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" Etonnants voyageurs !
Dites, qu’avez vous vu ? "

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’oeil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :

«  Amour… gloire… bonheur ! Enfer ! c’est un écueil !


Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin. "

Pierre  et George  Noël arrivent  l’un après l’autre sur l’Île Bourbon. Le premier en 1701 de l’île Saint Christophe, dans les Antilles, l’autre comme nous l’avons vu, de Londres en 1704.

Ils ne se déclarent  pas de parenté. Ils ont une vingtaine d’années de différence. Ils ne sont pas « frères de la côte ». Ils ont en commun de venir  tous deux d’une île et d’avoir fait souche à l’autre bout du monde dans une autre. Ils sont tous les deux flibustiers.

Pierre, "créole blanc", français, a passé une partie de sa vie dans la violence des guerres qui secouent les Antilles, et dans celle de l’âge d’or de la flibuste. Ses ancêtres pouvaient être de Dieppe ou de Honfleur. Huguenots, de la côte Atlantique ou bien des 36 mois. Quoi qu’il en soit, ils finirent par êtres délogés par les Anglais en 1689 et déportés, familles séparées vers la Martinique, la Guadeloupe et Saint Domingue. Peu revinrent.  Pierre, lui, traversa  l’atlantique, doubla le cap de Bonne Espérance et remonta vers la côte de Malabar.

 

 

 

 

George a pu être pris, comme bien des marins, à la « presse » dans une  de ces tavernes des quais bordant la Tamise. Une de celles qu’affectionnait Daniel Defoe, un pub qui sentait le gin, la mélasse, l’aventure, le gibet et les épices. Londres était sale, dangereuse, les ruelles étroites, les garnis sinistres, le régime instable. Alors, on pouvait avoir envie de larguer les amarres, face aux vaisseaux battant tous pavillons sur les quais surchargés. On pouvait aussi rêver, en lisant les récits de voyages trés populaires de Dampier ou en écoutant un de ceux qui en revenait, d’émeraudes, de calicot, de soie, de chinz, de porcelaine ou de thé. De Surate, Madras, Bombay ou de Calcutta, parfois même de Chine. Il y eut aussi quelques voyages scientifiques, sur des vaisseaux en mauvais état, faciles à capturer. Certains aventuriers partaient tester en mer les horloges marines que le roulis et l’humidité affolaient. George fut probablement de ceux là, sur la marchande ou la Royal Navy. D’autres traçaient des cartes ou portulans  aussi précieux qu’un secret d’état. Le voyage des Indes était interminable (jusqu’à deux ans) et beaucoup de marins en mourraient.  Mais l’East India Cie proposait des avances sur salaire et des profits sur la cargaison.

 

Pierre fut retenu prisonnier  un temps suffisant pour parler parfaitement la langue des indigènes, sur la côte du Natal, la bien nommée pour Noël. Découverte un 25 décembre par Dom Vasco de Gama, premier navigateur européen à avoir ouvert la route des Indes en contournant l’Afrique, elle lui doit son nom.

Pour Pierre, nous ne retiendrons pas les propos de Boucher. Ce dernier le soupçonne en effet d’avoir détourné, aux dépens de la colonie, la ceinture  remplie de sequins vénitiens

de Pitre Nape, autre flibustier installé chez lui, dont il hérite. Il en devient forcément "quereleur". Il demandera, sans succès à rejoindre Pondichery. Mais, pour lui, il est trop tard pour les départs. Pierre mourra à Bourbon.

 

Pierre et George ont du résister tous les deux aux tempêtes et aux calmes plats. Aux Anglais pour l’un, aux Français pour l’autre. A la chaleur et à l’humidité. Aux fièvres, aux blessures, à la dysenterie et au scorbut. Aux pillages et aux abordages. A la faim et à la soif. A l’eau croupie et aux vermines. A la peur, aux chagrins et à l’exil. A la promiscuité et à la solitude. A l’or, au rhum et aux dés.

Ils naviguèrent sur  des flûtes tels  "The Revenge" (La Revanche) ou "The Defiance" (Le Défi), avec des compagnons de toutes races et de toutes nations qui défiaient les océans et réinventaient un monde solidaire, démocratique et libre dans leurs bases de Madagascar, des Comores ou des Mascareignes. Leur destin fit qu’ils posèrent  un jour leur coffre dans une île de l’Océan indien tout à fait apte et prête à les retenir.

