation que les gardes de la marine, en alternance à terre et sur les vaisseaux mais les officiers étaient destinés à la marine marchande et aux petites unités. Colbert a subsitué peu à peu à la formation par embarquement volontaire, celle des « gardes de la marine ». Dés 1683, trois écoles de gardes  existent à Brest, Rochefort et Toulon. Le choix  des élèves est effectué par le Roi, dans des listes préparées par les intendants de province. L’appartenance aux compagnies des gardes est très coûteuse car leur éducation incombe à leur famille. L’enseignement des jeunes recrues, de 15 à 18 ans, se fait de façon théorique d’abord et pratique ensuite sur les vaisseaux. Les jésuites leur apprennent l’art militaire, l’arithmétique, l’escrime, l’hydrographie, la danse, plus tard l’anglais, et encore bien plus tard à nager… A Rochefort, en 1688, on tente sans succès  de moraliser leurs ardeurs adolescentes par des messes obligatoires à la première heure du jour et des cours. En mer, ils n’ont ni commandement ni appointement, mais ont droit au « port-permis ». Il faut plusieurs campagnes sur les vaisseaux, où ils servent comme soldats, pour que les enseignes soient admis dans le corps des officiers. Le recrutement est majoritairement de l’Ouest (Bretagne) et dans le milieu de la mer ou bien celui de la Compagnie des Indes.

Garde de la marine

courtesy Ecole Navale

En 1665, Colbert impose un uniforme aux officiers de la Royale : justaucorps bleu, culotte et gilet rouges, écharpe de satin blanc, bas de soie cramoisie, feutre noir, souliers à talons rouges et à revers, chemise à manchettes et rabat de dentelles. Ont été interdits quelques passementeries et autres fanfreluches. Il s’agit d’être moins « précieux » qu’à la Cour et surtout d’attirer et de ne pas froisser les gentilshommes les moins fortunés. Ceux de la Compagnie des Indes ont un habit bleu, « le bleu qui est la couleur de Sa Majesté »(2). Mais il n’est pas certain que les simples enseignes aient eu le droit ou les finances pour le revêtir. Ils portent les cheveux longs et bouclés. Il y a un monde entre les deux corps,( la marine Royale et la marine marchande) mais pas forcément étanche. Tous rêvent de chance, de fortune et d’honneurs.

La frégate Le Rubis et le navire Saint Albin lèvent l’ancre en février 1722. Après une escale au Cap de Bonne-Espérance en août, ils arrivent seulement en octobre à Bourbon. Le voyage a été rude.

«Maltraités par le capitaine Lamarre & Grenier, les soldats et les passagers étaient «morts en très grande partie». «Vingt quatre seulement survivaient de la quarantaine de soldats pris à Lorient »(3)
Que sont devenus les soldats La Douceur, Tintamarre, Guillaume G dit Prêt à boire, Blondin dit Joli cœur, Yvon Le Brun dit Sans chagrin ? Le voyage a duré 9 mois. Isaac Jean a survécu. Ce n’est pas son premier voyage. Comme le montre son grade d’enseigne, il a dû faire déjà au moins une à deux campagnes. Ce n’est plus un officier "bleu", l’avancement se faisant en fonction des campagnes et de l’ancienneté ou de services exceptionnels. Il a probablement entre 25 et 30 ans.

Un an plus tard, le 9 novembre 1723 à Saint Paul, il épouse Marianne Noël. Elle a seize ans.

(à suivre… 2- De Bourbon à Rodrigue)

(3- De bourbon à Versailles)

Sabine NOËL

1 : MAUPEOU D’ABLEIGES, Gilles de, (intendant). -Mémoire concernant la généralité du Poitou, 1698.
2 : AMAN  J, 1976 (op. cit in Bibliothèque)
3 : ESMO,Jean, Journal de bord, cit. in LOUGNON A., 1957 (op. cit in Bibliothèque)

Remerciements à mes ami(e)s Bibliothécaires et généalogistes de Poitou, Saintonge, d’Angoumois, de Paris et de Bourbon qui se reconnaîtront. RDL nous a entraîné vers de nombreuses recherches et révélera peut être quelques surprises.

© S.NOËL

TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG

On a coutume de penser qu’aucune occupation privée  n’ était possible sur la réserve des 50 pas du Roi, dite plus souvent des pas géométriques. Et pourtant, en novembre 1789 et janvier 1790, Jacques Michel Ricquebourg,capitaine des milices coloniales et commandant au quartier St Paul, se voyait accorder de s’ établir provisoirement sur celle ci.

La réserve des pas du Roi a été consacrée par l’ordonnance sur la Marine de Colbert d’ aout 1681qui définit le domaine public maritime . Jusque là, ce domaine public maritime était régi par les règles établies par l’empereur romain Justinien. Colbert reprend la définition donnée par les Institutes à savoir « tout ce que la mer couvre et découvre et jusqu’où le grand flot de mars peut s’ étendre sur les grèves ».

