Pitre Folio (1666-1714)

Né en décembre 1666 au milieu des fils d’or et d’argent que tissaient ses parents et ses grands parents.  De : «Pierre Folliot, ouvrier en soie, fils de Sébasien Folio et de Louise DUBIN » et de «Jacquine PICOU, fille de Joannes Pierre, maître ouvrier en soie et de Marie MOREAU ,(1) mariés en mars de la même année. De “Pierre Folio et de Jeanne Pigous, de la paroisse St Pierre-des-cors”,(2) pour son contrat de mariage, tels qu’il les déclare. Né en plein âge d’or de l’industrie de la soie en Touraine, là où la cour depuis Louis XI en 1470, s’habillait et dormait dans des «draps» de soie. Pitre ou Pierre Folio, ou parfois écrit Fouliot (3) eut comme fées sur son berceau, des maîtres en soie, en passementerie et en rubans. Etaient-ils protestants puisque la réforme depuis le XVIe siècle imprégnait fortement ces corporations ? Furent-ils victimes du marasme économique dû à l’exil de ces mêmes huguenots, après la révocation de l’Edit de Nantes ? Il semble seulement que la famille Folio et leurs alliés disparurent aux mêmes dates des registres paroissiaux.(1)

Pierre s’exila pour des raisons peut être religieuses ou économiques ou par esprit d’aventure ou pour ces trois  raisons à la fois. Puisqu’il débarqua, en tant que flibustier, à Bourbon en 1699 d’un brigantin anglais, ce qui laisse place à toutes les suppositions.

Il a 29 ans, Il est riche, et peut acquérir rapidement six propriétés. Il se marie la même année. La promise, Françoise Cadet, amène elle, en communauté, son coffre et son lit «garny».

Pierre s’associe à son beau-père et ses beaux-frères pour cultiver des terres prés de la rivière des Galets. Mais les ouragans les découragent et les familles Cadet et Folio pensent à s’exiler à nouveau. On décide de partir  faire fortune aux  « Indes».

En 1707, les cases, les «bleds», les «noirs», furent vendus et on attendit le prochain bateau. Ce fut le Saint Louis en 1708. Mais Pondichery ne fut pas leur Eldorado. Le rêve des Indes tourna court, car ne devient pas “Nabab” qui veut. Françoise mourut, sans doute des fièvres de ce pays insalubre et Pierre repartit aussitôt avec ses deux filles, Françoise et Louise, pour l’île Bourbon. Son esprit d’entreprise ne faillit pas et il continua à investir, acheter et aider ses beaux-parents.

Pierre a décidé de refaire sa vie mais règle en parfait père, la situation de ses enfants. À ce moment, il habite chez Marie Vera,(4) grand-mère de sa femme et procède à l’inventaire de la succession de Françoise Cadet, en partage avec ses filles.

Celles ci seront parfaitement dotées et aligneront, plus tard, lors de leurs contrats de mariage, des « cassettes de bijoux » à faire mourir d’envie. Françoise épousera Pierre Auber en 1716 et Louise épousera Juan Fernandez Cazanove en 1723.

En 1710, Pierre Folio se remarie avec Brigitte Bellon, 16 ans, pour se rendre compte assez rapidement qu’il lui fallait mieux confier ses deux filles à leur grand-mère, Antoinette Nativel. Celle-ci rescapée de Fort Dauphin semble tout indiquée pour les éduquer. Elle parle anglais, malgache, dit-on et a une forte personnalité.

Brigitte et Pierre ne s’entendent pas, de notoriété publique. La différence d’âge est importante. Trois enfants naîtront, pratiquement tous les ans, Pierre en 1711, Jeanne en 1712, Marie Anne en 1713. Ce qui n’arrangea rien.

Pierre avait résisté aux dragons de Touraine et à ceux des océans. À Bourbon, une femme aura raison de lui. Plus tard, on retrouvera dans son inventaire après décès toutes ses armes à la maison, un fusil, deux pistolets, deux fusils boucaniers.

Pierre disparaîtra, mystérieusement, de désespoir, ou pire, dénonça-t- on, dans la nuit du 17 au 18 mars 1714, sur une plage, aux reflets d’or et d’argent.

Sabine NOËL

Remerciements à Hadrien pour sa complicité.

(1) Recherches dans les registres paroissiaux d’Indre et Loire d’Hélène SAVIN in : Bull. du CGB, n°36 , Juillet 1992, p.1024 .
C.RICQUEBOURG, Dictionnaire,..
(2) Recherches S.Noël, Anom.
(3) Recherches acte de Baptême d’Annie Holzman, via Claude Rossignol.

(4) Marie VERA, Veuve Pierre Nativel, précisément içi, apparaît au fil des actes, suivant l’oreille ou l’orthographe des scribes sous différents patronymes : VARAY, VARACH, VARAKA, pour devenir Thérèse SOA (SOU), SOLO ensuite. Elle fut dite aussi Marie de Fargin, des Matatanes d’où elle venait, et mourut en 1733, chez sa fille Louise, Veuve Cadet.(d’après les notes du Père Barassin).