Quelques années plus tard, Georges, fils de George épousera Thérèse, fille de Pierre. Ils avaient exactement le même âge, bien assorti. Ils vécurent à Saint Paul où ils ne firent pas parler d’eux.

" Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe
Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! "
Charles Baudelaire
(extr. du poème " Le  Voyage"  in :  Fleurs du mal")

Sabine Noël

Un joyeux Noël à tous les Noël sur toutes  les mers du monde, içi ou là

On parle d’eux  bas

Remerciements à Howard PYLE, pour ses illustrations de flibustiers, ca.1885.

© Sabine Noël TEXTE ET DOCUMENTS SOUMIS A L AUTORISATION DES AUTEURES

 

 

 

 

 

Huile sur toile, attribué à Rudolph Backhuyzen, 17 ème siècle

Noël, 1672 à bord du navire "le Barbaut"

"(…) nous passames une mer nommée Sargasse. Cette mer est remplie d’herbages & en des endroits si fortement que l’on a peine de voir l’eau. Ces herbages empêchent un vaisseau  de faire beaucoup de chemin. Il est bon d’éviter d’y passer, nous fûmes contraints de le faire à cause des vents d’Est & Sud Est qui nous y jetterent & que nous rencontrâmes un peu après avoir passé la ligne (équinoctialle). On doute si ces herbages prennent racine au fond de la mer où si elles sont poussées en cet endroit par les vents et les Marets. Ces herbes sont jaunes, aux branches desquelles il y a des feüilles faites comme corne de Cerf, & des grains approchans de façon de petit raisin. Apres avoir passé ces herbages, nous continuâmes notre routte assez heureusement jusques au 26. Decembre lendemain du jour de Noel, où estant à la hauteur & par le travers des Isles des Assores, & sur les huit heures du soir il s’éleva un foudre de vent si vehement, que nos voiles furent emportées, & une partie de nos manœuvres rompuës, ainsi démontez de ces choses sans pouvoir remédier pour notre sauveté,  à cause de la continuation d’une des plus furieuses tempêtes que jamais Navires ayant trouvé à la mer. Nous laissâmes aller notre Vaisseau à la mercy de Dieu, de la mer, des vents, & des orages ; Nos plus hardis Navigateurs furent les premiers qui témoignèrent l’appréhension qu’ils avaient de la mort, que nous voyons comme inévitable, c’est pourquoi on résolut d’implorer l’assistance Divine, & de demander à Dieu ce qu’il nous était nécessaire dans le present besoin où nous étions, par l’intercession de Sainte Anne, mère de la Vierge, & fîmmes un vœu général à cette glorieuse Sainte Protectrice des pauvres Navigateurs, dont les miracles fréquents sont assez connus. Nos prières faites, nous connûmes une favorable  assistance du Ciel, & la tempête diminua un peu. Nous fûmmes quatre jours & quatre nuits ainsi exposés à la mercy  des Elémens, sans pouvoir manœuvrer notre Vaisseau."

In :  " Les Voyages faits par le sieur D.B "

Recherche & transcription Laurence Noël

(Remerciements pour l’iconographie à Philippe Lafon)

© S & L NOËL  TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES

Agathe, Cécile & Antoinette ont donc été affranchies  en 1794  par le curé Lafosse. Elles sont agées  alors respectivement de  50, 18, et environ un an. Ce qui correspond bien aux recensements du Curé Lafosse en 1782 et 1788. On y retouve aussi Pierre, frère d’Agathe et père de Cécile.

Elles n’ont pas pris, (ou pas pu prendre) le patronyme du curé. Mais, comme beaucoup d’ affranchis  d’avant l’abolition, elles seront désignées par le prénom de la mère-affranchie, qui devient matrilinéaire. L’emplacement de quarante gaulettes qu’elles ont eu en donation commune est situé prés de la Chapelle du Rosaire. On se souvient,  Lafosse avait  tout prévu :

"une case en bois rond, surmonté d’un magasin, plus une cuisine et un poulailler, des animaux pour élever, le linge, la vaisselle, les marmites et les outils necessaires." Les affranchies étaient donc bien pourvues. Ont elles réussi  ensuite, avec leur pécule et ou à force de travail  à affranchir ou à aider Pierre, sa femme  et sa nombreuse famille ? Nous notons seulement que Pierre n’est plus mentionné sur les recensements  du Curé Lafosse en 1812. Et pour le pécule, la suite deviendra judiciaire.