Cependant il existait une règle en vigueur dans les isles françaises d’ Amérique, celle des 50 pas du Roi. Dans une lettre adressée au ministre de la Marine, Colbert, le gouverneur de Baas énonce le 8 février 1674, les cinq raisons de l’ existence de ces 50 pas. A savoir: la première a été de rendre plus difficile l’abord des isles ailleurs que dans les rades car 50 pas de terre en bois debout très épais et difficiles à percer est un grand empêchement contre les descentes d’ ennemis; la deuxième est qu’il faut un espace réservé pour l ‘édification de fortifications car autrement les habitants auraient pu demander des dédommagements; la troisième est que chacun doit avoir un passage libre vers la mer afin d’ éviter procès et querelles en raison des clôtures qui auraient été édifiées; la quatrième est de donner moyen aux capitaines des navires qui viennent aux isles d’aller couper du bois dans les 50 pas pour leur nécessité sans cela les habitants ne leur permettraient pas d’ en prendre qu’en payant ; la cinquième « et la plus essentielle est celle de donner moyen aux artisans de se loger car ils n’ ont aucun fonds pour acheter des habitations et qu’ils n’ ont pour tout biens que leurs outils pour gagner leur vie. On leur donne aux uns plus aux autres moins, des terres pour y bâtir des maisons mais c’ est toujours à condition que si le Roi a besoin des fonds sur lesquels ils doivent bâtir, ils transporteront ailleurs leurs bâtiments. Or sur ces 50 pas sont logés les pêcheurs, maçons,charpentiers….personnes nécessaires au maintien des colonies »

Colbert consacre donc la réserve des 50 pas du Roi en 1681. Un pas variant de 2,5 à 3,5 pieds selon les époques. Cette bande de terre est en conséquence insusceptible d’ appropriation et occupation privée sauf finalement en raison de motifs d’ utilité publique. Elle correspond aujourd’hui à 81,20 m à compter de la limite des plus hautes marées car cette réserve existe encore et suscite toujours autant de conflits.

Jacques Michel Ricquebourg, en novembre 1789 et janvier 1790, reçoit  de David Cossigni, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, maréchal des camps et armées du Roi, commandant pour Sa Majesté à l’ile Bourbon et de Pierre Ratier Duvergé, commissaire général des colonies, ordonnateur à l’ile Bourbon, présidant le conseil supérieur de la dite ile, la permission de « s’établir sur les pas géométriques » et plus précisément au Repos de la Leu, « à prendre depuis l’ endroit appellé la pointe de Bagatelle jusqu’à celle de Henri Hibon ou la grande pointe » ainsi que sur ceux qui se trouvent « entre le Grand Chemin et le bord de la mer, la Ravine de la fontaine et le mur qui en forme le vivier fait par le sieur Pignolet » .

Pour ce faire, JM Ricquebourg a adressé deux requêtes les 12 février 1788 et 26 juin 1789, accompagnées des plans des lieux. Ces requêtes ont reçu l’appointé en accordé de Cossigni et Ratier Duvergé en bas de page. Puis l’arpenteur du Roi a donné son avis.
Qui était donc Jacques Michel Ricquebourg pour susciter une telle faveur ? Fils de Jean-Baptiste (1701-1788) et de Elizabeth Baillif (1705-1787) , il était une autorité militaire (capitaine des milices et commandant au quartier de St Paul) ce qui explique, qu’en l’occurrence, on lui ait accordé ces autorisations. L’on peut en effet supposer qu’il avait à cœur de défendre la population qui lui était confiée, d’éventuels ennemis venant de la mer.

Pour notre famille, Jacques Michel Ricquebourg était le cousin germain de Marie Baillif ( 1728-1799) épouse de Louis Noël ( 1714-1791) mais aussi pour ceux qui nous suivent régulièrement,  le grand père de François Ricquebourg Chambrun et l’arrière grand père de Marie Françoise Delphine, une de nos trisaïeules. De même il était le cousin germain de Marie Heleine Macé et de Joseph Ricquebourg, nos mariés de l’article  : Deux mariages et une ratification.

Avec ces permissions, n° 314 et 322,le sieur Ricquebourg pourra «sauf le droit d’ autrui, cultiver, établir et jouir provisoirement » de ces terrains situés sur les pas géométriques, « dans laquelle jouissance il ne pourra être troublé que pour les besoins du service, auquel cas il sera obligé de déguerpir sans pouvoir prétendre à aucune indemnité ».

Ces permissions seront enregistrées au bureau de l’arpenteur du Roi et au greffe du tribunal terrier.

A quels usages le requérant destinait il ces lieux ? « Servir d’ entrepôt aux productions de son habitation » ainsi que l’expose sa requête.
Motif qui ne semble pas essentiellement d’ utilité publique sauf si ces productions étaient nécessaires à l’approvisionnement de la colonie !
Mais, comme l’exprime bien ces autorisations, si les besoins du service du Roi l’exigeaient, l’intéressé  était  tenu de déguerpir sans pouvoir prétendre à aucune indemnité.

Laurence NOËL

© S & L NOËL

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