© S NOËL

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Hello, old chap,

Et bien, vieux pirate, cela fait maintenant deux ans que tes petites, toutes petites filles, ont décidé d’ouvrir un blog en ton honneur et en celle de ta descendance! J’ai lu avec attention les différents articles de ce blog et je suis en admiration devant le travail accompli durant ces deux années : avec quelle ténacité et quel amour, les auteurs essaient d’en apprendre toujours davantage sur toi ! Aussi vais-je essayer, de mon côté, d’apporter ma contribution pour fêter ce deuxième anniversaire.
De même que tu as été un proche de John Bowen, de mon côté, j’avais l’oreille d’Olivier Levasseur. Aussi vais-je te parler d’une chose qui, à son époque, ne se disait qu’à voix basse, car personne, hormis moi , n’en connaissait le secret. D’un autre côté je pense que l’excellent travail accompli par Laurence et Sabine mérite récompense. Toutefois, je n’ai pas l’intention de révéler quelque secret mais parlerai simplement de ce que j’ai ouï dire.
J’ai donc été un des compagnons de “La Bouche”! Pourquoi ce sobriquet ? : Il manipulait les bouches à feu avec une dextérité et une rapidité déconcertantes !
Mais il était plus connu sous le nom de “La Buse”car, comme un rapace, il savait fondre avec audace sur sa proie lorsqu’il montait à l’abordage, jetant l’effroi parmi ses adversaires.
Je ne reviendrai pas sur l’ambiance et la moralité qui régnaient à bord : nous étions des “PIRATES” avec nos propres lois et nos coutumes et ce n’est pas à toi, old chap, que je vais le rappeler.
Nous avons sillonné la plupart des mers mais, en dernier l’Océan Indien avait notre prédilection.Nous le connaissions jusqu’au moindre îlot et étions toujours prêts à nous prévenir d’une attaque ! Des cachettes, il y en avait partout et plus d’un d’entre nous y a mis en sécurité magots et autres trésors.
Et c’est dans une de ces îles, qu’un jour, à la tombée de la nuit, Levasseur ordonna à un de ses hommes de le suivre discrètement. Tous deux, étaient armés de fusils et de pistolets. Ils emmenèrent avec eux deux prisonniers qui eurent pour mission de hisser à dos de mulets plusieurs caissettes ainsi que des outils de terrassement, puis les quatre hommes, dont deux portaient des torches, s’enfoncèrent dans la forêt !
Je ne revis La Buse que dans la journée du lendemain : il m’adressa normalement la parole. De mon côté, connaissant son caractère soupçonneux, j’évitai, par prudence de lui poser des questions. Toutefois, je connaissais bien son complice : c’était un homme d’une fidélité à toute épreuve suer lequel, donc, on pouvait compter, mais il avait pour défaut de s’adonner à la boisson.Un jour, je rencontrai “le Portugais” (c’était la nationalité de l’homme en question) dans un tripot au bord de la plage. Après avoir ingurgité moult calebasses de rhum, il se laissa aller à faire quelques confidences mais sa conversation était presque incompréhensible car il mélangeait facilement toutes les langues, de plus sa voix était un peu inaudible. Toutefois, il insista plusieurs fois sur le mot “Cruzeiro do Sul”: il s’agissait, sans nul doute, de la Croix du Sud, constellation dont l’étoile fixée à la base du plus grand bras, guide les navigateurs vers le Pôle Sud! Il semble donc qu’il y avait un lien permettant de cibler la cachette du trésor de La Buse par rapport à la position de cette constellation ; le tout était de savoir s’en servir et à quelle heure ! C’est ce qui explique que l’opération d’enfouissement eut lieu de nuit et que Levasseur et son complice ne sont revenus que le lendemain et…seuls ! Quelques jours plus tard, des débris humains, dont la tête du Portugais, furent retrouvés à l’embouchure du fleuve, non loin de notre camp de fortune, là où requins et crocodiles ont pour habitude de se livrer des combats féroces pour la plus grande joie des “parieurs”.Mort naturelle à la suite d’une ènième beuverie, peut-être, sinon Quid !?
Après la mort mystérieuse de son complice, La Buse prit du repos forcé, attendant une occasion propice pour pouvoir jouir de sa fortune dans un coin plus hospitalier, mais la suite est connue : l’arrestation puis la pendaison.
Après l’exécution de Levasseur, plus rien ne m’empêchait d’aller moi-même mettre la main sur cette fortune inespérée mais, par les cornes du diable, la Providence ne m’en laissa pas le temps et le mystère jusqu’aujourd’hui reste entier! D’autre part, l’endroit supposé a déjà fait l’objet de plusieurs secousses sismiques. Il n’y aura donc plus personne pour révéler l’endroit approximatif et puis il y a déjà eu trop de victimes pour le retrouver! Pourquoi en rajouter?
Ce que je peux affirmer, cependant, c’est que beaucoup se trompent quant au lieu. Personne, durant son interrogatoire, n’a pu soutirer à La Buse le moindre renseignement et le cryptogramme lancé à la foule n’a été qu’un leurre. Toutefois, une seule personne semblait posséder quelques renseignements à ce sujet mais n’en connaissait pas l’essentiel. De qui les tenait-il? Peut-être du Portugais car, tout comme ce dernier, Juan C…. était un “ibérique”!
Ce personnage que tu connais fort bien,et pour cause, s’était fait une place au soleil à Bourbon où il était à la tête d-une entreprise de transport par voie maritime. 
Juan C…. connaissait toute la région et peut-être a-t-il entrepris des recherches pour retrouver le trésor de La Buse, nous ne le saurons jamais car il mourut de mort mystérieuse à Palacol, Comptoir hollandais de l’Inde.
Old chap, tu diras à tes arrière-arrière petites filles, qu’elles ont su faire le bon choix en dirigeant leurs recherches de ton côté plutôt que vers quelque chose d’introuvable ! Comme je sais qu’elles sont tellement attachées à leur île, je leur fais cadeau de ces quelques révélations ; qu’elles sachent bien, toutefois, que leur vrai trésor, c’est leur magnifique blog.