Car, hélas, leur bien aimé bienfaiteur meurt en 1820.

Tout ne semble pas se passer pour le mieux. Antoinette et Cécile se voient obligées de sauvegarder leurs intérêts. Elles nomment pour procureur général et spécial Elécie Hoarau, huissier. Il est chargé de lever l’expédition de leur acte d’affranchissement chez le notaire et de parvenir au règlement  des sommes dues à elles  mêmes et à leur tante Agathe, dont elles sont héritières. Et ce auprès d’Alexandre Lucas, exécuteur testamentaire et de Silvain Pinard légataire du sieur Lafosse.

l’histoire de ce terrain et des Cécile continue à s’écrire, dix huit ans plus tard. L’emplacement  donné est bien le même, prés de la Chapelle du Rosaire. Il est  toujours de 40 gaulettes de long sur 20 de large.

Cécile a-t-elle été heureuse ?  en tout cas, elle  eût beaucoup d’enfants. Sont présents en mars 1835, lors de la vente de ce terrain :

1°) Demoiselle Antoinette Cécile 2°) Louis Cécile 3°) Fanchin Cécile, 4°) Pierre Cécile, 5°) Sophie Cécile, 6°) Olimpe Cécile, 7°) Tarsile Cécile, 8°) Eloise Cécile,  9°) Suzette Cécile tous les neuf propriétaires de la moitié de ce terrain provenant de la donation faite par M. Lafosse, ancien curé de la paroisse St Louis à leur mère Cécile, l’autre moitié étant à Antoinette, fille de Cécile. Nous  retrouvons en témoin de l’acte leur précédent homme de confiance, Elecy Hoarau. Une seule infime partie de ce terrain sera préservée de la vente en faveur des enfants mineurs. Ils viennent de vendre à un spéculateur  foncier qui s’applique  à faire fortune à St Louis.

(à suivre)

Sabine NOËL

Recherches CNAOM, Aix-en-Provence,  2009

© S  NOËL  TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES

Voici une moisson de prénoms glanés au cours de mes pérégrinations aux ADR.

 

Athanasie, Astellie, Argine, Apollonie, Ascélie, mais aussi
Thérèse Vitaline, Généreuse, Emélégède,

Bazilique, Célérine, Bertilde, Prudence, Solitaire, Quartille, Aubierge, Emélie, Félixienne et Tranquille et puis carrément étrange Armélagille (LAURET1813)

Marÿ Hurlutette …(HOARAU, an 13) et Marÿ Armoisine (encore une HOARAU toujours en l’ an 13).

Du côté des garçons, c’ est aussi pas  mal :

Oldéric, Cresseant ou Crescent, Furcy, Déroncé, Eslien, Wolcenay, Docité,  Calvin, Silver, Belony, et puis Prudent, Joyeux, Pacifique.
J’ aime Garnisson, Damas, Oldé ainsi que Oldéric !
Nos aïeux avaient de l’ imagination ! et les officiers de l’ état civil étaient moins « administratifs ».

Ces prénoms inhabituels sont aussi une forme de "trésor" du passé !

Laurence Noël

L’histoire des prénoms est toujours intéressante en généalogie.

Ils nous ont souvent servi de fil d’Ariane, pour confirmer nos « intuitions ». Au tout début, en attente  des actes  d’état civil, la transmission   de  prénoms identiques de père en fils  nous a permis de les  relier au Ricquebourg. Cela s’est révélé tout à fait juste ensuite, à la lecture des registres ; les prénoms des enfants de « père inconnu » ont parfois aussi donné bien des pistes concordant avec leur filiation (à suivre).

Quand aux prénoms devenant des patronymes, à l’histoire bien plus complexe, vous pourrez en découvrir quelques uns au fil de ce blog.

Sabine Noël

© S & L NOËL  TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES

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