ton compère:

VENT DE NOROIT

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De John à George, et du développement très très durable (1704/1928/1960 )

Les archives mènent à tout : de l’enquête policière au développement durable, j’en ai eu encore un exemple ce matin.

Habituellement, hors le cadre d’une recherche précise, j’extrais les documents de leur boite au fur et à mesure de leur rangement jusqu’à ce qu’un nom attire mon attention et la retienne.

Ce matin, les noms de Royer et Baillif me font m’arrêter sur un contrat. Il s’agit d’un contrat de vente de Guy Royer à Etienne Baillif du 29 octobre 1704 ; Dans la marge de cette convention il est écrit  « John NOEL ». Ce script est particulier: il y a en effet comme un doublement du L qui se terminerait en une cédille. Cette curieuse façon d’écrire Noël, je l’ai déjà vu sur un acte ultérieur de George Noël.

George aurait il d’abord été John ?

Des indices : George est arrivé en Avril 1704, le contrat est d’octobre 1704 et le vendeur Guy Royer est son beau-père depuis un mois.

Il y a-t-il eu, en cet acte une mauvaise interprétation due à la langue anglaise ? Le corps de l’acte ne donne aucune indication quant à ce «  john ».

Alors …

Mais ce document est aussi source d’autres considérations, à savoir le développement durable. Et j’oserais écrire très très durable. En effet, pour des raisons économiques lointaines mais qui pourraient être de la même nécessité aujourd’hui, les documents des ADR ont été enveloppés de chemises fabriquées dans d’autres documents. Et, c’est ainsi que cette convention de 1704 a été enveloppée dans un papier émanant du receveur de Bois de Nèfles, en 1928, intitulé « Travaux en régie à la tâche », puis dans un second intitulé « dépenses/recettes » du 27/02/1960.

De 1928 à 1960, où a-t-on vu un recyclage papier d’une telle durée ? Et merci , grand merci à toutes ces personnes qui ont veillé à ne pas gaspiller le papier. Grâce à elles, sur ces papiers destinés, je le suppose, au pilon, on peut voir qu’un descendant Noël, de George ou John ?  a émargé en 1928 au titre des travaux en régie. Il s’agit d’Emmanuel Noël, au titre d’approvisionnement de « menues pierrailles ».

Alors grand merci au personnel des ADR, passé et présent !

Laurence NOËL

St Denis, septembre 2011

©  L NOËL

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Pour les deux ans du blog,  et quelques centaines d’ années d’anniversaire de l’installation de George Noël à l’Ile Bourbon, voici son contrat de mariage avec Catherine Royer.

Il ne nous apprend pas grand chose de plus, mais peut mettre définitivement fin aux erreurs concernant le patronyme de la mère de George Noël. Car, une erreur se répète régulièrement, içi et là.  Il ne s’agit pas d’Anne REBEQUE, mais de Rebecque NOËL, un “dame” ayant été interprété et recopié comme “Anne”.

“Aujourd’huy, vingt troisième aoust mil sept cent quatre ont comparu devant nous Antoine Boucher, secrétaire établi pour la Royale Compagnie des Indes oriantales de France en l’Isle Bourbon, les nommés George Noël, fils de Thomas et de  Rebecque  ces père et mère natif de la ville de Londres en Angleterre, demeurant dans cette Isle dans la paroisse de St Paul d’une part , et Catherine Royer fille de Guy Royer et de Catherine Bellon ces père et mère native de l’Isle de Bourbon paroisse de St Paul d’autre part entre quelles parties est convenu les faits de mariage, ….”

Le contrat de mariage est succinct. Aucun bien n’est décrit, ni inventorié. La communauté de biens restera par moitié au dernier vivant et par moitié à ses enfants, si l’un des deux mariés est amené à disparaître avant l’autre. Catherine, ne sachant signer est représentée par le Sieur de St Germain et ses parents par Jacques Béda et Ellye Le Breton, deux de leurs gendres.

Dans ce registre, tenu par Antoine Boucher, l’acte suivant concerne la donation d’un terrain à la montagne, d’Antoinette, “Thoinette” Arnaud ( le patronyme est écrit par trois fois dans l’acte Renaud), à la jeune Catherine, 13 ans, sa petite fille.

Quelques jours plus tard, sera enregistrée la donation  des parents Royer à Simon Deveau, leur beau fils.
“l’emplacement d’une maison sur les roches borné d’un bois de senteur par en bas et d’en haut d’un benjoin”  en échange de l’emplacement sur les sables  qu’il délaisse au profit de George Noël, s’il devient bien le mari de Catherine.

Ce qui fut dit fut fait, puisque dés le 11 septembre, George, le “prétendant” , devenu mari le  9  , troquera” cet emplacement contre celui d’Elyye Le Breton, toujours sur les Sables de St Paul. Ce dernier gendre ayant reçu, par ailleurs, aussi une habitation à la montagne pour le gratifier de “longs et pénibles travaux” réalisés chez ses beaux parents. Guy , “L’ Eveillé”, retient ses gendres dans un maillage complexe et efficace.

L’habitation de George se trouvera donc à la suite de ce double échange au n° 16 sur le plan de Champion.

Sabine NOËL

Tous les articles concernant George sont classsés dans la rubrique George Noël  et/ou Famille Noël.
Un index chronologique, interrogeable en clicquant sur chaque titre, se trouve aussi en bandeau du blog.
de même pour les mots surlignés ou colorés qui vous renvoient vers d’autres pistes. Bon voyage.

© Sabine NOËL

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L’été est propice aux récoltes et aux moissons. Et s’enfermer aux Archives, c’est aussi plus facile en cas de pluies et de mistral.

Alors, une ou deux perles rencontrées içi ou là au gré des rédacteurs et autres secrétaires de nos actes préférés.

Car si un article généalogique est facile (ou pas) à lire, il a souvent nécessité de nombreuses années, de nombreuses heures de  recherches, de compilations, de déchiffrage  aussi.

Il y a parfois de bonnes surprises, mais aussi, régulièrement, “chou blanc”.

On tombe parfois sur des pages pratiquement illisibles mais dont la calligraphie devient tableau :

Il y a des registres incomplets, mal indexés, lacunaires :

là, il manque quelques lettres :

Là le rédacteur reconnaît qu’il y a une erreur de folio ou même d’année :

Ou plus grave, l’acte peut être déclaré nul !  A Bourbon, vous devinez pourquoi.

Et tiens, il manque encore des lettres :

encore quelques lettres ou bien des pages :

Bien sûr, de la faute du secrétaire.
En bref, donc, car tous ces actes sont encore à indexer et à relier.
Mais rien de remplace ce contact là en direct avec des papiers qui ont pu être manipulés par nos ancêtres.

Sabine NOËL

© S  NOËL.

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Marianne NOËL (1707-1769) (1.1)

Marianne n’a pas reçu l’éducation de ses frères Jacques, Georges et Louis. Comme la majorité des femmes à Bourbon, comme sa mère, elle ne sait ni lire ni écrire. Même si Antoine Boucher écrivait que son père George Noël prenait : «  grand soin de sa famille, et de ses noirs, qu’il conduit d’une manière édifiante, et louable. »  et qu’ « Il  a eu de son mariage une fille qui est encore fort jeune, à laquelle il donnera sans doute une bonne éducation ».

Marianne  a 18 ans, lorsque son mari est arrêté.
Elle est mineure et donc incapable juridique. Elle est confiée à ses parents.
Le jugement de janvier 1727, stipule que les biens d’Isaac Jean reviennent à sa fille Marie et l’usufruit à sa femme Marianne à la charge pour elle de payer les dettes contractées par son mari et en cas de refus, « le dit Isaac Jean Rodié de lavergne gardera les prisons jusqu’au prochain départ des plus proches vaisseaux pour la France . »

On lui offre la possibilité de « libérer » son mari à condition de régler ses dettes. Manifestement elle n’y arrive pas. Et c’est une seconde  procédure qui est mise en oeuvre.
Curieusement, alors qu’elle ne peut ester en justice, elle va accomplir différents actes de sa seule autorité. Le 14 janvier 1727, elle demande la séparation de corps et de biens d’avec son époux. Requête étrange, car le jugement l’induisait d’office. Lui a-t-on conseillé cette demande ? Son mari l’accepte. L‘effet est immédiat. Il est aussitôt libéré, « de ce jour d’huy » .

Les époux, ne tiendront pas leur engagement d’être « séparés de corps et d’habitation ».
Jean-Jacques, leur fils, naîtra  un peu moins de neuf mois plus tard. Il portera le prénom de son père et celui de son oncle, Jacques.
Dès son arrivée à Lorient, Isaac Jean réfutera cette séparation de corps et de biens.
Marianne, quinze jours après le départ forcé de son mari  se voit obligé de vendre quelques biens. Elle acte seule, une vente de 28 pieux de bois écarri à Marie Anne Fontaine, payable en quatre tems et « dés que possible ».  Seulement, elle ne donnera quittance du paiement de ces pieux, revendus par la Dame Fontaine à Pierre Benoît Dumas qu’en 1731. En octobre 1727, le Conseil supérieur lui réclame le paiement de cette meule de foins perdue et retenue sur la solde d’un soldat par le lieutenant de Lavergne . Le soldat Caton a t il ainsi touché le prix d’un témoignage à charge ?

Marianne se retrouve bien seule et sans doute bien démunie avec ses deux bébés. A-t-elle l’espoir de revoir son mari ?  Refuse t-elle de retourner chez ses parents ?
Elle n’apparaît pas sur les recensements de George & Catherine ni en 1731, ni en 1733.

Elle attendra son mari cinq ans .

Plus tard, elle ne sera jamais présente et se fera toujours représenter dans les circonstances qui l’amèneraient à rencontrer sa mère, comme en 1740 (Partage à l’amiable …) ou en 1763.

Officiellement, Il lui faudra attendre l’année 1734, pour qu’un arrêt spécifique du Conseil supérieur de la colonie « l’autorise en justice à la poursuite de ses droits et actions. »  Cette formule  précédée de l’explication juridique suivante : «  Marianne Noël, épouse du sieur Isaac Jean Rodiér de Lavergne »,  «  banni de la colonie » ou ensuite, au fil du temps, « absent de cette isle depuis plus d’un an »« depuis plus de sept ans », « depuis de nombreuses années » l’accompagnera dans chacun de ses actes notariés, pratiquement toute sa vie.

Il lui faudra attendre bien des années encore pour que à un âge avancé  et sans doute à force de détermination, elle apprenne enfin à signer.

Sabine NOËL

Remerciements à Bénédicte pour sa complicité .
Recherches aux ADR avec un de nos cousins descendant par alliance de Marieanne.

© Sabine NOËL  TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG


Il y eut des marrons, dés qu’il y eut des esclaves.”

Victor Schoelcher

Nous l’avons vu, à Bourbon, la justice de l’ancien régime est expéditive.

Depuis une ordonnance du conseil supérieur de 1725, les marrons (1) qui refusent de se rendre sont condamnés à mort.

Ceux qui refusent leur sort et s’enfuient, la plupart du temps dans les hauts inaccessibles, risquent leur vie. Ils constituent une menace pour le système colonial.

Les punitions  sont donc  exemplaires.

Ainsi, ce jugement qui va frapper deux esclaves  marrons  de Juan Fernandez Cazanove en 1728.

L’un sera condamné à être pendu, l’autre frappé de coups de fouet et marqué de la fleur de lys.

Le fleurdelysage, est une peine corporelle infâmante de l’ancien régime qui frappe aussi dans l’hexagone, d’autres criminels, comme les prostituées (ou de la lettre P ou des deux ). La Lettre G marque les galériens. Le M les maquerelles et les mendiants. Il s’agit non seulement, içi et là, d’humilier  les délinquants mais d’inscrire au fer rouge leur casier judiciaire à jamais. Le Code noir l’inscrit dans son article 6.

Juan Fernandez Cazanove, (que nous retrouverons plus tard)  associé à d’autres colons s’est installé en mars  1728 entre le Bras de la plaine et le Bras de Pontho. Michel et Manuel n’ont sans doute pas  résisté à l’appel de l’immense forêt primaire qui constitue alors le paysage grandiose du lieu.

La peine de mort pour marronnage sera supprimée en 1775.

Le 10 mai, est la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs  abolitions.

Sabine NOËL

(1) Le mot vient de l’amérindien « cimarron »,  s’enfuir, s’échapper, retourner à l’état sauvage.

Recherches ADR/ JMA

© Sabine NOËL

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Au hasard des recherches, l’on trouve dans les boites d’archives, de bien curieuses choses.

Il sera dommage lorsque tout sera classé et informatisé, de ne plus pouvoir compter sur ce hasard, pour découvrir et mettre en lien ce qu’au départ on ne cherchait pas.

Ou sera la flânerie dans les laisses de l’histoire comme sur les bords de mer ?

Aujourd’hui, cette lettre et son enveloppe adressée le 28 décembre 1842 par l’ordonnateur de la colonie au notaire royal de St Paul.

St Denis ce 28 décembre 1842

 

  Monsieur,

 Je suis informé qu’il existe dans votre étude plusieurs expéditions d’un acte par lequel le chef souverain de l’isle Mayotte a cédé tous ses droits sur cette isle à la france, à une époque déjà très reculée.

 Je viens vous prier de me faire connaître les circonstances qui ont amené le dépôt d’un pareil acte dans votre étude, et de m’en adresser une des expéditions.

 Agreez, monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée.

                                    L’ordonnateur

                                                     signature

 A monsieur Maucron, notaire royal à St Paul

 

 Curieuse missive qui intéresserait surement le ministère des affaires étrangères, encore aujourd’hui ! Ou d’autres …

Les laisses de l’histoire…

Laurence NOËL

© S & L NOËL
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Isaac Jean Rodier de Lavergne
3- De Bourbon à Versailles

Le conseil supérieur de Bourbon vient de se débarrasser d’Isaac Jean Rodier de Lavergne avec l’arrêt suivant du 8 janvier 1727.

« lavons banny à perpétuité de cette collonie de l’isle de Bourbon et de tous les autres establissements ou contoirs depandents de la compagnie des indes, en quelque partie du monde, qu’ils soyent situés, a luy en joints de garder son Ban… »

L’arrêt vient d’être pris par Elie Dioré (1), Chevalier de St Louis et Gouverneur de l’Ile Bourbon, assisté d’Henry Grimaud, à qui il vient de faire prêter serment comme juge.
Cette peine est la quatrième dans l’ordre des peines afflictives prévues par l’ordonnance criminelle de 1670. Moins sévère dans l’échelle des peines que la peine de mort et des galères, perpétuelles ou à temps, elle n’en va  pas moins totalement bouleverser la vie d’Isaac Jean et de sa famille.

Qu’en est-il de la justice à Bourbon ? C’est avant tout celle du gouverneur sur les colons. Le Conseil Supérieur est devenu juridiction de dernière instance (2). Nous avons alors une justice qui se veut plus rapide et de proximité, rendue par gens de probité, même s’ils sont illettrés et sans aucune compétence ni expérience professionnelles.
La législation en vigueur est la Coutume de Paris, l’ordonnance civile de 1667 et l’ordonnance criminelle de 1670. A Bourbon, comme à Paris, la justice est brutale et les procédures tortueuses. Contre l’accusé les témoignages sont admis  comme preuves et le Tribunal n’est pas tenu de motiver sa sentence .
De plus, dans l’île, la période est chaotique. De nombreux postes au Conseil Supérieur sont vacants. Plusieurs membres sont partis et Dioré de Périgny, soldat sans orthographe, ni grammaire, doit remplacer au pied levé le gouverneur.
Rodier de Lavergne a été contraint de démissionner de sa charge de Lieutenant de la garnison. Sans doute pour qu’il ne dépende plus de la justice militaire qui pouvait se montrer très sévère mais avait l’esprit de corps et tenait à  l’honneur de ses officiers. Pourtant, Elie Dioré, originaire de La Rochelle, n’aura ni l’esprit de corps, ni de classe, ni même  « païs ».
Voyons le dossier d’accusation :
L’arrêt du 8 janvier 1727 est pour le moins confus.
Une dizaine d’ attendus du Gouverneur citent pèle mêle  un mémoire, des informations, des monitoires, les quatre requêtes du Procureur, le récollement des témoins, les confrontations, la sellette, le rapport de Villarmoy.(3)
Il s’agit en fait de donner corps aux premières accusations d’ Antoine Desforges Boucher, enfin retrouvées dans l’un de ses courriers à la Compagnie :
« Le sieur Rodier de la Vergne, lieutenant réfformé marié en cette isle avec une créole  de sang purement blanc et des plus aimable de lisle … est accusé de tous les vols faits dans cette Isle avec tant de subtilité, on le rend suspect de l’incendie du magasin de St Paul arrivé en juillet 1723 entre autres vols  de celuy  dernierement  fait chez le sieur Jacques Auber fils d’une somme considérable d’argent… » (…)


« outre cela il est encore accusé d’indignes vexations au sujet de la troupe »
L’instruction suivra en tous points ces premiers propos.
On peut se poser la question d’une rivalité latente entre l’ancien gouverneur et l’Officier. On sait que Boucher, soupçonné de détournements de fonds, est surveillé par la Compagnie. S’agit-il pour lui de faire diversion ?
En ce cas précis, Il se méfie tout de même et balaie d’un revers de manches habile d’évidentes remarques. Car , dit il :  « En cette isle, il (Rodier de Lavergne) couvroit ses comportements avec toute l’adresse et la subtilité d’un dehors d’honnete homme jusqu’à gagner l’amitié de ses supérieurs et des habitants, meme on lavoit choisy pour le commandant de l’isle Marianne ». Il prévient aussi, qu’étant donné la qualité  de l’accusé, il faudra de longues informations alors que lui même a bien d’autres tâches urgentes.
C’est  donc le nouveau Conseil qui continuera l’enquête. Elie Dioré s’applique et entérinera en quelque sorte l’arrêt déjà posé. Il lui faudra dix huit mois.
Certes, dans le plus grand désordre judiciaire puisque Henry Grimaud devient  juge le jour même ! Et que les autres membres du Conseil ne sont pas cités dans le corps de l’acte. Les preuves manquent. Le procureur fera ainsi appel aux « monitoires », délations suscitées par l’église sous peine d’excommunication. Que penser de ces témoignages recueillis dans la crainte divine quatre ans après les faits ? Le tout aboutissant à cette conviction inébranlable  du jugement :
« le dit sieur Rodier de Lavergne déclaré capable de toutes sortes de mauvaises entreprises par conséquent homme dangereux par les violents soupçons que donnent ses accusations dont nous n’avons pu trouver de preuves suffisantes. »


En quelque sorte coupable d’être capable. Même sans preuves suffisantes.

Dès son arrivée à Lorient, Rodier de Lavergne, libre, puisque hors de la juridiction de la Compagnie, se défend. Fait appel à ses protecteurs. Se précipite à Versailles déposer ses placets en main propre. Son seul espoir est de réussir à faire casser cet arrêt et d’obtenir un rappel de ban.
Il écrit (4) et réécrit, au ministre d’Etat, Contrôleur Général des Finances, qui détient la tutelle sur la Compagnie des Indes, Michel Robert Pelletier des Forts (5.) Dans son premier placet, il argumente sur le fait « qu’il n’est pas difficile à des juges de trouver des témoins dévoués à ce qu’ils souhaitent. » Il révoque les témoignages contre lui, ceux de « mauvais soldats » l’un « libertin », l’autre paresseux , le dernier « blasphémateur » fortement punis par lui-même. Ensuite, il s’attarde sur les calomnies de Catherine Royer, sa belle mère, qualifiée de femme sans morale, voire pire. Catherine, que Desforges Boucher décrivait ainsi :
« Catherine Royer, créole blanche, fort belle femme, qui est à la vérité une franche pécore, et sans éducation. Mais dont personne n’a jamais blâmé la conduite ». Catherine a t-elle inconsidérément bavardé et témoigné ? Est elle déjà bien proche de la dernière victime, son voisin et futur deuxième mari, Jacques Auber, fils ?
La femme de George Noël semble là avoir un rôle central, tant l’ire de son gendre, à l’aune de son désespoir, se focalise contre elle.
Un an et un placet plus tard, toujours déterminé, Rodier de Lavergne  “continue ses représentations sur l’état de misère ” ou l’a contraint le jugement du Conseil Supérieur. Il semble en avoir fini avec les Indes et sa Compagnie. Il demande seulement et de façon émouvante, à retrouver sa femme, sa fille et son honneur. Car, il a été séparé de corps et de biens avec sa femme, sans avoir :  “jamais donné le moindre sujet à cette séparation.”

Il nous livre içi et là, des faits de sa carrière. Il a servi depuis vingt ans sur «  les vaisseaux du roi ». Là où, nous rajouterons que comme dans les arsenaux, la crainte des incendies était quotidienne.  Il s’est trouvé « estropié » au cours de ses campagnes, comme celle d’Arguin, où sous les ordres de Périer de Salvert, dont il se recommande, il participa à la reprise du Fort. Et c’est sans doute à ce fait d’armes contre les Hollandais, qu’il devait sa nomination logique  de Commandant de Rodrigue.
Au fait des  “usages” et « maximes du Royaume », il sait bien que sa peine ne devait pas induire de conséquences sur sa famille. Or elle entraîne une mort civile des territoires de la Compagnie : soit la confiscation de ses biens, confiés à sa femme  et la séparation de facto avec cette dernière.
Isaac Jean, passant pour un “ honnête homme”  (Boucher) apprécié de tous est devenu un « homme dangereux » (jugement 1727).

Rodier de Lavergne n’évoquera jamais les accusations tenues contre lui, comme si elles étaient inconcevables. Le manque de solde, signalé à la Compagnie par Beauvollier de Courchant comme pouvant inciter les soldats à se servir a t il été trop criant ? Les plus ou moins bonnes habitudes de pacotille ou de port permis, naturelles aux officiers de marine l’ont-il conduit à commettre des erreurs ? ou bien a t il été victime de son apparente rigueur morale ?  L ‘époque n’est pas aux enfants de choeur. Mais accuser un  seul homme de commettre tous les forfaits de l’Ile, qui plus est, sans se faire prendre  affaiblit  évidement l’accusation. Nous ne pouvons donc que constater que son procès était pour le moins orienté et qu’il se conclut sans preuve.

A environ trente cinq ans, il  vient de  subir l’humiliation de la mise sur la sellette, de la mise aux fers et de la mise au ban. Pourtant sa foi en ses protecteurs et en sa réhabilitation demeure intacte. Son désir de retrouver son amour aussi. A Lorient, le voilà bien loin de celle qu’il aime  et le pressent- il alors, à jamais ?
Rodier de Lavergne reprendra, semble t il  du service et restera en lien, bien des années plus tard, au moins avec sa fille…( à suivre)

Sabine NOËL

1) Elie Dioré de Périgny, lieutenant de cavalerie doit sa nomination à Bourbon à l’appui d’un de ses parents et sa charge de gouverneur au refus de Beauvollier de Courchant d’un deuxième mandat.
2) Après moult demandes de Beauvollier de Courchant et de Desforges Boucher au Conseil de la Marine qui résista plusieurs fois à cette demande d’avoir en un seul lieu, une seule juridiction.
3) La signature de Villarmoy reste connue à Bourbon pour être présente dans l’arrêt rendu contre La Buse.
4) Un de ses courriers est au CAOM, Personnel colonial ancien, inv.  Ph. de Vaissières. FR ANOM COL E 355 bis.

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ir?c=FRANOM_00019,1.11.0718

5) Pelletier des Forts était lui-même fort occupé par de frauduleuses spéculations sur les titres de la Compagnie qui lui vaudront seulement une peine de disgrâce en 1730.

Les précédentes aventures de RDL sont à lire  içi et
Le vocabulaire tombé en désuétude ou resté expressif, comme : Ban, Pécore, Pacotille, Placet, Monitoire, Recolement, Selette sont à retrouver dans le LEXIQUE ici .

Remerciements particuliers pour leurs contributions indispensables et attentives à Odile B, à J-M Allombert, à I. Goulgiar, et à JP Calteau pour avoir joué les pigeons voyageurs.

© Sabine NOËL

TEXTES  ET DOCUMENTS SOUMIS À L’AUTORISATION DES AUTEURES AVEC CITATION DE L’ URL DU BLOG

Pierre Folio (1711-1790) se maria trois fois : en 1749,1763 et 1777 toujours dans la paroisse de St Pierre, Ile Bourbon.
Il était le fils de Pierre Folio, né en 1666 à Saint-Pierre-des-Corps, ci-devant flibustier, compagnon de Bowen et sans doute de George Noël car, à la différence de ce dernier, Folio avait débarqué dans l’ile dès 1699.
Notre Pierre avait de qui tenir car la vie amoureuse de ses parents avait également connu des vicissitudes puisqu’on soupçonna sa mère, Brigitte Bellon, d’avoir fait disparaître son père sur la plage de St Paul. Si l’on ne pût rien prouver, Brigitte Bellon fût néanmoins privée de la garde de ses enfants.
Sa première épouse fût Marie Anne Fontaine, sa deuxième Marie Françoise Payet et la troisième Marie Jeanne Lebon.
De son union avec Marie Françoise Payet, il aura, en 1767, à l’âge de 55 ans, un fils Jean-Baptiste.
Jean-Baptiste Folio est l’arrière grand père de notre arrière grand mère, Marie Tarcile (1847-1928) qui épousa Louis Philippe Alfred Noël (1833-1899) en 1873.

Marie Anne Fontaine (1711-1762) avait pour parents Jean Fontaine (1676-1723) et Antoinette Nativel (1676-1739). Elle porte le prénom de sa grand-mère paternelle malgache Marie Anne Sanne, née aux Matatanes et décédée peu de temps avant sa naissance en 1709.
Il faut dire que Marie Anne Fontaine avait un bon peu de sang malgache car son autre grand mère était Thérèse Solo, née aussi dans la grande ile, dans la même région. Fait remarquable, nous savons qu’elle y fût baptisée en 1651.

Le trois janvier 1749, après midy, en présence des sieurs Louis Hoarau et Joseph Mathieu Damour, domiciliés dans le quartier St Pierre, Pierre Folio et Marie Anne Fontaine vont signer un contrat de mariage en l’étude de Guy Lesport, notaire du quartier.
Ce contrat commence fort inélégamment car Marie Anne n’est pas présentée sous ses nom et prénom, mais sous l’appellation de « et la veuve Bellon ». Marie Anne n’est pas une jeunette. Elle a 38 ans et
s’ est déjà mariée avec Antoine Bellon, décédé en 1746.
Le marié n’a pas non plus 20 ans car il est âgé de 37ans. Pourtant il
s’agit de son premier mariage.

Une particularité en ce début d’acte qui renvoit à l’histoire évoquée ci-avant : si la mère du marié est mentionnée « fils de Pierre Folio et de Brigitte Bellon ses père et mère » elle est absente à l’acte bien qu’encore en vie.

Pour le reste de l’acte, rien d’innovant, la coutume de Paris est la règle : les époux « se prennent avec leurs biens et droits à chacun d’eux appartenant » ceux de la dite dame future épouse consistant « en ses propres et en la moitié des biens meubles de la communauté qui a été entre elle et le déffunt Antoine Bellon son mary conformément à l’inventaire qui en a été fait pendant ladite communauté »
Là, on se dit que vu la minutie de ces procédures, de tous ces inventaires, il ne devait pas y avoir matière à contestation comme aujourd’hui !
Et j’aime à rappeler que cet acte se fait en 1749, dans une ile perdue dans l’océan indien loin de tout ! Entre des métisses malgaches, des flibustiers. Que les créoles cessent d’avoir ce syndrome goyave de France et soient fiers de leur passé car alors dans les provinces de France il n’y avait généralement pas un tel degré de vie juridique.
Le futur époux donne en douaire préfixe la somme de mille piastres qui « sera et demeurera propre aux enfants du dit mariage suivant la coutume de Paris » .
Et le partage, pour le survivant, se fera dans la mesure de 500 piastres, à son choix, suivant la prisée de l’inventaire et sans criée.
Signeront à l’acte outre Pierre Folio, le notaire Guy Lesport, Louis Hoarau, Joseph Mathieu Damour. Seule Marie Anne Fontaine déclare ne savoir écrire ni signer.

Laurence NOËL

© S & L NOËL
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